LES CLASSES SOCIALES
La société féodale est, par excellence, une société stratifiée. Il y a donc lieu d’étudier, de haut en bas, les classes que cette société superpose.
La noblesse. — La première classe à considérer est la noblesse. Son origine a été élucidée d’une façon particulièrement heureuse par M. Guilhiermoz. Cet érudit a montré que, dans la monarchie franque, il n’existait plus de noblesse à proprement parler : la noblesse romaine et la noblesse germanique avaient également disparu. Par contre, il se laissait apercevoir l’ébauche d’une noblesse nouvelle en formation. Cette noblesse, en se dégageant, est devenue la noblesse féodale.
Le noble féodal est le cavalier carolingien « chasé », c’est-à-dire établi sur un bénéfice concédé à charge du service à cheval avec complet équipement. Ce cavalier est proprement le chevalier, car le moyen âge a appelé de ce nom le cavalier à armement complet, et, d’autre part, ce qui, dans la société féodale parvenue à maturité, définit la noblesse, c’est précisément l’aptitude à être armé chevalier.
Cette union originaire de la noblesse et de la chevalerie a été démontrée par M. Guilhiermoz d’une façon abso-
lument convaincante; il prouve, en particulier, que, longtemps, quiconque renonce à la chevalerie renonce, du même coup, à être traité en noble, et qu’en droit primitif, le fils de noble ne jouit des prérogatives de noblesse qu’après 1’ « adoubement » (armement) qui l’a fait chevalier.
Nous reviendrons sur les caractères extérieurs et le rôle concret du chevalier dans le milieu féodal, lorsque nous esquisserons le tableau de la « vie féodale ». Mais la place sociale du chevalier est indispensable à définir ici, parce qu’elle éclaire la nature de la noblesse et son rang dans l’économie du système dont elle est une des pièces maîtresses.
M. Guilhiermoz a fait ressortir avec beaucoup de force l’importance de l’adoubement. Par là le chevalier tend à se différencier du noble. A l’origine, c’est une seule et même chose d’être noble ou d’être chevalier, puisque l’idée de noblesse s’identifie avec le service à cheval. Mais l’adoubement, par lequel le futur chevalier est mis en état d’exercer effectivement sa fonction, suppose une éducation spéciale et un équipement adéquat. L’équipement se perfectionne de plus en plus, se complique, devient de plus en plus coûteux. On voit alors des fils de chevaliers retarder indéfiniment leur adoubement. On traite pourtant ces fils de chevaliers en nobles au xme siècle. Alors on peut dire que s’est dégagée une noblesse de race : ces deux choses, d’abord confondues, noblesse et chevalerie, se sont dédoublées.
En même temps, toujours à cause de la complication croissante de l’équipement complet, il est permis aux nobles insuffisamment fortunés de s’armer incomplètement. On en vient donc à concevoir une noblesse armée distincte de la chevalerie. Cette dissociation a été l’un des traits les plus frappants de la féodalité évoluée.
Une circonstance historique dont il faut tenir le plus