Lisons ce que dit du tableau Théophile Gautier
« Dans les PestiftWs de Jàffa, Gros n'a pas craint d'aborder rhorrible, cet effroi de l'art antique. Étrange sujet, en ce siècle de mythologie et d'histoire choisie, qu'un hôpital encombré de malades, de mourants et de morts. L'artiste a résolu ce problème d'une façon triomphante. Il existe une première esquisse des Pestiférés que Gros traça sous la dictée de Denon et où il reste fidèle à la vérité prosaïque. Ce n'était qu'un procès-verbal, et le peintre, s'abandonnant à son génie, en fit une épopée. Il renversa les murs de la chambre où s'était passé le fait historique et fit voira travers les arcades moresques, percées à jour, la silhouette orientale de JalTa. La scène, ainsi élargie, lui permit de rendre sensible aux yeux la grandeur morale du sujet. Vers le milieu de la composition, le général en chef, Bonaparte, touche, avec cette sécurité de l'héroïsme qui a confiance en son étoile, les bubons de peste d'un matelot à moitié nu et qui s'est soulevé à l'approche du général. Berthier, Bessièrcs, l'ordonnateur Daure, le médecin en chef Dcsgenettes suivent Bonaparte, effrayés de sa sublime imprudence. Un officier .attaqué d'ophtalmie et les yeux bandés, se dirige à tâtons vers ce foyer rayonnant. Dans les angles, des malades sont soignés par des Turcs. Marclet, jeune chirurgien français, victime de son dévouement, soutient, mourant lui-môme, un malade sur ses genoux. Des cadavres gisent çà et là su r les dalles, et des pestiférés, en convalescence, prennent des pains que les Arabes leur présentent. Certes, l'horreur tragique n'est diminuée eu rien, mais il y a encore une certaine beauté dans cet entassement de corps expirants, ou déjà morts. L'artiste accepte la laideur, mais il ne la cherche pas,' et il l'idéalise dans le sens touchant ou dramatique. Son tableau est comme celui de la peste, dans Virgile, et conserve encore les nobles couleurs de l'épopée. »
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sombres, les chairs pantelantes des moribonds avec une perspective avivée par Téclat d'unsoleild'Orieat. La foule enthousiasmée ne discuta rien. Elle exalta cette œuvre si différente des autres, cette œuvre élo^ quente, passionnée, vivante, jusque dans la pâleur cadavérique des mourants. Les écoliers des Beaux- Arts acclamèrent l'artiste. Une délégation d'entre eux apporta, au Salon, une palme,qui fut accrochée audessus du tableau, et le public, suivant l'engouement général, couvrit le cadre de couronnes ^
David, devant cette jeune gloire, qui se levait en dehors de son école, accepta le jugement du public et parut satisfait du triomphe de son élève. 11 s'associa aux manifestations organisées, en Thonneur de Gros, et présida, ainsi que Vien, au banquet offert au triomphateur, le 2 vendémiaire an XIII. Girodet y lut des vers. La pièce se terminait par les suivants :
Poursuis ta destinée, espoir de notre école ; Tu peignis digue ment le fier vainqueur d'Arcole. Vers les champs syriens prends un nouvel essor ; Ta Muse y cueillera les palmes du Thabor I
Guérin, alors en Italie, lui écrivit toutes ses admirations.
Néanmoins, quelque temps après, en des lettres à Gros, David cherchait à le détourner de cette voie,
1. De Charles Blanc, Hiêtoire de» Peintres : « Gros cependaDt était à Versailles où on lui avait prêté, pour peindre les Pestiférés de /a/TV», la salle du Jeu de Paume. Il s'y était enfermé, avait travaillé seul, malade, perclus de rhumatismes, tellement qu'il se faisait étendre sur des planches pour redresser et assouplir ses membres endoloris. Le lende main de l'ouverture du Salon, son étonnement et son émoi furent grands en constatant son succès. *
Le Journal des Débats se montra fort mécontent d'avoir été devancé par là foule. Il n'avait pas prévu cet éclat retentissant.
si féconde et si glorieuse. Ces sujets de batailles, il les appelait des futilités^àes tableaux de circonstance^ et il adjurait le jeune peintre de revenir à la vérité, au noble art, diaprés l'antique ; de proscrire, de ses ouvrages, ces sabretaches, ces dolmans, ces plumes, ces uniformes flamboyants, ces mosquées, ces minarets en perspective, qui n'avaient rien de commun avec l'idéal qu'un artiste devait poursuivre. André Michel, en son étude sur David, rapporte quelques-unes de ces lettres. « L'immortalité, écrivait David à Gros, compte sur vos années. N'attirez pas ses reproches. Produisez du grand pour vous mettre à votre juste place. » Une autre fois : « La postérité exige de vous des tableaux d'histoire ancienne. » Et encore : « Le temps s'avance, et nous vieillissons. Vite, vite, mon bon ami, feuilletez votre Plutarque, et choisissez un sujet connu de tout le monde. » Et Gros, malheureux entre ces objurgations de son ancien maître, et sa nature et son talent de coloriste, qui l'attiraient vers les fastes de l'héroïsme contemporain, composait tous ses chefsd'œuvre presque avec regret, tant s'imposait encore le prestige de David. La vie aventureuse menée, en sa jeunesse, dans les plaines de la Lombardie, au milieu de l'armée française ; sa camaraderie avec les officiers, toutes les heures de jour et de nuit passées au milieu des soldats et des camps, dans le pêle-mêle des uniformes, les jours de combat et les jours de revue, lui avaient appris les effets de lumière sur les objets observés, et il s'était épris de l'éclat, du relief, de la beauté que le soleil donne à tout ce qu'il enveloppe de ses rayons. La lumière l'avait créé ce qu'il était. Devait-il étouffer, en lui, cette révélation soudaine? Il avait vécu, enfin, non pas entre les quatre murailles d'un atelier, mais en
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contact avec une foule agissante et bruyante ; il avait assisté aux enivrements d'une victoire, aux souffrances des blessés, aux agonies des mourants; et à ce spectacle impressionnant pour ses nerfs et pour ses feux, il était devenu un artiste de génie, -c II avait reculé les limites du mouvement >, écrit Charles Blanc. Pas une toile, exposée en ce tempslà, ne rendait sensible comme une des siennes, l'ardeur dans la lutte, le cliquetis des armes, les efforts et les cris des combattants. Et quel autre, plus que lui, connut la diversité des races, la conformation du visage, du crâne, des mains, des jambes, dans les individus de nation différente ? Ce sont là des dons qui s'imposent et qu'il faut admirer.
On les retrouvera plus tard, dans le tableau de la Reddition de Madrid, oix l'Espagnol, parmi les Français, se distingue tout de suite ; dans celui de la Bataille des Pyramides ; de l'Entrevue de Napoléon et de Pempereur d'Autriche *. Mais le plus admirable de tous les ouvrages de Gros est, sans contredit, celui où le peintre représente l'empereur visitant le Champ de bataille d'Eylau. C'était en 1808 ; la toile était exposée au Salon. Bonaparte arrive, et tout ému
1. « Et de même la Bataille dAboakir où Ton remarque, dit Charles Blanc* la tranquillité du général en chef, au milieu du combat écheyelé. On y remarquait un cavalier superbe et calme sur un cheval fougueux, Murât, gascon héroïque à qui tout devait céder une fois qu'il avait crié à ses escadrons : Chargesge. Partout, à droite et à gauche, on se frappe à tour de bras, d'estoc et de taille, avec le pistolet, le cimeterre, la baïonnette, le yatagan et le sabre. Mais lui, le général Murât, monté sur son cheval araj[)e, léger, vif et blanc, il Tarrôte tout à coup et le force à courber gracieusement l'encolure, à porter beau... Mustapha, désarçonné, frémit de se voir abandonné des siens. Son flis, pour lui sauver la vie, ramasse le sabre paternel et il le présente au général Murât, d'un geste plein d'ftme, avec un regard que la passion illumine. Ce tableau n'était pas cependant le tableau de prédilection de Gros. 11 lui préférait celui de la Bataille de$ Pyramides m Par l'entremise de la duchesse d'Orléans, il tâcha d'en reprendre possession, en le rachetant aux Bourbons de Naples, qui le laissaient moisir dans un grenier. »
devant cette page superbe, il appelle Gros, lui épin-» gle sur la poitrine la croix de la Légion d'honneur, et le crée baron. Car, là, à Eylau, c'est lui, lui seul, plus encore que dans les Pestiférés de Jaffa, lui seul, qui est en spectacle; lui, dont le regard s^aUonge vers l'horizon couvert de neige, sous laquelle gisent les héroïques bataillons sacrifiés à sa gloire. Gros avait mis tant d'âme dans ce regard, tant de grandeur, dans cette contemplation éperdue et silen-» cieuse, que l'empereur se sentit pénétré d'admiration, pour cette intuition profonde de sa propre pensée. Il revivait, là, cette minute de douloureuse songerie, devant l'écrasement de tant de vies humaines. La vérité, l'artiste l'avait saisie et l'avait traduite, si éloquemment, que le héros du tableau récompensa le talent d'une façon éclatante. Et ce n'était pas trop pour celui qui s'était élevé à la hauteur de son génie et en avait découvert les arcanes mystérieux. A partir de ce jour, jusqu'à la chute du grand homme, le pinceau de Gros lui fut réservé. • On lui abandonna la coupole de Sainte-Geneviève pour la décorer de peintures allégoriques ; et l'artiste, marié à une jeune fille de famille distinguée et riche. M"' Augustine Dufresne, fit alors figure dans le monde.
Il était haut de taille, les épaules larges, de noble figure ; le front un peu fuyant, couvert d'une chevelure brune abondante ; les yeux largement ouverts, brillant d'une vive étincelle d'intelligence; les sourcils proéminents et bien marqués, la bouche d'abord souriante, épanouie, puis, avec les années, devenue mélancolique. L'enthousiasme, l'élan de la jeunesse, avaient insensiblement fait place en son visage, à une ombre de lassitude et souvent de désespérance. La renommée était venue, mais pas assez tôt pour
son rêve; et puis n'avait-il pas éprouvé quelque chagrin secret dont la trace existait en sa physionomie? Gros avait l'âme passionnée et tendre. Il avait besoin d'être aimé. Dans ses lettres d'Italie, il se plaint de sa solitude ; il voudrait avoir sa mère près de lui, pour être encouragé, consolé, surexcité. L'âme des plus grands hommes, les âmes vibrantes comme celle de Gros, ces âmes d'artistes ont de ces faiblesses d'enfant, de ces aspirations inassou>âes qui les rendent malades. Mais, comme chez l'enfant aussi, ce n'était que passage éphémère. Il revenait facilement à la gaieté, travaillait en causant avec ses amis, en recevant dans son atelier ses visiteurs, surtout des généraux qu'il avait connus en un grade moins élevé, et qui lui apportaient, pour ses tableaux futurs, les modèles de leur costume, de leurs décorations, de leurs armes.
Ainsi que beaucoup d'artistes, il eut, pendant quelque temps, une cellule dans l'ancien couvent des Capucins, qui s'étendait autrefois le long de la rue de la Paix. Franconi, dans le jardin, y avait établi un cirque ; le gouvernement, la fabrication des assignats. Bientôt, toutes les cellules furent occupées par des peintres, ou par des sculpteurs. Girodet, dans un angle, et toujours mystérieux, s'était réservé la sienne où personne ne pénétrait. De l'autre côté, c'était Gros, laissant la porte ouverte, afin que le passant pût entrer chez lui ; parlant haut, aussi bruyant à lui seul que tous ses amis. Et, là, on voisinait entre Bartolini, sculpteur florentin, et Granet, le peintre des cloitres,et Dupaty et quelques autres. Gros s'y montrait en toilette négligée, avec des bottes à retroussis, dont il avait pris le goût et l'habitude dans les armées d'Italie, avec la queue de sa
chevelure, rejetée en arrière du front, et tombant très bas, dans le dos ; ce qui suscitait les sarcasmes de M"* Mayer, lorsque Gros allait chez Prud'hon.
La renommée acquise, il ouvrit un atelier et fonda une école, s'établit rue des Fossés-Saint-Germaindes-Prés, aujourd'hui rue de TAncienne-Comédie, dans l'ancien foyer du Théâtre-Français, où l'on avait joué, au xvii* siècle, les tragédies de Racine et les comédies de Molière. Parmi ses élèves, on remarquait Debuy, son préféré, puis Delestre, Coutan, Court, Larivière, Chopin, Destouches, Camille Roqueplan, Boussington, Bellangé, Riesener, Eugène Lami, Robert Fleury, Paul Delaroche, Gharlet. Généreux, il défendit un jour à son massier de recevoir la rétribution mensuelle d'un élève qu'il avait surpris, dînant d'un morceau de pain sur les tnarches de l'atelier. Enfin, les médaillés des salons et les Polonais, dévoués à la France, ne lui payaient aucun tribut. Avec ses élèves il employait un langage pittoresque, même trivial et que tous pourtant aimaient à entendre. D'un paysage trop coloré il disait que l'auteur avait laissé « brûler son rôti » ; d'un tableau sans énergie, au contraire, qu'il fallait « remettre au four cette galette ». A d'autres qui se livraient à un dévergondage de peinture, il reprochait de ne parler que « patois » *.
On a blâmé, en ses œuvres, en ses portraits surtout, un ton trop « excessif, fastueux, empanaché ». M. Delaborde,dans Ih Revue des Deux Mondes^ cite, comme preuve, le portrait du général Fournier-Sarlovèze *, celui du général Lasalle, celui de Jérôme,
1. C'est lui, enfin, qui disait, en parlant des chevaux de Carie Veraet comparés aux siens : « Un de mes chevaux en mangerait six des siens. »
J. Le général Fournier-Sarlovëze y est peint, recevant, le poing sur la hanche, le torse cambré, la figure haut levée, la sommation de l'ennemi.
roi de Westphalie, et de Duroc et de Daru, en leurs costumes chamarrés de hauts fonctiounaires. Il y a, sans doute, uae part de vérité daas cette critique. Mais, en un tableau d'apparat, en une œuvre d'art quclconquCynesait^on pas que le relief ne se produit qu'en outrepassant la nature? L'image d'un modèle, si elle est servile, demeure effacée et sans caractère. L'artiste doit enfler les qualités, ou les défauts de son personnage, pour lui insuffler la vie sur la toile. Ainsi du statuaire; ainsi de l'écrivain. Il n'y a point d'œuvre vivante, s'il y manque le côté théâtral.
Gros^ enfin, fut un miniaturiste habile. Son petit cadre donne toujours la sensation du grand, avec des tons ardents, en un dessin irréprochable. La miniature de Masséna fut toujours citée comme un chef-d'œuvre. Le général y est assis, près d'un guéridon à dessus de marbre blanc. Au dossier du fauteuil, sont suspendus le sabre et le ceinturon. Et les gants, et le chapeau orné de plumes, et la main gauche nue, tous ces accessoires y sont traités avec la précision que met un grand artiste à ne rien laisser dlmparfait.
Eh bien ! ce merveilleux peintre, qui malgré lui avait commencé la réaction contre David et indiqué une route nouvelle aux jeunes artistes, impatients de secouer le joug de l'auteur des Sabine s y Gros, l'initiateur du romantisme, fut désolé, à la fin de sa vie, de cet essor nouveau donné à la peinture. Il revint, avec ardeur, aux héros de l'antiquité, cherchant à ressusciter les traditions laissées par David. Il se remit à peindre des Hercule et des Diomède,avec sa fougue habituelle, avec une < énergie sauvage », disent ses historiens. Il ne réussit qu'à s'attirer les sarcasmes de la jeunesse, qui avait rompu avec l'antique. On l'accusa d'avoir trop vieilli, de n'avoir
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plus de talent, et il se laissa vaiacre par le désespoir. Un matin, il sortit, s'en allant au hasard vers le fleuve. Arrivé à Meudon, en un lieu solitaire, où Teau de la Seine était si peu profonde qu'un enfant eût pu la traverser à gué, il déposa son chapeau et son habit sur la rive, et il se plongea la tête dans Feau pour mourir (25 juin 1835) *•
Le musée du Louvre renferme, en tableaux de Gros, k Champ de bataille cPEylau ; François /*' et Charles^ Quint visitant les tombeaux de Saint-Denis.
En dessins :
François /*' et Charles-Quint visitant les tombeaux de Saint^Denis ; V Incendie de Moscou^ après la prise du Kremlin^ magnifique dessin sur papier teinté. C'était le projet d'un tableau qui n'ajamaisété fait. Timoléon assistant au meurtre de son frère.
Le musée de Versailles renferme les Pestiférés deJaffa; la Bataille d'Aboukir ; la Bataille des Pyramides ; la Reddition de Madrid ; V Entrevue des deux Empereurs ; la Nuit du 19 au 20 mars ; le Portrait de Charles X à cheval.
De M. Delestre : Gros et ses ouvrages.
« Gros répélait souvent aux dessinateurs : il faut procéder par ensemble: ensemble de mouvement, de longueur, de lumière et d'ombre, ensemble d^effets. Vous ne devez
1. A la révolution de 1830, dit Charles Blanc (Hiêioire de$ Peintre»), les batailles de Gros, que la Restauration s'était bien gardée de mettre en évidence, reparurent dans tout leur éclat et furent exposées au Luxembourg devant une foule ardente. Les jeunes gens qui n'avaient pas vu les Pestiférés de Ja/fà. furent saisis du même enthousiasme que le public de 1804, et le tableau devint l'objet d'une seconde ovation, aussi brillante que la première. Au bruit de l'admiration générale, Gros se rendit au LuxemiMurg, et comme il montait l'escalier du musée, il rencontra Gérard qui le descendait. « Eh bien, que se passe-t-il ? » demanda Gros. Gérard eut un accès de franchise et il ne put retenir cette familière exclamation : « Eh l mon cher» tu nous as tous mis dans le pot au noir. »
A la fln de sa vie, il avait pris des habitudes étranges. En son étude sur David, Dele.scluze raconte que cet homme, à qui le talent assignait un rang élevé dans la société de son temps, passait tjutes ses heures de loisir à jouer aux dames avec les obcurs habitués d'un café.
pas TOUS occuper d'une portion sans regarder le tout.... Faites-vous la tête ? regardez les pieds et ainsi du reste. Selon ce précepte, il ne laissait poser le crayon blanc, sur un papier coloré, qu'après l'achèvement complet du travail de /'estompe, en réservant toujours le ton même de la feuille entre la lumière et Testompage surajoutés, de façon à utiliser la demi-teinte toute faite. Il résumait ainsi ce système : conduisez simultanément chaque partie, de telle sorte que si votre besogne venait à être interrompue, il y ait homogénéité dans chaque partie, quel qu'en soit le degré d'avancement.
« Gros recommandait instamment, à ceux qui peignaient d'après nature, de dessiner avec soin le modèle, avant d'employer le pinceau. Il ne tenait aucun compte du coloris s'il ne revêtait de belles formes. Chose singulière, son émule Girodet, grand admirateur de Tan tique, parlait incessamment à ses élèves de la nécessité de chercher des teintes riches et brillantes. Chacun de ces maîtres se défiait sans doute de sa prédisposition particulière et voulait ainsi prémunir l'inexpérience d'un commençant contre une influence exclusive. Gros estimait plus un éloge adressé, en sa personne, au dessinateur, qu*au rival de Titien et de Rubens. Le professeur ne négligeait pas cependant la richesse offerte par la chimie moderne, pour augmenter les ressources du pinceau. Quand il voyait une palette trop peu garnie, il témoignait son mécontentement par ces paroles: < On ne fait pas de peinture à la Spartiate. »