‹ La société française pendant le Consulat (volume 2)Chapitre 42 sur 53 · Monsigny · texte numérisé non relu

Monsigny

désormais le nom de Sedaine fut presque toujours associé à celui de Moasigny.

Il était d'une sensibilité extrême^ subissant les joies et les douleurs de ses personnages jusqu'à en défaillir, lorsqu'il devait traduire les élans d'une passion malheureuse. Quatremère de Quincy raconte que la composition du Déserteur lui coûta tant de pleurs, € qu'on fut obligé deux fois de lui retirer le poème. Longtemps encore après, en parlant de la scène où Louise revient par degrés de son évanouissement, et en se rappelant le jeu de ses paroles étouffées, et comme coupées des traits de l'orchestre, on le vit fondre en larmes, et tomber lui-même dans l'accablement qu'il avait dépeint. » De bonne heure, il cessa de produire. En sa vieillesse, sa mémoire s'était affaiblie, et il assistait souvent à la représentation d'une de ses œuvres sans la reconnaître. Il ignorait qu'il en fût Tauteur. Sa vie se prolongea jusqu'en 1817, et sous le Consulat son nom était devenu populaire avec le Déserteur.

Philidor fut son émule, au xviii' siècle. Né en 1727, il se fît connaître par le Savetier, joué en 1759, et Tom Jones^ en 1765. Il mourut en 1795, laissant un nom que l'on associait souvent à celui de Monsigny, dont il n'eut, pourtant, ni la science de l'orchestration, ni la clarté de la phrase musicale.

Gossec (1732-1829) voua son talent aux compositions religieuses. Elles le rendirent célèbre parmi la bonne compagnie qui donnait le ton, sous la monarchie. Un peu moins âgé que Philidor et Monsigny, il possédait toute la puissance de son inspiration et de son style pendant les beaux jours du règne de Louis XV. On admirait ses messes, ses psaumes, ses motets et son Salutaris Ao.s^ia, traduit en paroles françaises, afin de le faire exécuter, dans les concerts

spirituels^ par les grands chanteurs de l'époque, Chéron,Laïs, Rousseau*. La Révolution ne le détrôna point de sa réputation. Il devint chef de musique de la garde nationale, et chef de la classe de chant au Conservatoire, nouvellement créée. Son nom, toujours populaire, traversa le Consulat et l'Empire, et même la Restauration, car il ne mourut qu'en 1829. Grétry * arrivait de Liège à Paris sous Louis XV, avec un accent indéfectible qui donnait à son langage et à son esprit un piquant dont il savait se prévaloir. Tout jeune, en sa ville natale, il avait reçu les leçons des professeurs de la Collégiale, leçons médiocres qu'il compléta, en parcourant ritalie. En 1767, enfin, il s'établit à Paris, et plein d'entregent et de finesse, il sut se faire agréer, dans la société des beaux esprits de ce temps-là, par Voltaire, Suard, Marmontel, qu'il enchantait avec sa musique, trouvée supérieure à celle de Monsigny.

Marmontel lui confia deux de ses poèmes : le HtiroUy I puis Lucile, joués en 1768 et 1769. Vinrent ensuite

• les Deux Avares^ en n70;Zémire et Azor^ en 1771 ;

la Rosière de Salency, en 1774 ; la Fausse Maffie^ en 1776 ; l- Amant jaloux, en 1778 ; l'Épreuve villageoise, en 1784 ; Richard Cœur de Lion, la même année. Les contemporains admettent que le style de Grétry a plus d'éclat, plus de souplesse et d'élan que celui de Monsigny ; mais il n'a pu lui ravir le secret de la grâce et de l'émotion. On disait : « Monsigny connaît le chemin du cœur ; Grétry, celui de l'esprit. Monsigny convient aux salons où dominent les femmes ; Grétry, à ceux où se réunissent les esprits légers et fins •. »

1. On plaça plus tard cette ravissante harmonie dans l'oratorio de Saûl-

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