‹ La société française pendant le Consulat (volume 2)Chapitre 12 sur 53 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

lantes de ses contemporains. Cette toile est un chef-d'œuvre. A la composition éloquente du dessin, à la disposition charmante des groupes, à cette éelosion, à cette révélation d'amour, peinte sur tous les visages, se joignent lëclat de la couleur, la splendeur de la mer azurée sur laquelle vogue la barque dorée, entourée d'un essaim de Cupidons tentateurs. On y reconnaît le pinceau de Rubens et la science de Paul Véronèse.

La bourgeoisie eut aussi ses artistes préférés. Elle s'était enrichie depuis le Régent. Elle se logeait en de superbes maisons, qu'elle ornait d'œuvres d'art depuis qu'elle avait marié ses filles avec les fastueux Parlementaires. Mais ses mœurs étaient restées pures, et ses goûts n'étaient ni excentriques, ni débridés, comme ceux de Taristocratie. La peinture lascive et corrompue de Boucher et de Fragonard ne lui pouvait convenir. Elle s'attacha aux tableaux de Greuze et de Chardin, qui lui offraient des scènes de famille attendrissantes, ou la reproduction des mets sortis de ses cuisines. Ces images modestes comblaient ses désirs. Elle s'émouvait devant la Cruche cassée de Greuze; elle s'ébahissait devant la Raie ouçerte de Chardin.

XX PRÉFACE

Durant ce xviii* siècle, enfin, la sculpture n'était pas restée stationnaire. Des que les grands bâtisseurs eurent supprimé, dans les ornements de leurs palais, les statues qui, naguère, faisaient corps avec le monument, ces statues exposées dans les jardins, ou sur les places publiques, durent se manifester plus profondément étudiées, avec plus de vie qu'autrefois. L'artiste, tout à fait maître de son œuvre, n'ayant plus à la soumettre à la destination du monument dont elle composait le décor, la créa pour elle-même, afin que, sans autre adjuvant que sa propre beauté, que son élégance et ses formes épurées, elle suscitât l'admiration, en son isolement. Et ce fut la raison pour laquelle les sculpteurs reprirent lëtude du modèle vivant. Lui seul, ce modèle, peut se passer de décor, lui seul révèle la beauté dans toute sa force, dans toute sa grâce, dans toute sa perfection, parce qu'il a ce que tous les autres modèles, issus de l'imagination, ne possèdent pas, parce qu'il a la vie, le souffle de l'humanilé.

Ainsi agit Pigalle, malgré les railleries de ses rivaux, qui lui supposèrent un manque d'imagination et le surnommèrent le mulet de la sculpture. Il n'était, à leurs yeux, qu'un copiste. Pigalle, néanmoins, persévéra dans sa méthode, et ce fut ainsi que commença le retour à la nature et à

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