‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 103 sur 144 · I. GOnrral Thiébault, Mémoires, t. IIL p · texte numérisé non relu

I. GOnrral Thiébault, Mémoires, t. IIL p

■i Chassant de race, dit-il, elle (M"" de Valence), dépassa même en galanterie M"" de Genlis qui ne put jamais faire oublier son ancienne conduite, par sa conversion tardive, mais fanatique à la vertu, et dont le « libertinage », pour employer l'expression ayant cours alors, à son sujet, était si publiquement connu et jugé, qu'il courait sur elle, sans même qu'on y fît plus attention, des anecdotes saisissantes au dernier point, ou de petits vers dans le genre de ce quatrain :

Les œuvres de Genlis à six francs le volume? A ce prix aurez-vous jamais un acheteur ? Alors que l'écrivain valait mieux que sa plume ! Pour un écu, vous auriez eu l'auteur.

C'était M°" de Valence qui disait à propos de ses amants si souvent renouvelés : « Que voulez-vous ? cela leur fait tant de plaisir et me coûte si peu I "

elle a tracé d'elle-même un portrait cmvieux. « Dans un cercle \ avec des femmes légères, dit-elle, plus vieilles qu'elles ne veulent l'avouer, moqueuses et familiarisées au jargon du persiflage, je ne sais souvent où j'en suis. Dans ce monde où je me trouvais, un compliment était-il bien un compliment? Naïve, j'étais ridicule; fine, je me créais des embarras et ne savais où me retrouver. Je crois, d'ailleurs, qu'une trop longue solitude m'a fait contracter de la raideur. J'aime le succès; j'aime à plaire ; je crois ce qu'on me dit. » Puis, M™" de Beaufort-d'Hautpoul, auteur de poésies estimables et d'un petit conte charmant, Lélia; et M™" de Ivenneus, d'un caractère obligeant et facile ; M"" de Vannez, que l'on comparait au poète Delille pour son petit poème sur la Conversation; M°" de Brosseron; M"' Elisabeth Le Bon, qui venait de traduire /rt Dame du Lac, de Walter-Scott; M"' Boger, qui allait devenir M"' de Montholon; MM. de Bellegarde, dont le monde vantait l'amitié fraternelle ; M™' Hainguerlot, dont les mots piquants voltigeaient de bouche en bouche et soulevaient l'hilarité de ses amies; et la belle M"*" Tallien, qui avait repris son nom de Térésa Cabarrus, bientôt changé par son nouveau mariage avec le prince de Chimay ; et M"' d'Argenson, et M""" de Lascours, dont le mari devint préfet de Pau; M"'' de Brady, M""^ de BeaulTremont, d'une vivacité extrême et charmante, dont le comtede Choiseulfit sa femme; ^jme (l'Harville, alliée aux d'Argenson et aux de Bosen; enfin lady Morgan, dont les gestes brusques, la démarche saccadée, le maintien pétulant d'Anglaise, contrastaient si fort avec le calme et les mouvements onduleux des Françaises.

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