Ahnault, Souvenirs d'un nexagénairCf t. II, p
« Né avec un tempérament bilieux, Girodet était irritable au dernier point. Sa haine pour la critique ne le tourmentait pas moins que son amour pour la gloire. L'émulation n'était en lui que de la jalousie. Il avait cependant assez de talent pour n'être pas jaloux. »
â. II avait pour son tuteur, son père adoptif, une profonde vénération, et il entreprit, pour le lui offrir, le tableau (ÏHippocrate refuêani leê présent* d'Artaxercès. A la mort de M. Trioson, le tableau, par testament, fut envoyé à l'Académie de médecine de Paris. En 1799, il avait fait le portrait de M"« Lange, l'actrice du Théâtre -Français, devenue M" Simon. L'actrice ne trouva pas son portrait ressemblant et en fit chez elle des critiques assez peu mesurées. Girodet, en l'apprenant, entra dans une véritable fureur, et. lorsqu'il reçut une lettre de celte dame qui lui demandait le ])ortrait et le prix qu'il croyait devoir lui appliquer, le peintre brisa le cadre, coupa la toile en plusieurs morceaux, mit le tout dans une caisse qu'il expédia à M»« Lange. Il exagéra sa vengeance, en la peignant en Danaé recevant sur son corps nu une pluie d'or. Puis, sur le devant de la toile, il dessina un coq d'Inde qui était le portrait frappant du mari.
On faisait alors circuler les vers suivants :
En vain, dans ce produit d'un vil ressentiment. Le peintre a prétendu se laver d'une offense. Il a, pour un peu d'or, dégradé son talent.
Blessé les bonnes mœurs, le goût, le sentiment, Livré de la beauté le voile; à la licence,
Et prouvé jusqu'à l'évidence, Qu'il est bien plus aisé d'être avare et méchant Que de faire d'un ange un portrait ressemblant.
Voici une lettre reçue de M. Brinquant (54, rue de Prony) au sujet du tableau représentant M"« Lange :
'< C'est moi qui possède le tableau de Girodet représentant M"* Lange en
Quoiqu'il perdît beaucoup de temps à composer des croquis et des vigaettes, pour les classiques édités par Didot, ses tableaux étaient toujours longuement préparés, et portaient la marque du travail incessant de son imagination. Fontaine, l'architecte, avait été chargé par Bonaparte de la restauration et de la décoration de la Malmaison. A Girodet, il demanda un tableau dont le sujet devait plaire à cet esprit amoureux de poésie : la Victoire conduisant les ombres glorieuses des généraux français dsins le palais d'Odin. L'œuvre fut exposée au salon de Tan X et souleva autant d'admirations que de critiques. Les journaux de Tépoque s'y arrêtèrent avec complaisance, et, parmi eux, le Publiciste se montra équitable. Après avoir loué les ouvrages précédents du peintre, et principalement VEndymion, le journal présenta le résumé de tout ce qui s'écrivait sur l'exposition de Girodet. < ...Aucun objet, disait-on, n'y avait de couleur ; l'atmosphère était sale et obscure, et, bien loin d'habiter un lieu de délices, nymphes et héros étaient plongés dans les plus
Danaé, qui reçoit une pluie d'or. Tableau, signé Girodet, et parfaitement authentique.
« Ce tahleau me vient de ma mère, qui l'avait reçu en legs de M">* ChatilloD, son amie. M. Chatillon, son mari, était élève de Girodet ; il a gravé bi^aucoup de ses tableaux et parlait souvent à ma mère de la fameuse histoire du portrait de M>'* Lange.
« Le tableau est parfaitement conservé. M'** Lange est assise sur un grabat qui est callé par des tuiles, pour expliquer l'obscurité de sa naissance. Ëile est nue et tient un miroir de la main gauche. Ce miroir est fendu par une pièce d'or qui tombe : de l'autre main, elle tient un châle bleu ; à gauche, s'avance un gros dindon dont l'un des ergots est orné d'une bague. Ce dindon est poussé par un amour. C; dindon est le portrait de Talleyrand. Dans la partie droite, une tète do satyre, qur* l'on dit être son mari, reçoit un louis d'or qui lui cache l'feil. En haut, des toiles d'araignée ; sur le lit des couvertures malpropres et déchirées.
• L'or tontbe à flots et blesse une colombe qui s'envole couplée avec une autre.
> Le cadre est du temps, avec quatre médaillons à chaque coin, représentant : 1* Des bètes à cornes, un bœuf, des colimaçons ; i<* Malier formoss, Kuperné deêinit in pUcem, etc., etc. >•
épais brouillards... Les passe-temps auxquels se livraient ces sauvages ne trouvaient aucun approbateur : ainsi ces boissons enivrantes dont les uns se versaient des rasades, que d'autres rejetaient de leur bouche, avec des attitudes et des expressions de physionomie, toutes burlesques et chargées. Et que dire de ce héros de corps de garde, entrant dans cet Olympe, tambour battant, pipe allumée ; de ce jeune chasseur faisant servir le sabre d'honneur, qu'il a reçu, à percer de part en part, pour les beaux yeux d'une Malvina, la nuque et le cou de son oppresseur ? Un Elysée où se passent de pareilles scènes, ajoutait-on, donne plutôt l'idée de la Taverne du Ténare, Ce mélange d'héroïque et de burlesque paraissait aux auteurs mal répondre à cette inscription : Hommage à Napoléon Bona" parte/ Sint consule dignœy s'écriaient-ils, avec reproche. Enfin, ils s'inquiétaient de la destination d'un tel ouvrage, fait pour figurer, en pendant, avec un sujet rival, traité par Gérard, si correct en son dessin, si noble et si simple dans ses conceptions, si soigneux pour les efPets, et le plus souvent si heureux dans son coloris... Mais, observe le Publicistej en toutes ces critiques, il n'était pas question de la figure capitale du tableau, de la figure d'Ossian ; du groupe des généraux ; de la Victoire qui plane sur eux ; des femmes qui jouent sur les harpes; de celles qui, avec des coupes et des fleurs dans les mains, nagent dans les nuages où elles sont à demi plongées. En s'y attachant, la critique, sans perdre ses droits, dit encore le même journal, pouvait se tourner souvent en éloges. Certes, ces corps de femmes sont beaux et véritablement élyséens. La délicatesse de la structure ne s'y fait pas moins remarquer, que l'élégance des formes. CeUes qui
tiennent des harpes ont bien toute la légèreté et la transparence des corps plongés dans un air subtil, et celles qui nagent dans une atmosphère inférieure participent aussi, comme elles le doivent, à une nature aérienne. La figure d'Ossian est belle, et son action est noble et pathétique. Si la figure de la Victoire était posée, elle ne mériterait que des éloges. Elle est belle, mais elle est lourde ; et, placée comme elle est, à la partie la plus élevée du tableau, elle l'écrase... Girodet doit craindre de se familiariser avec le bizarre ; il ne doit pas ambitionner d'être le peintre des difficultés. »
Aujourd'hui, il est admis que la composition de Girodet est supérieure à celle de Gérard. Girodet a tout créé, tout imaginé. Tout, en son œuvre, semble l'image d'un idéal imprécis et fabuleux, inspiré de la lecture d'Ossian ; le développement d'un récit poétique que lui seul pouvait concevoir.
Il voulut connaître le jugement de David et appela sa visite. Le maître se fit accompagner de l'un de ses élèves, Delescluzc. Ils frappent à la porte de Girodet, et ne sont introduits qu'après un moment d'attente. « Celui-là est comme les lions, disait David^ il se cache pour faire ses petits I > Girodet cependant accueillit le grand artiste avec déférence, et s*écarta pour le laisser considérer Tœuvre en toute liberté. Inquiet, le visage tourmenté, attendant le mot d'approbation ou de blâme de son ancien maître, il suivait, sur la physionomie de David, rimpression produite. Et David gardait le silence^ allant et venant le long de la toile, cher* chant le mot nécessaire, la sentence juste à émettre. A la fin : « Ma foi, mon bon ami, dit-il à Girodet, j'avoue que je ne me connais pas à cette peinturelà ; non, mon cher Girodet je ne m'y connais pas ;
je ne puis rien vous en dire ; excusez-moi. » Et, sentant bien qu'il blessait l'amour-propre de son ancien élève, il se retira.
Bonaparte, au contraire, complimenta le jeune peintre. Il aimait les poésies d'Ossian, on le sait ; et les figures éthérées des nymphes, les ombres des généraux, qu'il revoyait dans une sorte d apothéose, produisaient, en lui, la même sensation qu'une lecture du poète. « Vous avez eu une grande pensée, lui dit-il. Les figures de votre tableau sont de véritables ombres. Je crois voir celles des guerriers que j'ai connus. » Et l'artiste avouait que cette phrase courte du grand capitaine l'avait suffisamment payé de ses peines.
Ces critiques, cependant, le découragèrent. Girodet resserra davantage sa claustration, cherchant une revanche dans une œuvre émouvante. Durant quatre ans, il ne laissa rien sortir de son atelier. Mais, sa nouvelle œuvre achevée, il la montra enfin, en 1806. C'était une scène du Déluge^ qui fut jugée digne du prix décennal, et l'emporta sur les Sabines. David, cette fois, approuva hautement la production du jeune peintre. Il l'admira, disant, qu'un jour, on viendrait l'étudier comme on étudie un tableau de Michel-Ange. Scène de tragique angoisse, que l'on pourrait croire inventée par Dante ; scène où toutes les difficultés de l'art sont accumulées et vaincues ; où l'artiste, pour démontrer sa science et son génie, a uni, dans la même catastrophe, un vieillard, un homme jeune et fort, une vierge flottant sur les eaux, une mère avec ses enfants ; grappe humaine, soutenue par une branche d'arbre qui ploie sous la charge et qui, par sa cassure, laisse tomber dans le gouffre tous ces désespérés fuyant la mort. Le ta-
bleau^ les premiers jours d'exposition, ne produisit pas un grand efiet. La foule, qui se pressait devant le cadre, comme elle s'était pressée devant VOssian du même auteur, n'avait pas l'imagination assez ouverte, pour être touchée par Tépouvante qui s'en dégageait. David en donnait la raison. « Girodet est trop savant pour nous, disait-il. Contenions-nous de «opier la nature. N'exagérons rien en elle. Ça vaut mieux, quand ça vient tout seul. . . » Mais Girodet, en poète dont l'imagination n'avait point de repos, ne pouvait se contenter d'une scène ordinaire du déluge, d'une noyade vulgaire. Il lui fallait pousser Té motion à l'extrême *, en donnant le spectacle du trépas de toute une famille enlacée, qui s'étreint avec l'énergie de la terreur, et qui, tout à coup, se sent choir dans les eaux mugissantes. C'est là le drame qui devait tenter la puissance de Girodet, et il en sut vaincre toutes les difficultés.
Ses autres œuvres appartiennent à l'Empire plus qu'au Consulat : les Funérailles dAtala ; Napoléon recevant les clefs de Vienne en 1808 ; la Révolte du Caire en 1810. Alors, à l'apogée de son talent.
i. Théophile Gautier, dans ses Études sur le musée du Louvre, a décrit ce tableau :
« Dans la célèbre Scène du Déluge^ l'inlérôt dramatique est niénagcS calculé, gradué avec le soin que mettrait le plus habile metteur en scène au tableau final dun acte à elTet. Les eaux ont envahi la terre ; seul, un rocher émerge, couronné d'un arbre. A cette branche s est attaché, d'une main, avec toute l'énergie du désespoir un homme portant son père sur ses épaules ; de l'autre main, il tient, par le bras droit, sa femme qui presse contre son sein un enfant enveloppé d'un manteau.. De la tôle h demi renversée de la femme s'épanche une longue chevelure à laquelle se suspend un enfant plus âgé. La grappe humaine oscille misérablement au-dessus de l'abime. Encore un effort et l'on gagnera le sommet du plateau. Ce ne sera pas le salut, car Dieu est implacable ; mais ce sera un moment de trêve un soupir de respiration dans l'horreur. O malheur ! la branche ploie, se brise, et tout le groupe si laborieusement échafaudé, va crouler dans le gouffre. où flotte déjà, sous la transparence verte d'une vague, le corps bleuâtre d'une jeune vierge, la s<£ur, la lille ainée peut-être de l'homme qui sent manquer à ses doigts, désespérément crispés, leur frôle et dernier appui. »
le peintre fut considéré comme chef d'école *. Mais, à dater de cette époque , ses productions devinrent plus rares. Ses forces diminuaient ; sa santé était atteinte ; et dans son dernier grand tableau^ Pygmalion et Galatée, en 1819, la décadence de son talent était manifeste.
Il habitait une vaste maison qu'il avait fait construire, où il avait accumulé une quantité fort grande de meubles de Boule, de bibelots de Chine, de livres rares. Par une bizarrerie de son caractère, craignant sans doute qu'on ne détériorât ce mobilier précieux, il ne soufirait aucun balayage dans ses chambres, aucun ouvrier pour les réparations les plus urgentes de la maçonnerie et celles de la toiture, prétendant que la poussière et la pluie causaient moins de mal à ses meubles et à ses bibelots que le passage des ouvriers, ou des domestiques. Dans cette maison, qu'il quittait rarement, il était vêtu d'habits sordides, et il couchait sur un mauvais lit, dans une pièce dont les murs n'étaient recouverts que d'un crépi de chaux et dont la cheminée restait sans chambranle *.
Voulait-il sortir, aller dans le monde, il affectait une grande coquetterie, se parait d'habits neufs, se parfumait de violentes odeurs. Dans le monde^ il était bien reçu, se rendant agréable par sa conversation, parlant bien, contant de nombreuses anecdotes, très instruit et fort intéressant avec ses inter-
1. Le Dictionnàirt! de Gabet cite, parmi les portraits dus aa pinceau de Girodet, celui de Charles de BonapaKe, le père de Napoléon, de M. Larrey, de M. Trioson, de M. de Sèze méditant la défense du roi, de M. de Chateaubriand au milieu des ruines de Rome, cinquante sujets environ, pris d'Anacréon, et gravés par Chatillon, plus de deux cent cinquante, tirés de Virg-ile et de Racine, et dessint^s pour les éditions de ces poètes à MM. Didot.
2. Ce n'était point de l'avarico, mais de la manie, car il prêta à son fermier, atteint par la grêle, une somme de vingt mille francs.
locuteurs. Il avait écrit un poème eu six chants, le Peintre, et dans les cérémonies auxquelles il assistait, comme au banquet réunissant les admirateurs du peintre Guérin^ il lisait souvent un morceau de sa poésie.
Il était grand, maigre, blond^ d'une belle chevelure en sajeimesse, mais, avec l'âge, devenu chauve. Sa bouche était large, ses lèvres épaisses, et les pommettes saillantes de ses joues donnaient à sa figure une expression de sensualité, que son âme passionnée et toujours agissante n'adoucissait point. Ses yeux, enfoncés profondément sous les arcades des sourcils, brillaient d'une clarté qui indiquait une intelligence ouverte ; et, n'eût été ce retranchement en soi-même, qui était l'habituel état de son caractère, il aurait été, dans une réunion, l'homme le plus recherché et le plus engageant.
Il mourut en 1824 d'une affection gangreneuse de la vessie, qu'une opération de son ami, le D' Larrey, ne put conjurer. Lorsqu'il dut abandonner son atelier et s'aliter, il embrassa longuement du regard ses objets familiers, cette pièce toute empreinte de sa pensée, cette retraite où s'était écoulée sa vie laborieuse, et, au moment d'en détacher ses yeux, on Tentendit qui murmurait, au milieu d'un sanglot étouffé : < Adieu, adieu. Je ne vous verrai plus *. »
Voici, d'après Charles Blanc, les prix obtenus par quelques ouvrages de Girodet, en différentes ventes :
Vente: baron Gros, 1836: portrait de Girodet à l'âge de vingt-deux ans. Il Téchangea contre celui de Gros à leur
1. Il laissait à M*** Becquerel-Dcsprëaux, sa nièce et son unique héritière, une fortune évaluée à huit cent 'mille francs.
arrivée à Gênes. Il s*est représenté en chemise, cheveux longs, chapeau gris. Prix : 899 francs.
Vente; comte Sommariva, 1839: Pygmalionel Galatée. Ce tableau est également connu par les gravures. La statue est sur le point de s'animer ; le statuaire la regarde avec un sentiment de surprise, d'admiration et d*amour. Prix : 14,000 francs.
Vente; comte Perregaux, 1841: Tête de vierge, exposée en 1812. Le corsage est rouge-brun, brodé d'or. Prix : 3,155 francs.
Vente; Richard W..., 1857: la Belle Elisabeth, modèle de prédilection de l'artiste. Prix: 3,100 francs. Ce tableau avait été adjugé, à la vente de l'artiste, 9,500 francs.
Vente; Girodet, 1835: le portrait de Gros, peint par luimême dans sa jeunesse. Il est de grandeur naturelle, coiffé en cheveux longs et ajusté d'une draperie blanche. Ce portrait est un gage d'amitié réciproque, donné à M. Girodet en échange du sien, lorsque les deux peintres demeuraient ensemble à Gênes.
Esquisse très arrêtée pour la scène du Déloge, Elle est d'autant plus remarquable, qu'elle diffère du tableau par plusieurs changements dans la composition. Prix: 3,505 fr.
Vente ; baron Denon, 1826 : petit portrait en pied du premier Consul.
§ 2. — Gérard
Le père de Gérard habitait Rome, intendant du bailli de Suffren, puis du cardinal de Demis, à Tambassade de France. Il y épousa une belle Italienne, M"" Mattei, et de cette union naquit, en 1770, François Gérard. Sa famille en voulut faire un peintre et le fit entrer, à Paris, dans Tatelier de Pajou, le statuaire, puis chez Brennet, un rival de Vien, qui n'encouragea point la vocation de son élève. 11 en sortit pour suivre les cours de Tatelier de David,
dont il ii*eut qu'à se louer. Le grand artiste le savait pauvre, et il se fit aider souvent par le jeune commençant, dont il appréciait l'intelligence et la facilité d'exécution. Et cependant Gérard ne put jamais obtenir le prix de Rome et ne fut toujours que le second au concours *.
Lorsqu'il eut Tâge d'être réquisitionné et envoyé à l'armée, le maître, très influent alors et le voulant garder à Paris, le fit inscrire sur la liste des jurés du tribunal révolutionnaire. Gérard, pour se soustraire à ces redoutables et odieuses fonctions, simulait une maladie qui empêchait toute locomotion. Il avait un logement au Louvre et, dans les corridors du palais ou dans les escaliers, il affectait de marcher péniblement, soutenu par des béquilles, qu'il abandonnait dès qu'il se trouvait seul. Une fois, cependant, il fut rencontré alerte et \âgoureux, par une dame de Taristocratie, M"* de Wailly, qui, le connaissant, avait deviné le subterfuge. Gérard se crut perdu. Mais la noble dame, s'apercevant de
I. Mariette (t. HI), en son Abécédaire, publie une lettre de Guérln à Gérard, en date du 20 thermidor an XII, qui indique avec quel intérêt Gérard s'occupait des travaux de tous ses camarades à Rome, et le regret de n'y avoir pu aller comme pensionnaire de France. Guérin commence par lui dire que Ton ne comprend bien tout ce que comporte le mot de patrie que lorsqu'on est à quatre cents lieues de ses clochers. Guérin parle ensuite de la société que voient les pensionnaires de France, quelques Français parmi lesquels M. Hédouville, le frère du général ; et il ajoute : « Nous nous promenons dans la villa Médicis comme des loups- garous, et, quand nous apercevons des femmes, nous sommes tentés de les prendre pour des oies ; excepté M*>* Bouri, cependant, que nous voyons plus souvent et qui n'est point du tout une oie, tant s'en faut qu'au contraire. Je crains qu'à notre retour, on ne nous prenne, nous, pour des ours descendus des Alpes et des ours mal léchés... Nous possédons Forbin, depuis quelques mois... Il vient ici manger ses cent louis (c'est ce qu'il dît), mais ils lui profitent bien. Il fait des études charmantes, ainsi que son ami Granet. Je crois que ce dernier a tout Rome dans sou portefeuille. Forbin a le projet d'un voyage en Grèce. 11 n'est pas douteux, s'il le fait, qu'il ne rapporte des choses fort intéressantes. Calamala fait une statue du Consul et Dupaty un Philoctète de sept à huit pieds. Dans le premier, on trouve l'assurance et la grâce d'un talent facile ; dans le second, de l'énergie, une étude profonde et soutenue, en un mot, du fonds. »
l'effroi du peintre, lui dit aussitôt :« Oh 1 ne redoutez rien, je ne vous trahirai pas. »
Il s'était lié d'amitié, chez David , avec son camarade Isabey, qui le soutint de sa bourse ; qui, confiant en rintelligence de son ami, en sa perspicacité à découvrir le caractère de son modèle, voulut poser devant lui pour un portrait. Gérard en fit un chefd'œuvre. Le portrait en pied d'Isabey, tenant sa fille à la main, fut remarqué de tous les artistes, admiré de tous les connaisseurs, et le nom de Gérard émergea de la foule. Il devint célèbre, après le portrait de M"* Brongniart, de la famille d'Auguste Brongniart, orfèvre habile en ce temps-là ; œuvre exquise, œuvre charmante par la souplesse de Taititude, par la grâce dans l'expression du visage, par la délicatesse du coloris, par la distinction de l'ajustement, agrémenté d'une double ceinture autour de la taille. Ce fut une explosion de louanges, à ce point que David même devint jaloux de son élève.
Et pourtant, ce n'était pas ce que voulait, ce que désirait Gérard. Pauvre et très pauvre, puisqu'il ne se nourrissait que de pommes de terre ; marié à la sœur de sa mère S cette sœur plus jeune que lui de dix ans, lorsqu'il eut perdu ses parents, il ambitionnait quand môme d'être peintre d'histoire, ce qui n'enrichit guère, et il exposa (1796) son tableau de 5^Zi.<faire, portant, sur ses épaules, son guide piqué par un serpent. Ce Bélisaire n'avait pas la valeur de ses portraits ; on le trouvait froid et lourd*, et
1. Une jeune et petite femme, avec de g-randa yeux noirs, dit M"» Sophie Gay, et des dents éblouissantes.
2. Kotzebue {Souvenirs de Paris, t. H, p. 79) n'est pas de cet avis. Voici ce qu'il a écrit sur ce tableau de Bélisaire : « Gérard, cet excellent peintre d'histoire, est aussi poète. Son Bélisaire nous le prouve. Rien de plus poétique que la situation dans laquelle il a placé, sur son tableau, cet infortuné vieillard aveugle. Cette fiction déchirante, mais heureuse, lui appartient. Le
il resta invendu. Isabey vint à son secours, lui acheta le tableau pour le revendre, et lorsqu'il fut vendu, il lui remit la différence du prix.
Toujours persécuté du désir de produire une œuvre (jui le classerait parmi les grands peintres, il entreprit sa Psyché et r Amour, qui parut trois ans après Bélisaire (1798). Ce tableau, hélas ! n'eut pas plus de succès que le premier. L'Amour s'approche de Psyché, pour déposer un baiser sur le front de la jeune vierge. Or, cet Amour ne peut être que passionné, et il apparaît plutôt comme un petit jeune homme très sage, qui vient embrasser sa sceur avant de retourner à ses jeux. Psyché, c'est TAme, l'être sensible qui doit être ému et tressaillir à ce premier effleurement de la passion ; et cette belle personne assise, devant laquelle se tient l'Amour, demeure inerte comme si elle recevait une caresse de sa mère. Ainsi que le Bélisaire, la Psyché ne trouva point d'acheteur. Fontaine, l'architecte, et Le Breton, secrétaire de l'Institut, un ami de Gérard, se cotisèrent et, comme Isabey, à l'exposition du premier tableau, ils prirent la Psyché j en échange de six mille francs, qui devaient subvenir aux besoins toujours pressants de Gérard et
jeune homme qui servait de conducteur à Bélisaire vient de mourir de la morsure d'un serpent. Bélisaire continue de marcher. Ce serpent est encore après le pied du jeune homme. Le soleil est près de se coucher. Le pauvre 'vieiliard, privé de son conducteur, s'est écarté de sa route. La nuit approche ; il tâche, avec son bâton, de retrouver son chemin et ne sait pas qu'il y a un précipice tout près de lui. Cette peinture cause une émotion inexprimable. Le spectateur en perd la respiration. On étend involontairement les bras pour empêcher ce vieillard de tomber dans le précipice, ou bien l'on se retire pour n'être pas témoin de sa perte... Gérard a fait aussi des portraits. Son génie a su faire un tableau de chaque portrait, qui, malgré Til- Juflion de la ressemblance, devient un morceau digne d'être conservé. J'ai ▼u chez lui d'excellentes peintures de ce genre. Par exemple, l'épouse du général Murât, sceur du premier Consul, devant une table sur laquelle est un berceau avec son plus jeune enfant endormi ; le plus âgé joue sur ses genoux ; tous deux sont nus, fort intéressants. »
de son jeune ménage *. C'était le temps où, talonné par le dénuement, il composait croquis et esquisses, pour les classiques édités par la maison Didot. Période éphémère, au surplus. La renommée arrivait. Le portrait de M"" Regnaud de Saint-Jean-d'Angély^ de cette Joconde mondaine, suivant l'expression de Hamel, celui de M"' Barbier- Walbonne, celui de M"' Bonaparte, en 1799 *, lui créèrent une célébrité que Girodet n'avait pas encore. Entre eux, la rivalité commença ; rivalité et non jalousie, que Girodet ne connut jamais '.
Avec le Consulat s'ouvrit l'ère des grands succès pour Gérard. Les généraux les plus illustres, les grands fonctionnaires du gouvernement vinrent, chez lui, poser devant son chevalet; le général Moreau, le général Murât. Puis ce furent Lareveillière-Lépaux, et M"' Tallien, et M"* Visconti, et Darcet, et Poisson, et Suard, et Canova, et Le Breton, et enfin M"' Récamier, la belle madame, qui mit l'atelier de Gérard tout à fait à la mode. Le peintre, d'ailleurs, se surpassa en cette œuvre diffi-
1. Le tableau devint quelque temps apix's la propriété du général Rapp, et, à la mort du général, le Louvre en fit l'acquisition pour une somme de 22,000 francs.
2. Les Dt'bnts du 16 brumaire an X écrivaient : « Le plus grand mérite de ce portrait, à tous les yeux, est dans celui do la ressemblance. On admire avec quelle vérité l'artiste a rendu l'expression qu'il a trouvée dans les regards et dans le mouvement de la bouche de son modèle. ■
3. C'était plutôt la renommée de Gros comme peintre d'histoire que Gérard enviait. Charles Blanc, eu son Histoire dea peintres, mconie qu'après avoir achevé la Bataille d'Aboukir, Gros devait montrer le tableau à la famille Murât. Le général y tenait, en effet, une place enviable. Mais comme Gros n'était pas satisfait de son œuvre, une de ses meilleures pourtant, il ne la voulait montrer à personne. Il consentit cependant à laisser entrer Gérard, le jour môme où la famille Murât devait avoir la primeur de Texliibition. Gérard offrit son bras à l'une des princesses. Il i-egarda longtemps le tableau, feignit d'approuver du geste quelques parties secondaires, ne dit pas un mot et sortit avec tout le monde, sans avoir rompu son diplomatique silence.
cile. La coznpositioii exigeait un goût sûr, un tact éprouvé, afin d'échapper à toute équivoque qui aurait pu dénaturer le caractère de l'héroïne. Et pourquoi ? Gérard avait choisi une salle de bain où, près d'un bassin entouré d'arbustes en fleurs, mollement assise, les pieds nus, la jeune femme s'abandonne à une engageante lassitude, les bras pendants le long du corps, dont les formes élégantes et fines se dessinent sous les draperies blanches qui la couvrent. Les murailles, les colonnettes de la salle, le linge dans une corbeille, toute cette gamme de blanc s'épanouit en un ton adouci, qui laisse au regard une satisfaction enivrante. David, on le comprend, qui avait commencé une ébauche du portrait de la jolie femme, David délaissé pour Gérard, ne voulut point continuer et garda l'ébauche en l'état où elle se trouvait. Les faveurs d'une vogue toujours accrue comblèrent Gérard de biens, depuis cette époque, et afin d'éloigner les petites gens, le peintre maintint ses prix à un taux fort élevé, douze mille francs pour un portrait en pied.
Modeste, sachant son instruction incomplète, il écoutait, avec la plus fervente curiosité, la causerie des savants et des hommes éminents dont il lui arrivait d'être le commensal. Ce qui tombait de leurs lèvres s'emmagasinait en sa -mémoire fidèle, et tous les sujets lui devinrent familiers, la littérature aussi bien que la musique, aussi bien que les sciences. 11 avait entendu, compris et retenu les divergences qui séparaient les musiciens, — les Gluckistes des Piccinistes, — les critiques sur l'art dramatique, sur les deux tragédiennes qui se disputaient les applaudissements au Théâtre-Français, sur les poètes et les romanciers contemporains ; il connaissait
ci approuvait Tadmiration des hommes politiques pour le jeune consul, les doléances de ceux qui appelaient une restauration du culte catholique, et cet acquis, complété par les lectures faites près de luiy à haute voix, pendant son travail, et par celles qu'il faisait lui-même, le plaçait au niveau de tout homme instruit; si bien que, quel que fût le grand personnage ou Thomine célèbre, qui vînt en son atelier, il soutenait la conversation avec la même facilité, la même finesse, la même variété qu'un érudit et le plus merveilleux causeur. Talleyrand disait, en parlant de lui, qu'il avait reconnu, en cette belle intelligence, les qualités les plus propres à un diplomate. Alors, sachant s'apprécier et connaissant sa valeur d'artiste, Gérard ne voulut jamais peindre ailleurs que dans son atelier, les plus grands personnages mêmes de l'Empire, les princes de la famille impériale qui le mandaient à Fontainebleau pour leur portrait. Il leur faisait répondre qu'il ne savait travailler que chez lui; et ces orgueilleux durent se soumettre à ses exigences.
Quoique recherché pour son esprit et sa bienveillance, il n'aimait point le monde. Il ne le fréquentait qu'avec un désir toujours plus vif de retrouver son chez soi, sa bergère sur laquelle il se reposait dans ses habits d'atelier. Tant était grande sa hâte de reprendre ses aises, que revenant chez lui, au bas des escaliers, il commençait à déboutonner ses habits, prêt à les quitter au seuil de sa porte. Souvent même, il lui arrivait, fuyant tout le cérémonial d'une réception, de s'esquiver d'un salon, en cachette^ pour courir à Montmartre dans un café obscur, où il était certain de rencontrer Le Breton et Fontaine, avec lesquels il allumait sa pipe et disait mille folies.
Eofia, généreux avec ses amis, comme on l'avait été avec luiy il ne refusait jamais de venir en aide à ses intimes ; et comme il ne portait point d'argent en son gousset^ il empruntait, en ces cas-là, la somme nécessaire, priant sa femme ensuite, qu'il appelait son minisire des finances et qui gardait le coffrefort, de rembourser le prêteur.
Son caractère et son talent lui avaient attiré de nombreux amis qu'il prit Tbabitnde de recevoir le mercredi soir de chaque semaine. Ce fut d'abord, en sa modeste demeure^ la réunion de ses camarades d^atelier ; puis quelques-uns de ses clients mondains se firent présenter à cette assemblée d'artistes, et dans son salon, quand il fut riche, on put voir et coudoyer tout ce que Paris comptait alors de considérable et de remarquable dans les lettres et dans les arts*. Mais il fallait, chez lui, respecter Tordre de toutes choses, chaque objet se trouvant à sa place et toujours à la même place. Il se moquait des gens prétendant que le génie ne pouvait s'allier qu'avec le désordre. Gomme si l'ordre matériel ne correspondpas à Tordre des idées, à la méthode du travail, à la clarté du verbe.
Il composa, en sa vie d'artiste, deux cent quatrevingts portraits ; dans le nombre, presque tous les rois de TEurope. Et Ton disait de lui qu'il était le peintre des rois et le roi des portraits ".A la fin, les exigences de ses admirateurs furent si pressantes,
1. Le tableau de David, peint par lui-même, occupait la place du maître chez relève. On y voyait aussi, ajoute M"« Sophie Gay, un ouvrage de tous les grands maîtres du jour. Son luxe était tout pour son atelier qui était son salon. Il y avait consacré la moitié de sa maison.
S, Charles Blanc, dans la \ie de Quentin La Tour, rapporte de Gérard cette phrase : « Gérard * disait un jour à M. Carrier, peintre en miniature, qui lui montrait une tête de La Tour : « On nous pilerait tous dans un morm tter. Gros, Girodet, Guérin et moi, tous les G.Jon ne tirerait pas de nous « un morceau comme celui-ci. p Et cependant, ce n'était qu'une vive préparation de pastel que montrait M. Carrier, élève de Prud'hon.
qu'il dut s'adjoindre, pour y faire face, des collaborateurs ; Stenben et Pauline Guérin, et surtout M"' Godefroy. L'œuvre presque achevée, il passait le pinceau sur ce premier travail et lui imprimait la marque de son talent, de son goût délicat, de la vision intime qu'il avait du modèle. Malgré tout, il revenait sans cesse aux grandes œuvres d'histoire. C'était son regret de n'en laisser aucune, digne de lui. En 1810, il composa cependant une Bataille dAusterlitz qui ne fut point remarquée*. Le tableau manquait du mouvement, de la chaleur, de cette furie nécessaire aux batailles. Napoléon, qui s'y trouvait flatté, disait, quand même, à ses courtisans : « Allez voir comme nous étions ; c'est parfait. »
A la Restauration, les Bourbons l'occupèrent et en firent leur peintre de choix. Louis XVIII lui commanda V Entrée de Henri IV à Paris, considérée comme un chef-d'œuvre, qui termina la série de ses succès.
Une fièvre pernicieuse, en 1837, remporta en quelques jours. Il se résigna à cette fin prématurée, puisqu'il n'avait que soixante-sept ans. En son agonie, on l'entendit murmurer, en italien, une prière que sa mère lui avait apprise en son enfance, et tout de suite après, on le vit agiter sa main dans l'espace, traçant idéalement le contour d'une forme qui lui serait apparue, la pensée toujours pleine de cet art qu'il aima jusqu'aux derniers spasmes de la vie.
C'est dans la notice sur Tœuvre du baron Gérard, publiée par le neveu du peintre, M"^ H. Gérard, en tête de son œuvre, gravée à Teau-forte, (Paris, 1852-1857,3 vol.)
i. Ce tableau élait destiné au Conseil d'Etat.
qu*il faut chercher, dit M. Charles Blanc, la longue nomenclature et les dates précises de ses nombreux por-* traits. Cette liste ne comprend pas moins de deux cent soixante-cinq portraits, en pied, en buste, ou à mi-corps4 Voici la liste chronologique des ouvrages de Gérard : 1787. Jésas el les petits enfants. — A Téglise Saint- Jacques du Haut-Pas.
1789. Joseph reconnu par ses frères. Tableau de con-« cours, au musée d'Angers.
1790. Daniel fait arrêter les vieillards accusateurs de la chaste Suzanne, Tableau de concours.
1795. Bélisaire. Figures de grandeur naturelle, gravées par Desnoyers. Galeries de Leuchtenberg. Une répétition, en petit, de ce tableau, parut en 1811, à la vente d'un marchand de tableaux, nommé JaufTret. Elle fut retirée de la vente, au prix de 2005 francs. Une autre répétition représentant Bélisaire fut adjugée à la vente du comte Sommariva en 1839, au prix de 3750 francs.
Marius rentrant dans Borne, Esquisse arrêtée, donnée par Gérard à Girodet, achetée à la vente de ce dernier en 1825, par M. Ambroise Firmin-Didot. La même compo-* sition est exposée dans la galerie des dessins du Louvre.
1796. Psyché. Gravé par Godefroy, lithographie par Aubry-Lecomte.Au musée du Louvre.
1802. Flore caressée par Zéphyre, Gravé par Pradier, appartient à M' H. Gérard.
1804. Six amours figurant le départ et V arrivée ; Vat" taque et le succès ; le regret et le repos. Gravés par Potrille.Les six tableaux représentent les enfants de M"®Tallien à qui ils avaient été donnés par Gérard. Lors de son mariage avec le prince de Caraman, elle les rendit à Gérard, qui modifia les têtes. Ils ont appartenu depuis, au général Rapp, et enfin à la famille Pozzo di Borgo.
1806. Les trois âges. Gravé par Raphaël Morghen. Ce tableau qui appartenait à la raine de Naplas (Caroline Murât) est à Naples.
1809. Ossian. Gravé par Godefroy. Le tableau original acheté par Charles Jean, roi de Suède, a péri en mer
avec le vaisseau qui le portait. Plusieurs répétitions en ont été faites par Gérard. Il en existe une à Stockholm, et une autre, qui appartenait au prince Eugène, fait partie de la galerie de Leuchtenberg actuellement en Russie.
1810. La bataille d'Austerlitz. Gravé par Godefroy. Au musée de Versailles.
Il y faut ajouter toutes les œuvres produites pendant la Restauration.
Le musée du Louvre possède vingt dessins ou croquis de Gérard, offerts par M' H. Gérard, son neveu.
A la vente du baron Gros, 1835, un dessin à la plume sur papier de couleur, lavé et rehanissèy la Prise de Lyoîij fut vendu 70 francs ; le Massacre d'une famille royale grecque, admirable dessin, 100 francs.
Vente du baron Vivant Denon, 1826. Portrait de M™ Georges, 2010 francs.
Vente du baron Gérard, 1837. Bonaparte, premier Consul, en habit d^officier supérieur, peint en février 1803 ; 2000 francs.
Napoléon empereur; costume du sacre, grandeur nature, 850 francs.
L'impératrice Marie^Louise, portrait en buste, 290 fr.
Le même portrait dans une attitude différente, 299 fr.
Joseph Bonaparte, en habit d*officier supérieur, 270 fr.
Canova, tête nue, manteau rouge drapé, 1210 francs^ au musée du Louvre.
Portrait de Talma, ébauche, 800 francs.
La chaste Suzanne, justifiée par Daniel, tableau pour le grand prix, concours de 1790, 1730 francs.
Corinne, réduction de la figure de Corinne, tirée du tableau de ce nom, 450 francs.
Vente de M. Charles Lenormant. Portrait de M'^'Récamier, retiré à 19.800 francs .
§ 3. — Gros.
Le père et la mère de Gros étaient deux peintras en miniature, vivant à Paris modestement, lorsque Ântoine-Jean Gros naquit, en 1771. L'enfant, «m milieu des chevalets, des pinceaux et des couleurs, prit le goût de la peinture. Â huit ans, il dessinait un pied, d'après Van Loo, et le recommençait dixhuit fois, mécontent de sa copie, pour lui toigours imparfaite. Il ne manquait, d'ailleurs, aucune occasion de voir peindre. Sa famille était en relations avec Téminente artiste. M** Vigée-Lebrun, et le grand plaisir du petit garçon, gracieux, expansif «t tendre, était d'aller chez cette dame la voir travailler, et même poser, devant elle, les têtes d'enfant. Car, si jeune qu'il fût, il avait déjà ses préférences d'admiration et son type de beauté. Au Salon où son père l'avait emmené, il lui répondit fièrement à cette question : « Quel est le tableau le plus à ton goût? — Celui de M .David. »
Il étudia les lettres au collège des Quatre-Nations; mais, à seize ans, lorsque David eut ouvert son école, il en suivit les cours, et son application, jointe à son intelligence, lui procura de nombreux succès. Fabre et Girodet devinrent bientôt ses camarades d'atelier où ses progrès furent rapides. Le maître ne le cachait point. Un jour, arrêté devant le travail d'un élève paresseux dont il constatait la marche très lente : < Tu vois ce petit bonhomme, lui disait-il, en désignant Gros, Û t'aura dépassé avant longtemps, quoiqpie le dernier venu. » Le petit bonhomme, enthousiaste de son art, ne cessait de travailler, même la nuit, à copier des dessins,
résolu à s'ouvrir une grande carrière. A TÉcole des beaux-arts, admis le trente-neuvième, au concours de 1787, il avait fait une ascension de trente-deux places en six mois ; et en 1789, deux ans après, il se trouvait le premier.
Les chevaux attiraient surtout son attention. Près de la demeure de ses parents, il en avait .un à sa disposition qu'il montait souvent, pour observer les cavaliers à la promenade sur la route de Boulogne, et l'allure de l'animal et ses mouvements, et sa contexture, faisant ainsi l'éducation de son œil, dont on retrouvera plus tard la qualité, en ses tableaux de bataille. Ce qui émouvait, enfin, l'élève de David, c'était la couleur des objets observés, le resplendissement, Téclat, qu'Us acquéraient par un emploi .savant de la palette. Gros était coloriste par instinct. Don inné en lui ; don du vrai peintre, qui infuse la flamme de vie à tout ce qui émane de son pinceau.
La Révolution arriva. Sa famille fut ruinée. La modeste aisance qu'elle possédait disparut avec la dépréciation des biens. Les arrérages des rentes ne furent plus payés. La pauvreté commença et même la misère pour le jeune Gros, qui chercha les moyens de vivre et de soutenir sa mère, déjà veuve, en composant des portraits en miniature, au prix de six francs. Souvent il ne lui fallait qu'une heure pour un portrait, lorsque la physionomie du modèle était facile à saisir. Ainsi fut fait celui de Robespierre, le jeune.
Il espérait remporter sur ses rivaux, au concours du prix de Rome. Vain espoir, Landon triompha, et Gros ne voulant point rester sur cette déconvenue, partit pour l'Italie, quoique sans aucune ressource, comptant sur son talent de miniaturiste et son courage, pour vaincre toutes les difficultés du voyage. Il
y poursuivrait ses études, f fin de n'être point inférieur à ses camarades, plus favorisés par la chance. On était en 1790. David, qui restimait,lui procura un passeport et i] quitta Paris. De Marseille il se rendit à Gênes. Il y vécut, en faisant des portraits, pendant qu'il visitait les musées; et devant les Rubens, admirant le coloriste, il sentit que s'enracinait en lui cet amour de la couleur, dont il se servit plus tard avec un si grand bonheur et une science consommée. En ce temps-là, Girodet traversait Gênes, se dirigeant sur Rome, après avoir obtenu le grand prix. A Gênes, le jeune lauréat tombe malade, et Gros, dont la nature était toute de bonté et de dévouement, n'hésita point à faire transporter chez lui son camarade, pour le soigner. Girodet se rétablit et les deux jeunes gens se quittèrent.
La République avait, alors, en cette grande ville italienne, un représentant, Faypoult, chez qui Gros s*était fait accueillir avec bienveillance. De caractère attachant, de nature ouverte, d'agréable figure, il savait plaire et se faire des protecteurs de tous ceux qu'il connaissait. Faypoult ne l'abandonna point. Le jeune peintre fut présenté à M""* Ronaparte, voyageant pour rejoindre son mari, qui commandait les armées françaises contre les troupes autrichiennes. Gros ne cherchait qu'une occasion d'attirer l'attention sur lui. Il avait besoin d'argent, sa mère étant tombée malade à Paris ; et n'ayant que son fils pour soutien, elle lui écrivait des lettres éplorées, lui dépeignant si pauvreté, en termes émus.
La réponse du jeune Gros mérite d'être connue. Il lui explique ses projets, il lui détaille ses espérances.. C'est une partie de sa vie, et le début de sa gloire. Sa lettre est datée de Milan, 16 frimaire an V.
Je ii*ai pu t' avertir du voyage que je viens de faire, isnt le motif s* en est offert promptement. Il y avait déjà quelque temps que Ton s*attendait à recevoir à Gênes la citoyenne Bonaparte, femme du général en chef de l'armée d'Italie. Comme j'allais assez souvent chez le citoyen Faypoult, envoyé de la République française à Gênes, et qu'il avait quelque estime et amitié pour moi, je me recommandai à lui et à son épouse, pour me présenter à la citoyenne Bonaparte à son arrivée, dans la seule espérance de parvenir à faire le portrait du général, dont la ^oire et les détails que l'on me donnait de sa physionomie ne faisaient qu'irriter ce désir. La citoyenne, épouse du général, arriva donc à Gênes, et M^ Faypoult me [H*ésenta à elle, mais après avoir déjà parlé de moi, avec plus de bonté que je n'en méritais. Elle me reçut de la manière la plus honnête, et commença d'elle-même à me dire qu'elle savait que mon désir était de me rendre à Milan et d'y prendre divers renseignements, pour composer quelques-unes des victoires de son mari (ce dont j'avais bien parlé à la citoyenne Faypoult, il est vrai, mais mon idée se bornait au portrait de Bonaparte) ; que si je n'avais pas d'occupations qui me retinssent à Gênes, elle m'offrait une place dans sa voiture. Je lui témoignai, le mieux que je pus, ma reconnaissance, et sur son offre, et sur ce qu'elle me disait des rapports qu'on lui avait faits de mon talent.
M"« Faypoult me dit d'apporter, le jour suivant, quelques-uns de mes ouvrages ; ce que je fis. C'était un portrait de famille, mari et femme et trois enfants, grands comme nature, dans le même tableau, et un autre d'un homme d'une physionomie sévère et fait comme j'entendais dire qu'était à peu près Bonaparte. Ces deux tableaux lui firent infiniment plus de plaisir que je n'osais espérer, et elle me dit aussitôt, d'un ton spontané de satisfaction : « Je vous emmène à Milan ; je vous emmène partout. » Sa pneraière offre était par honnêteté et sur rapport, mais oolte dernière, comme de persuasion sur mon compte. Elle resta quatre jours à Gênes. Le cinquième, je partis en
même temps qu'elle, dans la voiture du négociant André, qui fît notre lettre de change ; le ministre Faypoult rayant accompagnée jusqu'en cette ville, et ce négociant se rendant aussi à Milan, ce qui m'assura de la moins déranger, car, en premier, elle m'avait destiné une place dans sa voiture. Arrivée ici, elle me présenta, le lendemain, à son illustre époux, qui, bien que froid et sévère, me fit un accueil plus digne des arts que de moi. < Voilà ce jeune artiste dont je t'ai parlé, dit-elle. — Oh 1 je suis charmé de le voir. Vous êtes élève de David ? etc., etc. Il a fait demander, dit le général, ce dessin (me montrant ce que faisait un officier d'artillerie, qui dessinait très véridiquement et assez spirituellement la prise du pont de Lodi) ; il veut le peindre? Mais j'ai quelques autres beaux sujets que je vous ferai communiquer. — Ils appartiennent tous, répondis-je, à mon maître David, par ses grands talents. » Je lui rappelai ses divers chefs-d'œuvre. « Mais, lui dis-je, (en coupant une conversation où je me trouvais trop haut placé, puisqu'on parlait du célèbre David), en ce moment, plus près de vous que de lui, j'ai un grand sujet à traiter, ou du moins, c'est mon ardent désir. — Comment ? — Votre portrait », dis-je.Il fit une inclination de tête, légèrement et modestement. Je fus retenu à dîner. Aujourd'hui, j'ai rassemblé tout ce que j'ai pu, puisque j'arrive, pour être en état de commencer au plus tôt. M"^ Bonaparte a voulu absolument me faire préparer un logement dans la même maison, qui est immense. Tu vois que je suis dans un chemin mille fois plus beau, qu'il ne m'était permis d'espérer.
Gros ajoute sor l'une des marges de cette lettre :
17 frimaire, — Je viens de commencer le portrait du général. Mais l'on ne peut même donner le nom de séance au peu de temps qu*il me donne. Je ne puis avoir le temps de choisir mes couleurs. Il faut que je me résigne à ne prendre que le caractère de sa physionomie, et, après cela, de mon mieux à y donner la tournure d'un portrait.
Mais, on me fait avoir du courage, étant déjà satisfait du petit peu qu'il y a sur la toile. Je suis bien inquiet de voir la tête à peu près faite.
Le travail de Gros, sa personne, son caractère ont plu à Bonaparte. 11 reçoit le jeune peintre avec plaisir, lui permet l'accès de son cabinet ; et pour lui rendre facile la composition des tableaux en projet, il rattache à son état-major, avec un cheval à sa disposition. Ainsi, Gros put assister à l'entrevue du général Bonaparte et du général Clarke, envoyé par le Directoire, pour demander au commandant des armées françaises des explications sur sa conduite en Italie. Clarke n'osa pas, et s'il Teût osé, il est probable que le général, tout-puissant au milieu de son armée victorieuse et de ses généraux enthousiastes de son génie, l'eût fait arrêter. L'artiste, en ces mêlées furieuses des camps et des combats, emplit sa mémoire de tous les faits observés, des épisodes saillants des batailles. Loin de David, et livré à sa nature, il prépare, au spectacle des événements célèbres de la guerre, ses grands tableaux futurs. Enfin, il est adjoint, par Bonaparte, à la commission, envoyée dans les musées des villes conquises, pour y choisir les tableaux destinées à la France. Les municipalités italiennes se désolent. Elles craignent qu'on no les dépouille entièrement, et elles offrent de l'argent aux commissaires, en échange des chefs-d'œuvre qu'ils devront respecter. Les commissaires repoussèrent la richesse et se conduisirent, d'ailleurs, en honnêtes gens.
Cependant Bonaparte quitte l'Italie: Gros revient à Gênes et y continue ses portraits. Cette besogne, toujours pareille, le lasse à la fin. Il écrit son découragement à sa mère, lui rapportant les exigences
des modèles : celui-ci recommandant son habit ; cet autre, sa cravate, cherchant tous un motif d'être embellis ; ce qui exaspère Gros, qui les appelle ses culs'de-jatte, ne les peignant qu'à demi-corps. En ce temps-là, on se battait en Egypte, et il confiait encore à sa mère ses regrets d être à Gênes, toujours ignoré, pendant que ses camarades, plus heureux, exposaient, à Paris, des toiles retentissantes. Le pays d'Egypte le fascine. Il aurait voulu y suivre Bonaparte, sous le soleil d'Orient, qui fait miroiter les couleurs ; voir les troupes musulmanes, les mamelucks aux brillants costumes, si chatoyants et si souples, qui eussent rendu belle sa peinture; et Ton comprend son chagrin à cette exclamation. « Oh ! si au lieu de partir de Paris, Bonaparte était parti de Milan 1 »
Ensuite, Gênes fut assiégée. Gros y subit toutes les soufirances d'un siège. Délivré, il s'empresse de revenir en France. Mais, à Marseille, il tombe malade, et assez gravement. Le siège a épuisé ses forces. On craignit pour sa vie,durant plusieurs jours. Sa jeunesse le sauva. Lorsqu'il s*installa dans Paris, il avait trente ans (1801).
Il prépara, tout de suite, son exposition au prochain Salon : Sapho se jetant dans la mer, du rocher de Leucade , tableau promis au général Dessoles, connu en Italie. Il avait achevé Bonaparte à Aréole y cette toile impressionnante, où l'on n'apercevait que Bonaparte sur le pont, la tête nue, le sabre d'une main, et tenant un drapeau de l'autre, montrant devant lui l'ennemi que l'on devine redoutable et terrible, l'ennemi dont l'artillerie ne cesse de vomir la mitraille qui balaye le pont, tandis que le visage tourné vers ses soldats noyés dans la fumée der-
rière lui^ il les incite du geste à le suivre, afin de forcer le passage et de culbuter l'obstacle. Tous ceux qui virent le tableau admirèrent la composition de cette œuvre, si simple, et pourtant si éloquente, cette transfiguration héroïque du général qui veut passer malgré tout, et oiïre à ses soldats l'exemple du mépris de la mort. On y reconnaissait une facilité d'exécution, une verve, une fougue, qui semblaient avoir disparu, depuis les ouvrages d'après l'antique de David.
Sapho à Leucade ne fut point appréciée avec la même louange par les critiques de ce temps. Us détaillent le tableau : Sapho, tenant sa lyre entre ses bras croisés sur sa poitrine, ferme les yeux et s'élance dans la mer. La scène se passe de nuit, éclairée d'un reflet de lune, qui monte à Thorizon, dans le fond de la toile. On ne contestait ni la mélancolie, ni la poésie qui se dégageaient du silence nocturne, sous cette pâle lumière, mais on blâmait la sécheresse de la peinture, la raideur de la muse lesbienne et la draperie sur l'épaule droite, si tendue, écrivaient les Débats^ qu'elle semble « la corde à laquelle on a tenu accrochée la malheureuse modèle, qui a posé pour cette figure tombante ^ »
Le nom de Gros se répéta dans le public. Bonaparte satisfait ne l'oublia pas. Le jeune peintre attendait, reprenant la miniature,lorsque ses recherches! d'argent au fond d'une botte, qui lui servait
1 . Go rapporte que Gros, en Italie, songeant à cette œuvre et se promenant sur le bord de la mer avec le général Dessoles, durant la douce clarté d'une nuit éclairée de lune, sortit son mouchoir de sa poche et Tagita afin d'étudier, à cette heure-là, le ton de la couleur du blanc et celui des ombres. C'était le temps où, pour imiter Bonaparte, Léopold Berthier lui faisait faire son portrait, ainsi que M"* Bonaparte et M"* Visconti, son amie.
de coffre-fort, demeuraient infructueuses. Cependant, la Bataille de Nazareth, gagnée par Junot, fat mise au concours. L'esquisse de Gros fut primée, et il se disposait à la transporter sur une toilo de quarante-sept pieds de long, disent les mémoires du temps^ lorsque le premier Consul lui commanda secrètement de n'en rien faire, jaloux du renom que ce haut fait, ainsi présenté, donnerait à^ son lieutenant. C'est la « tempête à cheval » de l'Écriture, écrit Charles Blanc de cette œuvre du peintre. Les cavaliers turcs se précipitent furieusement sur les baïonnettes françaises qui, de leiœs pointes, ensanglantent le poitrail des chevaux : quelques-uns des musulmans fanatisés se jettent dans la mêlée, pour y trouver la mort, ne cherchant même pas à combattre ; tandis qu'à l'arrière-plan s'avance à cheval le magnifique Junot, poussant la bataille devant lui. Vraie bataille, telle qu'un grand matire ose la peindre après l'avoir vue, conclut Charles Blanc ; car, pour donner de pareils coups de pinceau, il faut avoir fait soi-même le coup de feu. >
A quelque temps de là, Gros se promenait dans les galeries du Louvre. Il y rencontra le premier Consul. < Quelle œuvre vous occupe, en ce moment ? lui demanda Bonaparte. — J'attends vos ordres, lui répondit l'artiste. — Eh bien, reprit le général, on parle d'un tableau qui me représenterait au milieu des Pestiférés de Ja/fa;}e vous en charge. » Denon avait déjà promis le sujet à Guérin, qui s'effaça avec une grande modestie, lorsqu'il apprit la commande faite à son camarade.
Gros composa d'abord un croquis. Mais le tableau qui existe n'en est point la copie. Dans le premier travail, le général prenait un pestiféré en ses bras, afin de rassurer tous les timorés. C'est là le fait
historique dont furent témoins d'illustres médecins, et Desgenettes, et Larrey, et Marclet. On le trouva trop brutal, peu digne du héros qu'il fallait célébrer. Le tableau peint est plus décoratif. Bonaparte s'avance au milieu des malades, les touchant de la main, à l'efifroi des assistants. Il est suivi de son état-major, au milieu duquel on remarque Bessières, un mouchoir sur la bouche ; petite vengeance du peintre contre Thomme de guerre qui, arrivé aux honneurs, feignit de ne pas reconnaître son ancien compagnon d'Italie, rencontré dans la rue ^ Ce fut un éblouisse ment inattendu dans le public, habitué aux œuvres compassées de David, que cette toile toute vibrante par les costumes chamarrés des généraux et leurs écharpes tricolores et les plumes blanches de leurs chapeaux et les torsades d'or des épaulettes, cette toile, où apparaissaient, en taches