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Chapitre YI

LE MONDE FÉODAL

Le monde féodal comprend l’Occident chrétien de l’Europe et les pays d’Orient placés par les Croisades, d’une façon plus ou moins durable, sous la domination latine : Syrie, empire de Constantinople, Grèce continentale et insulaire, Candie, Rhodes, Chypre.

La mouvance française. — La France capétienne a été le cœur de tout le système. C’est elle qui, de l’aveu unanime, a représenté au premier chef la civilisation durant cette période. C’est donc elle qu’il convient de parcourir d’abord, en commençant le rapide voyage que nous nous proposons de faire à travers le monde féodal.

La langue féodale appelle mouvance de la royauté ou de la couronne, l’ensemble des territoires dont l’ hommage, directement ou indirectement, est dû au roi. Toute terre comprise dans la mouvance est, féodalement parlant, aux mains d’un vassal ou arrière-vassal du roi. Un alleu absolu forme une enclave échappant à la mouvance : tel le royaume d’Yvetot. Le roi né pourra y restaurer son autorité qu’à titre de souverain. Sa suzeraineté y serait sans prise. Pour exprimer qu’une terre relève, à quelque degré que ce soit, de la suze-

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raineté royale, on dit que cette terre « meut » du roi.

Les limites de la mouvance royale ont été modifiées par diverses contingences historiques. Mais, en principe, elles découlent du traité de Verdun de 843. Le teste de ce traité, l’un des plus fondamentaux de l’histoire, est malheureusement perdu, et l’érudition n’arrive qu’à grand’peine à en reconstituer les dispositions à l’aide de documents divers et postérieurs. C’est à l’intérieur du royaume de Charles le Chauve, dans les frontières tracées par le traité, que s’est constituée la mouvance française.

Le domaine royal. - — On appelait domaine royal l’ensemble des territoires sur lesquels l’emprise du roi s’exerçait directement. Ce domaine était très réduit à l’avènement de Hugues Capet. Il s’éparpillait dans l’île de France, le pays chartrain, le Vexin, le Vermandois. Les îlots qui le formaient étaient coupés les uns des autres par une petite féodalité de sires turbulents, comme le sire du Puiset, le sire de Marie et leurs émules, que Louis VI eut beaucoup de mal à déraciner. Déjà, cependant, le domaine commençait à prendre plus de consistance. De Paris et Saint-Denis, siège de sa puissance, le Capétien, gagnait de proche en proche, s’appliquait à faire du domaine quelques blocs plus compacts au lieu de l’émiettement primitif. Par le seul fait de sa durée, la dynastie, grâce à l’exercice de sa suzeraineté, recueillait des déshérences, recevait de nouveaux hommages, faisait des achats, des échanges. La petite tache de forme fuselée qui se dessinait maintenant dans le bassin parisien allait grandir, entamer successivement les couleurs disparates qui l’enserraient, s’étendre progressivement, pour arriver à recouvrir un jour la carte tout entière.

Suivre le processus de cette extension serait sortir de notre cadre. La croissance du domaine est une moitié

J. Calmette : Société féodale.

de l’histoire de France : c’est, proprement, l’histoire de la formation territoriale de l’État français.

Le labeur capétien en a rythmé le développement. Ouvriers appliqués, les héritiers de Hugues Capet ont mis au service de la cause royale une conscience minutieuse, un sens étonnant du réel. Ils ont géré leurs affaires sans grand éclat, mais avec une persévérance exemplaire. Saus être, à aucun moment, de très grands politiques, ils ont été, avec une constance surprenante, des politiques.

Quel que fut leur désir instinctif de rejoindre les tronçons et d’arrondir les possessions, les Capétiens n’ont pas entrepris une conquête géographique. Aussi bien, s’y seraient-ils brisés. C’est au contraire, en dehors de toute géographie, le hasard des successions, l’opportunité des occasions, les chances d’extinction et le jeu du droit féodal qui ont déterminé l’ordre chronologique des « réunions » au domaine.

La Normandie. — Entre les fiefs français, le duché de Normandie se présente dans des conditions initiales particulières. On dit communément que la Normandie fut cédée à Rollon, chef des pirates normands, par le roi Charles le Simple, en vertu du traité de Saint- Clair sur-Epte, conclu en 911. Le duché aurait son origine dans un acte diplomatique, cas unique dans l’histoire de la constitution primitive des fiefs. Sans doute, la réalité d’une entrevue et d’un accord entre Charles le Simple et Rollon, en 911, ne saurait être niée. Mais, outre que l’occupation du pays par les envahisseurs Scandinaves était déjà chose faite, la cession a eu lieu en « bénéfice », en sorte que l’ acte de 9 1 1 se résout en une investiture féodale. Ainsi, les modalités de création du fief normand se trouvent ramenées aux conditions ordinaires. Lorsqu’un chroniqueur normand postérieur

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nous rapporte la scène célèbre où l’on voit Rollon faisant tomber le roi Charles à la renverse, afin de lui baiser le pied sans fléchir le genou, ce récit, fabuleux et légendaire, ne fait que mieux trahir la qualité de vassal acceptée par Rollon.

Cependant, il n’était pas indifférent à l’avenir que le duché de Normandie, seul parmi les seigneuries mouvantes de la couronne, ait eu une date de naissance précise. Ce fief, au lieu d’avoir été engendré comme les autres par le glissement insensible des pouvoirs aux mains d’une famille, est passé en un jour tout fait aux mains de Rollon. La conséquence fut que les pouvoirs du duc normand furent plus étendus et plus consistants que ceux des autres hauts barons. En effet, au-dessous d'eux, les ducs organisèrent leur arrière-vassalité à leur guise; ils en surent maintenir les domaines dans un état de morcellement favorable à leur emprise, les pouvoirs dans un état d’infériorité favorable à leur suprématie. Une véritable puissance monarchique, exprimée par la « paix du duc », s’est formée, de la sorte, au bénéfice de la dynastie : l’exercice systématique du bail seigneurial, la régularité précoce des tribunaux itinérants, la création d’institutions vigoureusement centralisatrices, comme celle de l’échiquier, sont autant d’indices caractéristiques et concordants.

Une descente heureuse et une victoire décisive, à la journée de Senlac ou Hastings, donnent, en 1066, au duc Guillaume la couronne d’Angleterre. Dès lors se dessine une situation nouvelle qui doit peser lourd sur l’avenir.

La Flandre. — La Flandre a une origine romanesque : l’enlèvement de Judith, fille de Charles le Chauve, par le comte Baudoin, en 862. Ce fut une des aventures où l’Église soutint la validité du mariage

consensuel, en dehors du consentement des parents. Le pape Nicolqs Ier intervint en ce sens avec ténacité. Le roi pardonna, l’année suivante. La concession territoriale faite au gendre par le beau-père est à la base du fief flamand. Elle fut assez vite étendue, car les c' honneurs » de Baudoin couvrirent les comtés de Gand, Bruges, Courtrai, Mempisc. De 879 à 918, Baudoin II le Chauve, quoique petit-fils de Carolingien, louvoya entre la dynastie et ses rivales, et, par des volte-face opportunes, réussit à arrondir le noyau primitif de ses possessions. La même politique semble avoir été suivie, de 918 à 965, par Arnoul Ier. Le comté de Flandre apparaît alors solidement constitué.

Or, le pays flamand était déjà entraîné par le prodigieux essor économique qui devait en faire la région industrielle par excellence de l’Occident du moyen âge. Aussi est-ce de bonne heure un pays de large émancipation communale. Un duel persistant entre pouvoir comtal et pouvoir communal sera le trait le plus apparent de l’histoire belge durant des siècles. M. Pirenne en a analysé, dans sa belle Histoire de Belgique, les péripéties souvent dramatiques.

Une politique belge s’esquisse, obligeant le pouvoir comtal à des ménagements. Tantôt on voit les comtes se mêler aux coalitions formées contre les Capétiens par les Plantagenêts, tantôt on les voit au contraire se rapprocher de leur suzerain pour trouver, grâce à lui, dans le droit féodal, une force de résistance contre la pression des revendications bourgeoises.

La Bourgogne. — Le duché de Bourgogne a été formé grâce au démembrement de l’ancien royaume burgonde. Le traité de Verdun a coupé en deux l’ancienne Burgundia. La frontière de la Saône, en 843, sépare une Bourgogne impériale et une Bourgogne française; la

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première deviendra « la comté de Bourgogne » ou Franche-Comté ; la seconde sera le « duché de Bourgogne » ou Bourgogne proprement dite. Lorsque après la mort de Charles le Chauve, son heau-frère Boson se fût fait élire à Mantailles, le 15 octobre 879, roi d’un royaume développé le long de la Saône et du Rhône, sous le nom de royaume de Provence ou de Bourgogne, le propre frère de Boson, Richard le Justicier, maintint en dehors de cette nouvelle emprise la Bourgogne française, essentiellement constituée par les diocèses de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Autun et Langres.

La Bourgogne devient alors un foyer exceptionnel de rayonnement monastique. Au xe siècle, la fondation de Cluny et la réforme de Saint-Bénigne de Dijon sous la direction de Guillaume de Volpiano sont des faits du même ordre et très significatifs.

Un moment réunie au domaine par Robert le Pieux, la Bourgogne devint, après lui, l’apanage de son fils cadet, Robert sans Terre.

Être « sans terre », comme le premier duc, c’était un grand défaut dans une société où la terre, richesse essentielle, était l’assise nécessaire de toute puissance. Une base territoriale était indispensable à la dynastie. Il lui fallait aussi forger l’armature d’une forte hiérarchie d’hommages. Trop de terres glissaient à travers les mailles du réseau féodal. L’œuvre à accomplir était immense, elle fut lente d’abord.

Le droit de déshérence, jouant au profit des ducs comme au profit des rois, opéra le retour de fiefs intéressants; l’achat bien conduit fit également son office : achat de terres ou achat de vassalité. Pour procéder à des reprises et augmenta de fiefs, les ducs ne pouvaient se contenter de puiser dans un trésor besogneux, médiocrement alimenté par les droits féodaux et seigneuriaux; ils empruntaient aux juifs, aux lombards; sur-

tout, ils monnayaient des privilèges, des chartes de communes. Les rentes que servaient les communautés affranchies servaient à gager des opérations grâce auxquelles un pas de plus était fait vers la constitution d’un domaine direct et d’une hiérarchie féodale.

Par cette politique laborieusement poursuivie, les successeurs du duc sans terre firent fortune. Déjà Hugues III, contemporain de Philippe Auguste, commence à se sentir assez puissant pour braver le roi, qui soutient contre lui le turbulent comte de Yergy. Eudes III se réhabilite par sa belle conduite àBouvines; il va montrer son armure dans le midi, à l’occasion de la croisade lancée par Innocent III contre les Albigeois ; mais il sert mieux les intérêts de sa maison en absorbant l’inquiétante maison de Yergy par un adroit mariage. Alix de Vergy, devenue veuve, déploie au profit de la dynastie ses talents politiques et administratifs, au cours d’une régence consciencieuse qui, de 1218 à 1229, prépare l’éclat du xme siècle bourguignon. On évalue à six cent trente-six les acquisitions féodales ou domaniales du duc Hugues IV.

Alors, l’ascension prend une vive allure. Hugues V, Eudes III vont s’illustrer en Orient, mais le meilleur de leur action se dépense en France. Le duc de Bourgogne du xive siècle est le modèle du vassal loyal et puissant, bras droit de la royauté.

Ledernier Capétien deBourgogne, Philippe de Douvres, mourut de la peste le 21 novembre 1361. La succession revint par droit d’héritage aux Valois, et le roi de France, Jean le Bon, procéda à une réunion temporaire. Une nouvelle inféodation fit presque aussitôt passer le duché à une branche cadette. L’avènement de Charles V sur le trône fut suivi de l’installation de son frère, Philippe le Hardi, comme duc de Bourgogne.

Les quatre Valois qui se sont succédé de père en fils

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en Bourgogne au xive et au xve siècle ont jeté clans le inonde un éclat incomparable. Le changement de dynastie a ralenti à peine un moment l’extension bourguignonne. Elle s’accélère, en revanche, de toute l’ardeur qui anime la nouvelle lignée. Un fait symbolise, dès le début, cette continuité surprenante : la fiancée du dernier Capétien, Marguerite de Flandre, devient la femme de Philippe le Hardi.

La réunion de la Flandre à la Bourgogne donne aux ducs suivants — Jean Sans Peur, Philippe le Bon — un prestige dont ils n’usent pas seulement pour dominer à la cour de France sous le triste règne de Charles VI ; la politique cosmopolite d'un Etat bourguignon se dessine. Des achats habiles, des échanges avantageux et surtout une politique matrimoniale qui prélude à ce que sera celle de la maison d’Autriche ajoutèrent au noyau primitif tant de domaines que, pour exprimer la puissance de celui qui les possédait, il fallait trouver une expression nouvelle : les contemporains imaginèrent celle de « Grand Duc d’Occident ».

Comment ne pas comprendre, dans ces conditions, l’orgueil de Charles le Téméraire, et ses prétentions à l’indépendance? Mais ces aspirations, qui tendaient à interposer un État nouveau entre la France et l’Allemagne, ne pouvaient se réaliser qu’au détriment do l’unité nationale française. Louis XI en fut le champion. L’échec de Charles le Téméraire fit évanouir une possibilité historique qui eût fait surgir, de l’une des seigneuries de la mouvance, une rivale de la France elle-même,

L’Anjou. — Dès l’abord, l’Anjou nous offre un cas tout différent de ceux qui nous ont été présentés par la Normandie, la Flandre ou la Bourgogne. L’avènement de Hugues Capet au trône, en 987, eut, entre autres conséquences, celle de faire, passer au rang de vassaux

immédiats de la couronne les vassaux du duc de France, qui n’étaient auparavant que les arrière-vassaux du Carolingien. Le comte d’Anjou, descendant de Robert le Fort, était lui -même devenu duc de France, installant à Angers un vicomte, qui, déjà en 929, s’intitulait comte à son tour. En 987, l’héritier de l’ancien vicomte était le comte Geoffroy Grisegonelle. Déjà, la maison angevine s’était distinguée par une débordante activité. Devenu vassal direct de la couronne par une nouvelle ascension, Grisegonelle se lit le lieutenant empressé de la nouvelle royauté. Ce sont ses successeurs immédiats. Foulques Nerra ou le Noir et Geoffroy Martel, puis, au xne siècle, Geoffroy le Bel et Henri Plantagenêt, qui assurèrent la fortune de la maison. .

Le fief angevin a été créé par l’effort militaire de ses comtes : les parchemins opportuns de Bourgogne sont ici remplacés par l’épée bien maniée. Pourtant, l’épée angevine n’a pas tout fait. Une renaissance intérieure du fief ajoute au brillant mérite guerrier de ses maîtres un mérite tout aussi exceptionnel d’administrateurs. C’est ce qu’a judicieusement montré M. Halphen. Égüses et monastères d’Anjou avaient beaucoup souffert, aux ixe et Xe siècles, des invasions normandes, dont la Loire avait été la trop accessible artère. Nerra et Martel travaillèrent à réparer ces ruines. Ils y réussirent grâce à des donations bien placées et à des privilèges méthodiquement distribués. En ce pays de terre grasse, il suffisait d’encourager le travail agricole pour obtenir promptement des résultats substantiels. Pour ce motif, Nerra et Martel furent de persévérants fondateurs de monastères : Beaulieu, Saint-Nicolas d’Angers, Saint-Laud d’Angers, la Trinité de Vendôme. Auprès des couvents, de gros bourgs se forment, et l’Anjou prend son aspect de plaine fertile, semée d’agglomérations populeuses sur une terre admirablement exploitée.

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En même temps, Angers devient une ville importante et une place stratégique de premier ordre. Sans doute ne faut-il pas conclure de cette vue cavalière que les comtes d’Anjou ont eu des visées démocratiques ou simplement des idées économiques, que, dans son ensemble, le moyen âge a ignorées à peu près entièrement; mais le souci de rendre le fief prospère et la volonté d’en tirer parti ont suffi pour amener ces princes actifs et intelligents à des mesures cohérentes, qui ont eu pour effet l’essor brillant de leur seigneurie.

La maison de Champagne. — La maison de Champagne est souvent appelée, par les historiens, maison de Blois- Champagne, pour exprimer le double habitat qui lui donne, entre les grandes dynasties féodales, sa physionomie particulière.

Ses origines premières ont été parallèles à celles de la maison d’Anjou. Les vicomtes de Blois sont devenus comtes par la promotion des Capétiens, ducs, puis rois. La tête de la lignée fut Tliibaud le Tricheur, qui dominait à Blois, Tours, Châteaudun, Chartres. Son fils, Eudes Ier, obtint en Champagne les comtés de Troyes, Meaux, Provins. Eudes Ier et son successeur immédiat, Eudes II, limités dans le bassin de la Loire par la forte position de la dynastie angevine, s’implantèrent en Champagne.

Henri le Libéral, fils de Tliibaud le Grand, se subordonna les membres de la famille possessionnés sur la Loire en leur faisant rendre hommage. Sa puissance devint alors prépondérante. Protecteur de Louis VII contre les Plantagenêt, il fait de sa sœur Alix une reine de France; il devient lui-même sénéchal de France; un de ses frères est archevêque de Reims. Mais avec Philippe le Bel, la maison de Champagne s’absorbe définitivement dans la maison de France.

L’Aquitaine. — Au ixe siècle, l’Aquitaine formait un royaume qui se confondit dans le royaume de France en 877, à l’avènement de Louis le Bègue. Alors, et malgré les objections soulevées à l’encontre par Flach, on doit considérer le vaste espace compris entre la Loire et les Pyrénées comme formant officiellement un duché, « ducatus Aquitaniæ » (Guyenne). L’un des comtes, revêtu du titre de duc, est à la tête de la région. Mais cette dignité fut disputée par trois maisons : celle de Poitiers, celle d’Auvergne et celle de Toulouse.

Guilliem le Grand fut le plus brillant des princes de la dynastie poitevine, bénéficiaire définitive du duché. Son mariage avec l’héritière de la Gascogne assura à son profit l’unité du Sud-Ouest. La cour d’Aquitaine fut hospitalière aux troubadours. L’un des ducs, troubadour, lui-même, est connu dans l’histoire littéraire sous le nom de Guillaume de Poitiers : superbe seigneur, aux idées hardies, bravant l’excommunication et menant, dit M. Boissonnade, « à la barbe des évêques et de la papauté la vie d’un calife de Bagdad». Plus effacé fut ce dernier des Guilhem que M. Boissonnade définit « un géant entêté dans l’irrésolution ». Ce fut lui qui, en mourant, en 1137, légua sa fille Éléonore en mariage au fils du roi de France, au futur Louis VII : union malheureuse que devait rompre ce qu’on est convenu d’appeler un divorce, et que nous savons n’être que l’annulation canonique pour parenté à un degré prohibé. En épousant Henri Plantagenêt, Éléonore porta la dignité ducale à la maison anglo-normande-angevine, faisant du Sud-Ouest français une sorte de colonie anglaise pour de longs siècles.

Le Toulousain. — Toulouse n’a été distraite de l’Aquitaine que par les contingences, et le xie siècle en eût plutôt fait la capitale de ce royaume. Aussi bien

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avait-elle été la capitale wisigothique. Sous Charles le Chauve s'implante à Toulouse la maison raymondine, destinée à devenir la maison de Saint-Gilles, et dont le représentant le plus illustre, l’un des héros de la première croisade, fut Raymond IV.

Évincée par la maison de Poitiers du duché d’Aquitaine, la dynastie toulousaine cherche surtout son avenir dans le Bas-Languedoc, en Provence et en Orient. Ces ambitions lointaines, jointes à une situation devenue difficile entre les deux royautés rivales des Plantagenêts et des Capétiens, expliquent que les Raymonds n’aient pu constituer un grand fief cohérent et étendu, comparable à celui des ducs de Normandie ou des ducs de Bourgogne. En revanche, ils présidaient aux destinées d’un pays riche, prospère, brillant par la littérature et les arts, où la vie était facile, les mœurs douces. Un libéralisme étrange pour l’époque à l’égard des croyances et des pratiques hétérodoxes fit le malheur de la dynastie. La féodalité qui gravitait autour d’elle, surtout les vicomtes de Béziers et les comtes de Foix, suivirent une politique analogue. Mais la maison raymondine, rendue responsable, fut la principale victime des événements.

Au début du xme siècle, la résistance de l’hérésie dite albigeoise, sourde aux objurgations pontificales, attira la foudre. C’est la fameuse croisade des gens du Nord, lancée par Innocent III, menée par Simon de Montfort. La civilisation méridionale et la maison comtale furent brisées. Humiliés et dépossédés, Raymond VI et Raymond VII ne furent plus que les survivants d’un désastre, et par contre-coup, c’est la royauté capétienne qui recueillit le bénéfice de la croisade, réunissant au domaine le meilleur des possessions raymondines. Le Toulousain et ses annexes devenaient des sénéchaussées royales.

La marche d’Espagne. — C’est le xme siècle qui assure la maîtrise du midi languedocien à la royauté, c’est aussi le xme siècle qui, par contraste, consacre le glissement hors de France de la Catalogne, cette marche lointaine qui, théoriquement n’avait cessé de faire partie de la mouvance.

La marche carolingienne de Gothie, constituée d’abord le long de la Méditerranée du Rhône à l’Ebre, fut coupée en deux en 8G5. Il y eut alors une Septimanie ou Gothie au nord, une marche d’Espagne au sud. La limite des deux marches fut fixée aux Corbières. Ainsi, le Roussillon et la Cerdagne, arrachés à l’ancienne Narbonnaise, furent soudés au bloc des comtés transpyrénéens. Sur la région dont Barcelone est la métropole souffle déjà un remarquable esprit particulariste. Joffre le Poilu, à la fin du règne de Charles le Chauve, incarne la vertu créatrice de ce nationalisme. Comte de Barcelone, il tue, en 873, le franc Salomon, comte de Cerdagne et marquis de la Marche, et se substitue à lui. La légende fait de Joffre un héros aux aventures merveilleuses. En fait, il a bien été le fondateur de ce qu’on appellera, au moyen âge, le Principat de Catalogne.

Longtemps encore, cependant, la situation des comtés catalans dans la mouvance française ne se différencie en rien des autres comtés méridionaux. En 1172, le groupe des comtés sis entre les Pyrénées et l’Ebre tombe aux mains d’Alphonse d’Aragon. Entre les deux couronnes d’Aragon et de France, une question délicate se trouve alors posée. Elle ne se règle qu’en 1258, entre Saint Louis et Jacques le Conquérant.

Au cours des siècles, la maison d’Aragon avait acquis des suzerainetés nombreuses et variées, répandues çà et là sur le sol de la France méridionale. Jacques le Conquérant y renonce, à l’exception de la seigneurie de Montpellier, qui lui vient de sa propre mère. En

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échange, saint Louis abandonne les droits qu’il pourrait revendiquer sur les pays catalans, y compris le Roussillon et la Cerdagne. Ainsi, le traité de Corbeil ramène au Pas de Salses la limite de la mouvance capétienne. L’époque féodale n’en verra pas le déplacement.

L’Allemagne. — Les changements de dynastie, le triomphe du principe électif, les querelles violentes avec la Papauté sur le délicat problème des investitures expliquent l’extrême affaiblissement de la puissance impériale, trait essentiel de l’histoire allemande au moyen âge. Seule l’idée vague que l’empereur émerge par son titre au-dessus des autres princes temporels, subsiste comme un vestige lointain de l’ancienne institution carolingienne. Elle suscite d’ailleurs cette réplique française que « le roi de France est empereur en son royaume ».

Pratiquement, la mouvance impériale, délimitée à Verdun et modifiée par des actes subséquents, se juxtapose à la mouvance française. Dans le cadre de l’Allemagne féodale, cinq grands duchés prirent place dès l’abord : Franconie, Saxe, Souabe, Bavière, Lorraine. A cet ensemble, cœur de l’empire, s’ajoutent le royaume d’Arles, la Bourgogne comtale, les prétentions sur l’Italie. Celles-ci s’expriment par la pression intermittente exercée sur les villes, — surtout les villes lombardes, — par les descentes plus dévastatrices qu'efficaces des Césars, par le protectorat plus ou moins effectif qu’ils revendiquent sur Rome.

Aux princes laïques qui font cortège à l’empereur, mais le tiennent en étroite tutelle, se joignent les princes ecclésiastiques : archevêques de Mayence, de Trêves, de Cologne. Le comte palatin du Rhin achève de compléter la liste des seigneurs allemands de premier rang. Plus tard, la Lorraine se décompose en Haute

et Basse-Lorraine, la Bavière se désarticule en Bavière, Autriche et Carintliie; au delà, la Bohême et la Hongrie s’individualisent; à l’intérieur du cadre germanique, la Tliuringe d’une part, la Frise d’autre part s’érigent en unités distinctes, en attendant que la guerre et la colonisation poussée le long du littoral de la Mer du Nord et de la Baltique tassent éclore des margraviats nouveaux : Misnie, Brandebourg, Holstein, Mecklembourg, Poméranie.

A ces pièces maîtresses de la carte féodale allemande il ne faut pas omettre d’ajouter les villes libres et hanséatiques, dont le type est Brême. Ces villes, fortement liées entre elles, sont des puissances, territorialement médiocres, économiquement dominantes, grâce au véritable monopole commercial et naval qu’elles détiennent. A l’époque féodale, en effet, la mer n’est pas aux grands princes, mais aux marchands. Ceux-ci ont d’autant plus d’élan qu’ils appartiennent à des communautés plus libres. De même que la suprématie de la Méditerranée appartient aux petites républiques maritimes d’Italie, la prééminence industrielle aux communiers flamands, de même la maîtrise des mers septentrionales et de la vie économique allemande appartient à la Hanse et aux places commerciales qui lui sont affiliées.

L’Italie. — Féodalisée en même temps que la France et l’Allemagne, l’Italie n’a eu ni roi ni empereur. Elle doit à cette circonstance négative d’avoir subi, jusqu’à l’extrême, l’épreuve de l’émiettement. La traditionnelle couronne de fer des Lombards, annexée à l’empire, n’avait plus que la valeur d’un vain symbole.

Au nord, le marquisat d’Ivrée et le duché de Frioul; au centre, le marquisat de Toscane et le duché de Spolète; au sud, les duchés de Capoue et de Bénévent,

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restés à des princes d’origine lombarde, et les duchés de Naples, de Gaète et d’Amalfi, demeurés vassaux de Byzance : telle était l’Italie féodale du Xe siècle. A Rome, une situation unique dans la chrétienté se trouvait créée. Consolidé à l’époque carolingienne, le Patrimoine de Saint-Pierre présentait la coexistence de principes féodaux et de principes pré-féodaux, et les actions et réactions de ces principes opposés engendraient une confusion inextricable. Tant ecclésiastique que laïque, une féodalité locale, tenace et vivace, avait poussé drue sur le domaine temporel. D’autre part, entre le Pape et l’Empereur, le dualisme carolingien dressait maintenant une antinomie, où le ixe siècle avait cru instaurer une durable harmonie. Ce fut le point de départ de cette âpre et séculaire querelle des investitures où les deux pouvoirs s’usèrent mutuellement. L’Italie en fut déchirée plus encore que l’Allemagne. Guelfes et Gibelins s’invectivèrent et se traquèrent sans merci.

La physionomie de l’Italie se complète au xie et surtout au xne siècle par le développement du principe communal, particulièrement en Lombardie, et par l’essor maritime des cités méditerranéennes, surtout Venise, Gênes, Pise, Lucques. Les Croisades et la colonisation levantine favorisent un enrichissement que la concurrence la plus vive ne compromet pas.

A travers les péripéties des xme et xive siècles, la carte italienne, singulièrement mobile en l’absence de pouvoir régulateur, tend vers une simplification relative. De la poussière des seigneuries naissent, pour émerger entre tous les autres, les cinq États dominants, dont le jeu diplomatique, savant et subtil, alimentera les fastes du « quattrocento » : Milan, Venise, Florence, Rome et Naples.

L’Espagne. — Bien différents sont l’aspect et l’évolution de l’Espagne. Aussi bien, le point de départ est -il ici tout autre. Seule, la Catalogne, d’origine carolingienne, — et dont, à ce titre, nous avons esquissé plus haut la genèse, — préexiste à la pleine éclosion des principes féodaux. Les autres états hispaniques, — Navarre, Castille, Léon, Aragon, — - naissent de l’effort de la « reconquista » qui refoule progressivement les Arabes. Les royaumes de Valence et de Murcie s’ajoutent ensuite, et de la même manière, à la famille des États chrétiens. Successivement, les îles s’y annexent : Baléares, Sardaigne et Corse, même Sicile.

De formation parallèle, les royaumes hispaniques sont indépendants. Les unions qui se nouent entre eux ont le caractère d’unions personnelles. Toutefois, quelques-unes de ces unions ont eu cette fortune de devenir définitives : la soudure de Castille et de Léon fut la première de ces jonctions sans retour. Celle de l’ Aragon et de la Castille, par le mariage des « rois catholiques », Ferdinand et Isabelle, devait aboutir à « l’unité espagnole ».

L’Angleterre. — L’Angleterre fermera le cercle de ce rapide voyage à travers l’Occident féodal. Les principes féodaux avaient été importés du continent sur le sol anglo-saxon, où déjà des germes favorables à leur éclosion avaient préparé le terrain. Mais la maison normande conquérante eut bien soin d’appliquer, dans son royaume d’ Outre-Manche, les maximes qui avaient si bien réussi dans le duché. Le génie politique du vainqueur de Hastings adapte à merveille ces maximes aux cifconstances. Comme les grands seigneurs anglo-saxons ont soutenu Harold contre lui, le Normand les exproprie. Il les frappe non comme indigènes, mais comme rebelles. Il les remplace tout naturellement par

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les compagnons de sa victoire. Entre eux, il a garde de maintenir, comme sur le continent, la dispersion des fiefs.

Le « Domesday book » fixe l’armature féodale de l’Angleterre. L’unité est le « manoir » qui rappelle le domaine gallo-franc. Le « fief de chevalier » comporte le service à complet équipement. Le droit féodal anglais reproduit, dans leur ensemble, les dispositions familières à la société du continent, et nous en avons relevé au passage quelques particularités, comme l’aide « aux trois cas » ou l’absence de la « paumée » dans le cérémonial de la chevalerie du xne siècle.

De tous les rois suzerains, le ioi anglo-normand est sans conteste celui qui possède la plus forte autorité. En face de son domaine ne se dresse aucune de ces grandes seigneuries qui, de l’autre côté de l’eau, se révèlent capables de tenir en échec le pouvoir royal. L’autoritarisme d’un Guillaume le Roux, d’un Henri Ier Beauclerc, et même d’un Henri II Plantagenêt eût été impossible en France à la même époque.

Une situation initiale aussi différente explique l’évolution très différente aussi de la noblesse anglaise et de la noblesse française. La noblesse anglaise, qui devait être la plus tenace, au point de vue social, — - si bien que l’Angleterre n’a cessé d’être socialement féodale qu’en changeant de nature, en devenant, d’agricole qu’elle était, industrielle et commerçante, — n’a jamais été très puissante politiquement : elle a dû pour échapper à l’arbitraire royal et jouer un rôle dans les destinés de la nation, s’allier à la bourgeoisie. Unies contre la royauté, les deux classes — que tout, au contraire, a séparées en France — - sont allées au parlementarisme, et la noblesse anglaise a offert à l’histoire le spectacle original d’une aristocratie obligée de se démocratiser pour compter dans l’État.

J. Calmette : Société féodale.

L’Orient latin. — Il reste à étendre à l’Orient latin cette exploration sommaire du monde féodal. Dans le mémorable sermon où il prêcha la première Croisade à Clermont-Ferrand, le 28 novembre 1095, le pape Urbain II assignait officiellement aux volontaires de l’expédition sainte une œuvre de conquête : « Prenez, leur disait-il, la route du Saint-Sépulcre, enlevez cette terre à la nation impie, et subjuguez -la. » Le succès, laborieux mais héroïque, de la Croisade eut donc pour effet logique la constitution du royaume latin de Jérusalem.

Cet État, créé par des Occidentaux alors que tout, en Occident, était féodal, ne pouvait être conçu que sous la forme féodale. Il le fut artificiellement, sur la donnée du plus pur droit féodal. Les .Assises de Jérusalem furent le code par excellence de cette société d’outre-mer méthodiquement organisée.

De ce mode de formation, il résulte que la féodalité se présente en Terre Sainte avec une rigueur et une précision que l’Occident n’a jamais connues. N’ayant été en aucune façon préconçu, ayant été engendré par les contingences historiques, le système féodal, en Occident, avait laissé subsister des notions extraféodales capables de l’atténuer, encore qu’à l’insu de

tous. Rien de ce qui, en Occident, demeurait extérieur ou supérieur à la féodalité n’a été transporté en Orient. La royauté n’y est que pure suzeraineté. La hiérarchie seigneuriale n’y souffre aucun tempérament. Les droits des vassaux sont entourés de toutes les garanties possibles.

La faiblesse des établissements latins est venue sur-

tout. de là. Jacques de Vitrv appelle Godefroy de Bouillon « seigneur de la ville » : de fait, il n’a guère, à l’aurore de son règne, que tout juste Jérusalem.

Plusieurs principautés, taillées en Asie par les coin-

LE MONDE FÉODAL

pagnons de Godefroy de Bouillon, se juxtaposent au royaume : le comté de Tripoli, création de Raymond IV de Toulouse, avance sa pointe jusqu’au château de Margat, et s’adosse au Liban; la principauté d’Antioche, étendue par les croisés normands, va jusqu’à l’Arménie cilicienne et comprend, outre Antioche, les villes de Laodicée et d’Apamée; le comté d’Edesse, formé de même, à cheval sur l’Euphrate, atteint la Grande Arménie aux abords de Mélitène et enveloppe la ville de Géraple avec son territoire.

Les Chrétiens ont transporté dans ces vastes régions de l’Asie Mineure et dé la Syrie leur organisation politique et aussi leurs mœurs, leur art. Les troubadours se sont promenés dans les châteaux bâtis en ces terres lointaines; ils ont chanté les dynasties vaillantes et hospitalières d’outre-mer.

Ils ont parcouru aussi cet étrange Empire latin de Constantinople, né de la déviation de la quatrième croisade, et subitement éclos, au commencement du xme siècle, en pleine péninsule des Balkans. L’empire grec, brusquement effondré, était remplacé par un système conçu à la façon féodale et combiné pour donner satisfaction aux chefs responsables de la série d’invraisemblables événements qui avait conduit à ce dépeçage de l’héritage byzantin. Un empereur, Baudoin de Flandre, un roi, Boniface de Monferrat, se partageaient la meilleure part. Le roi était vassal de l’empereur.

Les Vénitiens, complices, sinon artisans de la déviation et auteurs de l’aventure, n’avaient eu garde de se laisser oublier dans la distribution des dépouilles. Us possédaient la meilleure part de Constantinople, Arcadiople, Rodosto, Andrinople, la Crète, et des droits sur la côte de l’Albanie et de l’Épire, sur ce « despotat d’Arta » qui longeait la côte de l’embouchure de la

Boïana au golfe de Patras et comprenait Corfou. C’est ce lot magnifique qui permettait au doge-despote, de se dire avec fierté « seigneur d’un quart et demi de l’empire grec ».

Cet échafaudage était destiné à tomber en morceaux dans le même siècle qui avait vu son improvisation. Mais il a vivement captivé les imaginations féodales et plus durablement excité les convoitises des marchands. MM. Schlumberger et Rubio y Llucb ont attiré l’attention sur l’extraordinaire odyssée de la « Grande Compagnie catalane », qui marqua la Morée d’une ineffaçable empreinte.

Mais les plus tenaces étabbssements féodaux dans le Levant furent ceux des îles : Candie, Rhodes, surtout Chypre. Sous les Lusignan, le royaume de Chypre devient un centre économique prodigieusement actif et un centre de vie chevaleresque d’une étonnante intensité. On y tisse les fils d’or, on y embarque les vins renommés. L’architecture occidentale, qui n’a laissé en Asie que des vestiges de châteaux forts, a été mieux respectée en Chypre, où subsistent encore, pour perpétuer l’éclat de l’école insulaire gothique, des témoins éloquents, interprétés avec sagacité par M. C. Enlart. La cour de Nicosie, imitatrice zélée des cours occidentales, fut, à son heure, un rendez-vous littéraire où la langue française déploya ses richesses en prose et en vers.

Seule l’invasion des Turcs Ottomans, qui marque traditionnellement la fin du moyen âge, devait faire évanouir les dernières traces de la domination latine dans le bassin oriental de la Méditerranée.

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