PRÉFACE XVII
On peut en dire autant des «lutres peintres de l'époque. Ce qui se passe dans les alcôves, on le transporte en un paysage. Ce paysage même n'est pas vrai; il est imaginé. Les arbres sont des arbres de décor, pour un ballet mythologique. Il n'y a plus de vérité, dans une œuvre d art ; c'est une fiction. On admire quand même. Et^ l'on vit, imitant Boucher : Carie Vanloo, Lancret, Fragonard. L'artiste ne copie plus la nature, il l'invente. Il la traduit comme son imagination la lui représente ; comme il suppose qu'elle plaira aux amateurs de bonne compagnie. Et souvent, en son invention, il reste court. Ce sont toujours les mêmes bergers et les mêmes bergères, en différentes postures, que l'on voit. Il y avait à faire un tableau, plein d'imprévu, d'esprit, de caprices, d'étourderie, de malices, lorsque Carie Vanloo composa VAlné des amours faisant manœuvrer ses cadets. Diderot montre à l'artiste combien il est resté audessous de ce qu'il aurait pu faire, de ce que Ton attendait de lui. « Qui ne croirait, dit-il sur ce sujet, qu'il est rempli de variété et de mouvement; que des amours s'exercent à percer un cœur de flèches, les autres à s'élancer comme des traits, à voler avec vitesse et légèreté, à dérober un bair ser, à déranger un mouchoir, à donner le croc-enjambe à une bergère, à rendre adroitement un