‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 113 sur 144 · M°'' RÉCAMIKR. — SON SALON, SES FETES · texte numérisé non relu

M°'' RÉCAMIKR. — SON SALON, SES FETES

de quarante ans, au commencement du consulat, il faisait des vers et des pièces de théâtre, mais sans y beaucoup réussir, car il était paresseux, et sa ligure agréable Tentrainait aux plaisirs faciles. Louis XVIIl lit de lui son lecteur et le plaça à la censure des théâtres, quoiqu'il eût été un louangeur forcené de Bonaparte. Il brigua longtemps une place âFAcadémie où il échoua toujours. Son grand talent était de lire admirablement les vers, et son élève. M"'' Duchesnois, lui fit honneur. Sophie Gay donne même de l'esprit au frère de M"" Vigée. Elle cite de lui une petite pièce, r Entrevue, très habilement versifiée, bluette qui semblait prise dans le vif d'une querelle de ménage, et dans laquelle M"" Contât et Mole jouaient avec une perfection inimitable. Vigée s'était composé uneépitaphe, dans le genre de celle du chevalier de Bouftlers. Il y mit le sceau de son esprit; mais François de Neufchàteau y répondit avec une linesso. qui tourna les rieurs contre Vigée. Voici Tune :

Cy gît qui fit des vei^s, les fit mal, et ne put, Quoiqu'il fût sans esprit, être de l'Académie !

Voici celle de François de Neufchàteau :

Vigée écrit qu'il est un sot.

Pense-t-il qu'on le contredise?

Non! l'épitaphe est si précise.

Que tout Paris le prend au mot.

Légouvé se montrait peu chez ^V^" Récamier. Mais sa renommée, depuis son poème sur le Mérites des femmes et surtout sa mélancolie, l'attribut des âmes tendres, inspiraient, en ce sa-

Ion, des prévenances aimables pour le jeune poète. On respectait son talent, on honorait son caractère. Bouilly, enfin, dont le dévouement fat si versatile !

Certes, louangeurs ou frondeurs, tous se plaisaient en cette société, oii les enveloppait, d'une attention bienveillante, une protection généreuse. La coquette se transformait alors au contact des écrivains. Elle devenait bonne, prévenante, dévouée. Elle s'ingérait de leurs intérêts et de leur dignité, autant que de leur renommée. Jamais, devant elle, personne n'osa leur adresser une phrase malséante, sans qu'elle la relevât aussitôt. Il y eut, un jour, concert de quatre harpes chez elle. Garât souffrant ne put chanter. Un gentilhomme présent ht cette remarque méchante : « Comment! Garât ne chante point! que vient-il faire ici? » — « M'amuser des sots, M. le duc », ré[>liqua Garât qui avait entendu. Et ce ne fut pas le duc qui reçut le sourire de la belle Juliette, mais Garât. Une autre fois, au milieu d'un cercle diuvités, Murât se pavanait dans les chamarrures de ses habits de général, critiquant les écrivains qu'il trouvait audacieux de réclamer, ])our leur vieillesse, un peu de bien-être et un peu de fortune, après une vie toute de labeurs et d'efforts. Leur sort médiocre touchait peu le fastueux général, et il clamait très haut qu'il voudrait, s'il était chef d'Etat, qu'un littérateur n'eût jamais plus de douze cents francs de rente, ni habitât plus bas que le quatrième étage. L'un deux présent, et distingué par son talent, lui répondit : « Serait-ce, général, pour nous tenir éloignés de l'écurie oîi vous avez fait vos premières armes? Quant aux douze cents livres de rente, nousn'v souscrirons, mes con-

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