Pasquier, Mruwircs, t. I. p. 20C
Chateaubriand. Mole se montrait avec lui plus communicatif, causait et riait même aux éclats, à Tétonnement de Joubert, pour celui qu'il appelait son « Gaton de vingt ans », oubliant que la jeunesse a besoin de ces échappées sonores, contrairement à l'âge mCir.
Pasquier était beau diseur, fin et spirituel, narrant avec agrément les souvenirs de sa vie, courte il est vrai, mais déjà très variée. Il avait gardé, sur Joséphine de Beauharnais, une impression nullement favorable à la renommée de la célèbre créole. C'était l'époque oi^i il se cachait à la campagne, et voisin de la belle créature, il voyait arriver, plusieurs fois par semaine, en un pompeux appareil, le général Barras, qui venait festiner joyeusement chez elle, en une intimité fort compromettante. Ces réminiscences n'étaient point faites pour inspirer un grand respect envers les puissants du jour. Mais ce passé, si récent encore, était si plein de scandales, on coudoyait tant de gens à la réputation entamée, que l'on se contentait de sourire, sans insister.
Gueneau de Mussy lançait un mot caustique, ou bien enguirlandait de fleurs ses observations. Joubert y trouvait souvent à redire, accusant Gueneau de Mussy de trop préparer sa conversation. 11 la comparait aux bouquets de papier peint, vendus dans les boutiques. « 11 ne sert pas chaud », ajoutait-il. Gueneau avait du succès, néanmoins, et ses articles au Journal des Débats le mettaient en évidence. On honorait, enfin, son caractère, d'une probité rare, n'ayant point voulu forfaire à ses convictions monarchiques et rester à l'école polytechnique, en jurant, suivant l'usage, haine à la royauté.
ChênedoUé, familier de Rivarol, à Hambourg et de M™" de Staël, en Suisse, avait été rayé, grâce à elle,
do la liste des émigrés. Libre, alors, d'habiter Paris, poète ému, poète sensible aux grandes beautés de la nature, il s'était lié d'amitié avec Fontanes et avec Chateaubriand. Pendant les deux années qui suivirent sa rentrée en France, il ne se passa point de jour, disait-il, qu'il ne les vît l'iiu ou l'autre. Ce qui lui rendait Chateaubriand plus cher était son amour pour Lucile de Caud, devenue veuve, la sœur de son ami. 11 l'aimait avec passion, et il ne dépendit point de lui qu'il ne l'épousât. Lucile l'aimait aussi ; et, cependant, par une bizarrerie de son caractère, elle ne put se décider à lier sa vie à celle du jeune poète: noble esprit qui ne s'en consola jamais. Vie éphémère de jeune femme, qui devait bientôt mourir; il l'eût pleurée presque tout de suite, si ses vœux se fussent réalisés.
Dès qu'il fut introduit chez M"" de Beaumont, Chênedollé s'y créa une place importante. Une môme répulsion les éloignait de Benjamin Constant, elle et lui, et elle avouait hautement cette aversion, rappelant, qu'après fructidor, elle lui avait reproché, dans une rencontre fortuite, et ses opinions et ses moyens méprisables de succès. Plus tard, sous le Consulat, son antipathie étant toujours vivace, elle écrivait à Joubert : « Votre ami, Benjamin, fait ce qu'il peut pour ne pas être oublié. Malheureusement, comme les animaux venimeux, il n'appelle l'attention qu'en blessant. C'est sa seule existence. Toutes les sensations sont nulles pour lui. Il lui faut pourtant des sensations, afin de l'arracher à l'ennui. » Elle goûtait fort, au contraire, la nature aimable et délicate de Chênedollé, son esprit tourné à la mélancolie, son grand amour des champs^ la
1. Vingt ans après (Sainte-Beuve, iîeuue rfes Deux Mondes, juin 1849). il écrivait encore à son journal : « J'ai revu aujourd'hui avec délices tous les
grâce poétique de ses pensées, qui lui attachait tous les cœurs. Il avait toujours présents les souvenirs (le son enfance et ses rêveries religieuses qu'il traduisait en beaux vers. Son poème Génie de l'homme, alors inédit, était connu de ses amis : ils en estimaient et en approuvaient la conception et la haute portée philosophique. Il a expliqué luimême le sens de son œuvre. « L'homme, dit-il, lève d'abord ses regards vers le ciel : il les laisse ensuite tomber sur la terre; puis il les reporte sur la nature; et enfin il cherche quelles sont les lois sous lesquelles il vit. »> Lorsque l'amour des champs le ramena en province, à Vire, au ^ Jardiii-du- Coisel», où vivait sa famille, il manqua tout de suite a la société de la rue Neuve-du-Luxembourg. Il devait y revenir, mais, dans l'intervalle, Chateaubriand lui écrivait qu'aucun de ses amis ne l'avait oublié. On parlait de lui, sans cesse. « Chênedollé pensait ceci ; Ghônedolb' disait cela. )> Pasquier et Mole se rappelaient la brillante controverse qu'ils avaient soutenue avec lui sur l'œuvre de Montesquieu comparée à celle de Bossuct.
Fontanes n'avait obtenu ni la même sympathie, ni la même estime. M'"' de Beaumont, dans une de
travaux de la moisson. J'ai vu scier, j'ai vu lier, jai vu charrier. Rien ne me plait comme de voir un atelier de moissonneurs dans un champ. J'aime à voir les jeune? gens se hâter et défier les jeunes filles qui scient, encore plus vite qu'eux ; j'aime à entendre le joyeux babil des moissonneurs; j'aime à entendre les éclats de rire des jeunes filles si gaies, si folles, si fraîches ; j'aime à les voir se pencher avec leurs faucilles, au risque pour elles de montrer quelquefois une jambe mieux faite et plus fine que celles de nos plus belles dames. Celte vue irrite le désir dans le cœur du jeune homme ; on fait une plaisanterie, et la gaieté circule à la ronde.
Verbaque oraloris ruslica discit amor.
« J'aime à voir le métayer robuste lier la gerbe et l'enlever au Imut du rustique trident ; j'aime à voir le valet de la ferme qui la reçoit debout, au haut du char des moissons, et le char comblé s'ébranler pesanuuent dans la plaine. »
ses réponses, à Joubert, disait do lui, à propos de Kant, oii son vieil ami, en le lisant, prétendait» ne gagner que des bosses an front » : « Fontanes est trop tourbillon pour lire Kant, et, au contraire, de plus en plus disposé à prendre les hautes fonctions pour lesquelles il est fait. » Ce n'était pas seulement une critique, mais encore du dédain pour ce caractère de courtisan. Elle le connaissait bien. Quant à de Bonald, que l'on vit aussi rue Neuve-du-Luxembourg, il y tint une place honorable. Ensuite, il se la fit trop considérable dans le monde, pour que Chateaubriand n'en conçût point quelque jalousie ; et, en ses Mémoires, il dit de lui, avec un peu d'impertinence: « M. de Bonald avait l'esprit délié; on prenait son ingéniosité pour du génie. » Parmi ces esprits distingués on remarquait un jeune homme qu'elle accueillait avec bienveillance. C'était M. Julien, le fils du banquier, auquel le comte de Montmorin avait eu recours, plusieurs fois, lorsque sa situation de fortune avait été compromise par ses dépenses en son ambassade d'Espagne et en son ministère, à Paris. Julien lui avait également rendu des services à elle-même, et chaque fois qu'elle le désirait, il mettait à sa disposition la loge qu'il possédait au Théâtre-Français. Chateaubriand dit de lui : « qu'il était riche, obligeant, convive joyeux, quoique d'une famille oii l'on se tuait. )i
Entre eux, dans la sociéti' de M"" de Beaumont, chacun avait un sobriquet. Elle s'appelait « l'hirondelle » ; Chênedollé, le « corbeau de Vire» ; Gueneau, « le petit corbeau » ; Fontanes, « le sanglier » ; et Chateaubriand, « lillustre corbeau ». 11 fut, pour elle, l'homme fatal, l'irrésistible idole, devant laquelle on se prosterne malgré soi ; le héros, le
paladin, qui avait conquis son cœur et l'emporta aussi loin qu'il voulut aller. Dès ce jour, il n'y eut point d'autre homme comparable à celui dont la plume traçait des phrases si mélodieuses pour son oreille. Elle ne se lassait jamais de les entendre ; elle n'était heureuse que près de lui, l'écoutant parler, l'écoutant lire ses manuscrits à peine achevés, Atala l'avait ravie : le Génie du Christianisme l'enthousiasma. Un volume avait été publié. Mais, suivant les amis de Chateaubriand, l'œuvre était à refondre entièrement. 11 fallait la reprendre, en allonger, en augmenter les chapitres. Le jeune auteur était pauvre, et sans retraite confortable où il put, en paix, accomplir ce nouvel effort. Pauline de Beaumont lui offrit de venir chez elle, à Savigny-sur- Orge. en un charmant asile tout récemment loué. On était en mai 18Ul. « L'illustre corbeau » n'eut garde de refuser. Seul avec elle, il s'y établit, s'acharnant tout le jour au travail, le soir lui soumettant sa rédaction quotidienne, qu'elle jugeait avec la plus grande liberté et avec son intelligence supérieure. Quelquefois il lui demandait de copier des notes, de lui aller chercher des livres à Paris, et humblement elle s'astreignait à cette copie fastidieuse et courait, à la ville, prendre, chez le libraire, les livres exigés. Ainsi passa le temps, jusqu'en novembre de celte année, jusqu'au moment où l'œuvre achevée fut prête pour l'impression ^
1. En 1892, le 21 septembre, Adolphe Brisson a rapporté dans le Gaulois une visite faite à Savigny-sur-Orge. Le notaire du lieu lui avait donné (juelqaes renseignements. La maison existait encore à celte époque telle qu'autrefois. Elle avait passé dans les mains de plusieurs propriétaires, et elle était alors à une vieille dame qui la laissait inhabitée, sous la garde d'un jardinier. Adolphe Brisson écrit :
... « Nous y voici. Un long mur, dans une route déserte; au-dessus du mur, de grands arbres parmi lesquels un saule pleureur dont les branches s'enchevêtrent autour des barreaux rouilles de la grille et du portail.
Elle est heureuse, alors, et, malgré cela, en proie à des tourments qu'elle ne peut éloigner. Si un livre fait défaut à récrivain, elle se désole, elle l'écrit à .loubert, qui s'efforce de dissiper son cauchemar. Ce nest pas de la science de notre ami que le public a soif, lui répond-il, mais de la magie de son style, de ce qui tombe du bout de sa plume. Quel qu'il soit, le livre réussira, parce qu'il sera signé de « l'enchanteur ».
Oh ! certes, il fut comblé de toutes les aises près de celle que, distraitement, il nomme « une des
Nous secouons une chaino à demi brisée. Aux gémissements de la clociie, des pas résonnent sur le sable de l'allée. Le gardien parait, écoute notre requête, et daigne, après un moment d hésitation, nous laisser pénétrer dans le sanctuaire. Devant nous s'étendent un boisitouffu, de vertes pelouses, un vaste jardin planté de tilleuls et de chênes centenaires. Au centre du jardin, s'épanouit un bassin de forme régulière, rempli d'une eau verdàtre, sur laquelle flottent immobiles des feuilles de nénuphars. Le granit du bassin, rongé par le lierre, se désagrège et s'effrite. Tout autour, poussent des gazons épais et des arbustes sauvages qui dissimulent sous leurs frondaisons les débris chancelants d'un banc de bois jadis peint en vert.
« Soudain, la maison surgit à mes yeux. Elle est d'apparence toute modeste et ne ressemble ni de ])rès, ni de loin à un château. Elle se compose d'un seul corps de bâtiment rectangulaire élevé d'un étage et surmonté d'un toit en ardoises. La i)rincipale entrée est précédée d'un petit perron qui supporte un balcon en fer forgé. Les fenêtres sont fermées; les murailles se lézardent ; les piliers du perron fléchissent sous le poids des ans. De tout cela, de ce logis délaissé, de cette pièce d'eau croupissante, de ces sombres plates-bandes, de ce parc humide et silencieux, s'exhale comme une impression de désolation et de tristesse, celle que l'on éprouve lorsqu'on franchit le seuil d'une chambre mortuaire, ou lorsqu'on visite des tombes abandonnées... Je me remémorais les événements lointains pendant que le jardinier ouvrait devant moi les diverses pièces de l'antique habitation. En traversant la salle à manger, je cherchais des yeux la place ([u'avait occupée l'auteur des Martyrs, en parcourant le salon, au parquet de chêne losange, il me semblait entendre comme un murmure de voix éteintes. Là, sans doute, au coin de la cheminée, s'étaient assis la triste Lucile et le fidèle Joubert. A cette fenêtre. Chateaubriand s'était accoudé près de son amie, et ils avaient passé de longues soirées à deviser, en regardant les étoiles. Et, montant au premier étage, j'interrogeais les murs, les couloirs déserts, les degrés descellés du vieil escalier de pierre où se trouvait la chambre du grand homme. Dans quelle pièce relisait-il les pages troublantes de René ? Dans quelle alcôve reposait M'"* de Beaumont pendant que l'écrivain, courbé sur sa tâche, voyait luire l'aurore à Sa table de travail ? »
femmes qui ont passé devant lui ». Il se rappelle cette agréable demeure, au bas d'un coteau couvert de vignes, en face du parc de Savigny, que traversait l'Orge, une petite rivière aux méandres sinueux, et quand il y songe, il retrace l'emploi de ses journées, son travail absorbant après le déjeuner et ensuite, après le diner, une promenade à la rechercbe de sites inconnus ; et encore leurs causeries passionnées, vers un bassin, au milieu d'un gazon, dans le potager. Pauline, en ces instants radieux, lui apprenait à connaître les constellations célestes qu'elle préférait, et elle le priait d'y jeter un regard ami, à de certaines heures, lorsque lun et l'autre seraient séparés. Ainsi s'uniraient leurs pensées et leurs souvenirs.
Le Génie du Chnstianisme remis à l'imprimeur, et le livre, en deux tomes, déposé chez les libraires, cette inlassable protectrice fut ressaisie de ses inquiétudes. Ne va-t-on point l'attaquer, la vilipender, cette œuvre, dont elle a pris sa part de travail, qu'elle a inspirée et conseillée? Et elle s'adresse, pour la défendre, à tous ses amis. Ginguené et Morellet, dans la Décade, l'ont fort maltraitée : l'amoureuse Pauline en est malade. Elle ne reprend un peu de sérénité, qu'après les articles bienveillants des Débats et du Mercure, oh Ghênedollé, Gueneau de Mussy, Bonald et Berlin ont parlé bienveillamment de l'ouvrage nouveau. Joubert sait la peine que peuvent lui avoir causée des critiques trop irritantes, et il lui écrit pour la consoler. Gar il est toujours présent, cet ami sincère, lorsqu'il faut partager les soucis; et, avec son bon sens tout imbu de sagesse, il réussit à les dissiper'.
1. Chateaubriand, en ses Mémoires, a laissé de lui ce portrait:
« Plein de manies et d'originalités, M. Joubert manquera éternellement
Ni l'un, ni l'autre ne devaient oublier leur séjour à Savigny. Ils auraient voulu y revenir Tannée suivante et en avaient formé le projet. Mais Chateaubriand, nommé secrétaire d'ambassade à Rome, est obligé de quitter la France et d'abandonner son amie. Ses lettres se succèdent. Hélas ! elles sont remplies de son admiration pour les contrées qu'il parcourt, pour la Ville Eternelle, devant laquelle son lyrisme s'exalte ; et l'infortunée Pauline y cherche autre chose qu'elle n'y trouve jamais. Elle comprend qu'elle n'est point aiuiée, comme elle aurait voulu l'être, comme elle aime, elle-même, l'absent qui lui manque. «Il n'y a plus de société l)Our moi dit-elle; la pauvre « hirondelle » est dans une sorte d'engourdissement fort triste. » Ses autres amis ne Tout point quittée, mais elle n'est plus gaie et reste absorbée en ses pensées distraites, toujours loin du moment présent. Le regard qui l'animait et réchautTait son cu'ur est trop distant d'elle; et, sa maladie empirant, elle tombe en une mélancolie noire, un abandon d'elle-même, qui minent sa santé. « La source de la vie est desséchée », disait Gueneau de Mussy. Le médecin veut l'envoyer au Mont Dore. Joubert, qui a discerné la cause de l'aggravation du mal, insiste pour qu'elle parte le plus tôt possible ; et, tant bien que mal,
à ceux qui l'ont connu. Il avait une prise extraordinaire sur l'esprit et sur le cœur, et quand, une fois, il s'était emparé de vous, son image était là comme un Jfait, comme une pensée fixe, comme tme obsession qu'on ne pouvait plus chasser. Sa grande prétention était au calme, et personne n'était aussi troublé que lui. Il se surveillait jiour arrêter ces émotions de l'iime qu'il croyait nuisibles à sa santé, et toujours ses amis venaient déranger les précautions qu'il avait prises pour se bien porter, car il ne se pouvait empêcher d'être ému de leur tristesse ou de leur joie. C'était un égoïste qui ne s'occupait que des autres. Afin de retrouver des forces, il se croyait souvent obligé de fermer les yeux et de ne point parler pendant des heures entières. Dieu sait quel bruit et quel mouvement se passaient intérieurement chez lui, pendant ce silence et ce repos qu'il s'ordonnait I »
elle arrive au milieu des montagnes d'Auvergne, en un état presque désespéré.
Le lieu, tout de suite, lui déplaît, l'épouvante. Elle écrit à Joubert : «. J'ai ces maudites montagnes sur le nez ou plutôt sur la poitrine. Elles m'oppressent véritablement: et je n'ai d'autre plaisir, dans mes promenades solitaires, qu'à les déranger, à les empiler, enfin à me faire jour quelque part. » Sans autre distraction que les lettres de son ami et celles de Joubert. qui arrivent irrégulièrement, elle est prise d'un désespoir incoercible. Elle sent son mal, toujours plus aigu et plus menaçant, et cependant elle ne veut pas mourir. « Je ne suis pas encore prête à partir», écrit-elle sur son cahier de confidences. « Puis-je désirer de vivre? reprend-elle bientôt. Ma vie passée a été une suite de malheurs; ma vie actuelle est pleine d'agitation et de trouble. Le repos de l'àme m'a fui pour jamais. Oh! pourquoi n'ai-je pas le courage de mourir?» Alors, ce n'est plus à Paris qu'elle veut rentrer, lorsque son traitement est achevé. C'est Rome qui l'attire, car c'est là qu'est Chateaubriand, et elle part, presque mourante, voyageant à petites journées, s'arrêtant à Lyon, à Turin, à Milan, oii son ami, retenu à l'ambassade, lui a dépêché Bertin, pour la recevoir. Lui l'attendait à Florence, et ils se dirigèrent sur Rome par la route de Pérouse.
Il lui avait loué, près de la place d'Espagne, sous le mont Pincio, une petite maison dont le jardin était palissé d'orangers, et la cour plantée d'un figuier. Le changement d'air, la joie de revoir son ami, la visite des artistes français qui sont à Rome, donnèrent un sursaut à son état. Sa santé en parut améliorée. Elle retrouvait l'espérance et des illusions, comme celles de tous les malades pareille-
ment atteints. Ce mieux ne dura point. Le moindre souflle de l'air lui était nuisible. Ses promenades s'espaçaient. Un jour d'octobre, cependant, par le plus doux des soleils d'Italie, elle et lui vinrent se reposer quelques instants au Golisée. Elle s'y assit sur une pierre, en face des autels, « qui ont tant vu mourir», dit son historien. Le froid l'envahit bientôt. Elle se leva pour rentrer, se coucha et ne se releva plus.
Le médecin, qui la vit, ne cacha point ses craintes, et pour Chateaubriand, comment avertir la malade? Il vint s'agenouiller, en pleurs, au pied de cette couche révérée. Elle comprit, et d'une voix tendre : « Vous êtes un enfant? ne vous y attend iezvous pas?» Et elle manda près d'elle un prêtre qu'elle connaissait, l'abbé de Bonnevie. Résignée à la mort, elle souriait, après avoir compris, enlin, «l'attachement véritable», c'est-à-dire l'amour qu'elle avait inspiré à son ami. « Elle ne cessait d'en marquer la surprise, écrit l'amant toujours adoré, et elle semblait mourir désespérée et ravie. »
Sur cette mort, l'immortel écrivain a laissé, en ses Mémoires^ une page trempée de larmes... «Alors elle me dit qu'elle sentait l'approche de l'agonie. Tout à coup, elle rejeta sa couverture, me tendit une main, serra la mienne avec contraction ; ses yeux s'égarèrent. De la main qui lui restait libre, elle faisait des signes à quelqu'un qu'elle voyait au pied de son lit, puis reportant cette main sur sa poitrine, elle disait : «C'est là. » Consterné, je lui demandai si elle me reconnaissait; l'ébauche d'un sourire parut au milieu de son égarement ; elle me ht une légère affirmation de tète; sa parole n'était déjà plus dans ce monde. Les convulsions ne durèrent que quelques minutes. Nous la soutenions
dans nos bras, moi, le médecin et la garde; une de mes mains se trouvait appuyée sur son cœur qui touchait à ses légers ossements ; il palpitait avec rapidité, comme une montre qui dévide sa chaîne brisée. Oh! moment d'horreur et d'effroi! Je le sentis s'arrêter. Nous iuclinâmes sur son oreiller la femme arrivée au repos; elle pencha la tète. Quelques boucles de ses cheveux déroulés tombaient sur son front : ses yeux étaient fermés ; la nuit éternelle était descendue. Le médecin présenta un miroir et une lumière à la bouche de l'étrangère ; le miroir ne fut point terni du souffle de la vie, et la lumière resta immobile. Tout était fini K » Il consacre également une page à son portrait. 11 avoue qu'elle n'était point belle, amaigrie et pâle, lorsqu'il la connut, avec des yeux fendus en amandes et d'un éclat trop lumineux, s'il n'eût été adouci par une suavité de langueur. Son caractère, ajoute-il, avait une raideur et une impatience que lui causait son mal. Ses autres amis lui reprochaient sa mauvaise tète. Joubert ne le conteste point; mais cette tête était excellente, écrit-il à Mole ; nous ne la remplacerons pas. Puis, il s'étend sur les qualités morales de cette amie sitôt perdue, et l'excellent homme, le penseur, le philosophe, lui reconnaît « une qualité qui, sans donner aucun talent, sans imprimer à l'esprit aucune forme particulière, met une âme au niveau des talents les
1. Elle mourut le 4 novembre 1803, fut inhumée dans l'église Saint- Louis-le-Français, à Rome, où Chateaubriand lui fit élever un mausolée.
Le monument élevé à Rome à M™" de Beaumont par Chateaubriand, avait été confié à un jeune sculpteur français, Marin .Jeune, l^'artiste l'a représentée sur son lit, mourante de langueur et de chagrin, aiirès avoir vu périr son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, à lépoiiue de la Terreur, un de ses bi'as tombant de faiblesse, et l'autre indiquant faibleuieat les cinq figures chéries qu'elle regrette et l'inscription qui les accompagne ; ijidd non sunt.
plus éclatants. Elle entendait tout, et son esprit se nourrissait de pensées, comme son cœur de sentiments, sans chercher, dans les premières, les satisfactions de la vanité, ni un autre plaisir qu'eux-mêmes, dans les seconds. »
Cette mort ne fit point disparaître la société de la rue Neuve-du-Luxembourg. Elle se reforma chez Joubert, qui s'était installé définitivement dans une maison à lui, rue Saint-Honoré, où il s'était réservé l'étage le plus élevé, afin d'avoir, disait-il, «peu de terre et beaucoup de ciel». Ses matinées se passaient dans son lit, autour duquel se réunissaient ses amis, qui le surprenaient entouré de livres, le buste revêtu d'un spencer de soie. Depuis qu'il avait perdu cette amie, si jeune encore et si intéressante, il avait reporté ses tendresses paternelles sur M"" de Vintimille, à laquelle il écrivait régulièrement, n'oubliant jamais, au 22 juillet de chaque année, de lui envoyer des fleurs et surtout des tubéreuses, en commémoration d'une promenade faite, avec elle, ce jour-là, en une année lointaine, dans le jardin des Tuileries. Il était septuagénaire, et il lui écrivait quand même' : «Venez donc, venez souvent,
1. Quelques autres lettres de Joubert méritent d'être citées et feront mieux connaître M""> de Vintimille.
Il lui écrivait *en avril 1812 : » Avec votre gentille petite lettre à nez retroussé, croyez-vous donc en être quitte, et qu'après un méfait comme le vôtre il suffira d'avoir bonne mine pour avoir raison ? J'ai gardé la chambre cinquante jours ; je suis encore possédé et obsédé par un maudit catarrhe muet qui m'a retenu dans mon lit, qui m'a fait cracher le sang, qui ne fait plus de bruit, mais qui tourmente tous mes muscles et tous mes nerfs entre lesquels il s'est glissé. Vous n'avez pas envoyé savoir de mes nouvelles une seule fois; et pour toute réparation, pour toute apologie, vous vous contentez de me dire, avec le ton de l'insolence en belle humeur : « Je me fâchais, vous vous fâchiez; défàchons-nous !» A la bonne heure ! tant d'assurance et une légèreté si bien tournée et si hardie me déconcertent absolument. Je ne sais plus ce que j'ai fait de ma colère,
venez quand il vous plaira, depuis midi et demi jusqu'à deux heures et demie. Venez, sans me prévenir ou en me prévenant, à votre choix ; venez à temps et à contre-temps, en quelque temps et à quelque heure que ce soit, vous n'arriverez jamais sans avoir été désirée ^ )i
mais je m'en réserve tous les droits, et si jamais je la retrouve, vous m'entendrez. En attendant, j irai vous voir, soit en riant, soit en grognant, peut-être tous les deux ensemble, au premier rayon de soleil qui me luira. Je jirendrai mon temps, depuis midi jusqu'à une heure. C'est, dans lecours ordinaire de vos journées, une époque où le soleil ne vous voit guère, hors de chez vous. »
En décembre 1813 : « Ah, sirène; vos paroles et votre voix m'ont d'abord presque ensorcelé. Mais heureusement, j'ai pris le temps de me reconnaître. .T'irai vous voir, vous regarder, vous admirer, mais j'aurai les oreilles bouchées. Résolument, je ne veux chanter votre refrain, tout séduisant qu'il est. qu'au singulier et pour mon compte seul. Me préserve le ciel de consentir à vos visites : Cette partie de mes reproches et de ma colère n'était qu'une plaisanterie. .J'ai une fort bonne raison pour refuser cet excès défaveur, c'est qu'il me pénétrerait d'une lâche reconnaissance et que je veux rester fâché. D'ailleurs, on gagne toujours quelque douceur ou quelque mot plaisant à être grondeur avec vous, tandis que la tendresse toute ])ure vous endort et vous embarrasse. J'irai donc braver en personne, aussitôt que je le pourrai, l'indulgence que vous m'offrez et dont je déclare que je n'ai pas besoin; j'irai affronter vos bontés, que je reconnais franchement i)Our le plus terrible des dangers quand on veut être mécontent. Je prendrai vos cajoleries pour de l'hospitalité, et toutes les grâces de votre accueil pour un bienfait dont le voyage me rendra quitte. Enfin, je me tirerai du détroit périlleux, comme je pourrai. Je veux bien vous aimer toujours, mais non pour me réconcilier. Fidèle et constant malgré moi, ce dont j'enrage, je resterai boudeur et sourd par projet, par calcul, par honneur, et pour servir de temps en temps à vos menus plaisirs. Regardons-nous donc désormais, si vous voulez bien y consentir, comme des amis éternels, mais éternellement brouillés. <>
1. Dans son livre sur M"" de Beaumont, M. Bardoux a parlé également de M'"' de Vintimille (p. 283) :
« De toutes les grandes dames que la comtesse de Beaumont retrouva, la plus intéressante, la plus dévouée, comme la plus utile à consulter pour les choses morales, était M""' deVinlimille (son mari était, dit-on, un iils de Louis XV). Joubert devait s'attacher aussitôt à elle. Il avait même conservé dans sa mémoire deux dates, le 6 mai 1802, jour où il l'avait vue Itour la première fois, et le 22 juillet, jour où il s'était promené avec elle, dans une certaine allée des Tuileries qu'il ti'ouvait toujours embaumée de son souvenir. C'était cette promenade qui lui rendit sacré le jour de sainte Madeleine. C'était aussi ce qui lui fil tant aimer les tubéreuses dont il avait donné, ce jour-là, un bouquet à M""' de Vintimille. Elle, du moins, vécut de longues années, et elle pouvait, eu 1817, recevoir ce billet adorable : « Vous étiez plus jeune, il y a quinze ans, lorsque je marchais à vos cotés à pareil jour, à pareille heure, en parcourant certaine allée que je vois presque de mon lit, et où, à mon très grand regret, je ne puis
Ainsi était, sous le Consulat, ce salon si dilïorent des autres.
DELPHINE DE CUSïlNE
Soji.MAiHE. — AI"" (le Cusline perd sur Técliafaud le général de Ciistine. son beau-père, et son mari, Philippe de Custine. — Les dernières recommandations de Philippe de Custine pour son fils Elzéar. — La jeune veuve est trahie par sa camériste et est enfermée à la prison des Carmes. — Elle est sauvée par un jacobin, (iérôme. — Elle donne rendez-vous à sa mère en Suisse où elle est reçue par M"° de Staël. — Sa solitude à Paris. — Elle désire un second mariage et reçoit les hommages de deux hommes qu'elle désigne par deux noms anonymes. Maurice et Médor. — Puis elle renonce à se remarier. — Elle a connu, chez M™" de Rosarnbô, son ami Ilené de Chateaubriand, qu'elle attire au château de Fervacques, acheté des Montmorency. — Ses relations avec de Chateaubriand.
Ce n'est point un salon, qui sera tracé, sons le nom de la marquise Delphine de Custine, mais un portrait de la jeune femme, le relief d'une vie, qui eut ses jours de bonheur et de grande détresse. Et forcément, après M"'' de Beaumont, il faut parler d'elle, car elle fut aimée de celui qui partageait son cœur entre les femmes belles et attachantes ; aimée du mélancolique René, dont le génie littéraire enflammait toutes les âmes tendres.
Si elle n'eut pas de salon, ce n'est pas qu'elle fût inférieure à celles qui s'étaient fait une société
aller célébrer cet anniversaire. Mais vous n'étiez pas plus aimable. Votre présence et votre souvenir font également mes délices. Continuez à vous faire adorer, et aimez-moi toujours un i)eu. Le.s tubéreuses ne sont ])as encore fleuries, celte année. .J'avais pris toutes les précautions pour en avoir à mon réveil. Mais on n'a pas pu en trouver. J'ai souscrit pour les premières. Souvenez-vous qu'il est de mon essence de penser à vous avec délices, et devons être éternellement attaché (Joubert, 22 juillet 1817).
d'amis fidèles, aimables et distingués. Sa grâce, sa beauté, son esprit, avaient conservé les charmes de la bonne compagnie. Mais lorsque les coups du destin cessèrent contre elle, ses ressources lui restèrent si diminuées, elle eut tant de procès à soutenir, elle se trouva si isolée, loin de sa mère, M"^ de Sabran, qui avait émigré, qu'elle ne pensa point à réunir autour d'elle une élite d'invités. Et puis, elle était si jolie qu'elle sentait bien qu'un salon, oi^i l'on causerait, ne serait bientôt qu'une « cour d'amour ».
Son beau-père, le général de Custine, avait subi, en 1793, la peine réservée aux ennemis des jacobins : la mort sur l'échafaud. Son mari, Philippe de Custine, à peine plus âgé qu'elle, avait été emprisonné pendant le procès du général, et l'infortuné jeune homme, accusé d'avoir pris la défense de son père, avait été condamné à subir un sort pareil. Les tyranneaux avaient laissé la liberté à la marquise, et, puisant sa fermeté, son courage et une mâle sagesse dans l'orgueil de son nom, on l'avait vue aller, chaque jour, d'une prison à l'autre, porter des consolations aux deux victimes de la Terreur. On l'avait vue suivre le procès de ces deux êtres aimés, assise sur un escabeau devant les juges, statue de la douleur et du désespoir, tâchant d'attendrir ces hommes implacables, que la passion politique aveuglait. Rien n'y fit; les deux Custine durent expier le crime d'être nobles.
Philippe, emprisonné après son père, ne doutait pas de l'issue de son procès. Sa jeune femme avait réussi à préparer une évasion. Moyennant une somme de trente mille francs d'or, la fille du geôlier se devait prêter aux combinaisons de la fuite.
Ce jour-là, les journaux pul)liaiont une loi, ("dictant le peine capitale contre ceux qui auraient soustrait un condamné à son châtiment. Philippe de Custine refusa, tout de suite, d'exposer à la mort celle qui avait voulu se dévouer pour lui. Il demeura inébranlable en sa prison.
Quelle douleur pour la jeune épouse! Leur dernière entrevue dura trois heures; elle, les deux bras repliés sur le cou de son mari, retenant ses larmes, muette en cette étreinte suprême. Ils n'échangeaient entre eux que des paroles brèves sur leur enfant, tout à leur douleur, tout à cette effroi poignant du malheur, dont les nerfs sont affolés; à ce point que, pendant ces heures terribles, heures nocturnes, dans une salle commune à tous, un condamné passant avec une lanterne et coiffé de son bonnet de nuit, pour une visite à un autre condamné, les deux époux, obéissant à leurs nerfs détraqués, subirent une crise de rire et de spasmes, durant laquelle la jeune femme perdit connaissance. Les geôliers remportèrent ; le mari demeura seul. Avantde quitter la prison, il écrivit une lettre à sa femme, à sa chère Delphine qu'il adorait; et la dernière ligne lui recommandait « d'apprendre à son fils à bien connaître son père ».
Qu'allait-elle devenir? La Révolution pourtant ne l'avait point elfrayée. Elle en avait subi l'enthousiasme ambiant. L'esprit ardent, qu'elle tenait de sa mère, nature aventureuse et passionnée, lui en avait fait accepter franchement les prémices. Elle n'avait point voulu émigrer, et aux premiers mois de l'exode universel de l'aristocratie, elle écrivait à Berlin que la vie était facile et heureuse à Paris, que l'on s'y amusait beaucoup et qu'elle était en-
chantée d'y èlre restée. Les temps (changèrent. Elle apprit à connaître la méchanceté des hommes, les etlets de la calomnie et de la haine. Elle résohit de quitter des lieux, maintenant odieux par les tristes souvenirs dont ils étaient pleins, et de rejoindre ses parents en Allemagne. Comme marchande de dentelles, elle se dirigerait sur Strashourg; son fils, avec une femme de confiance, par un autre chemin. La trahison de sa camériste la perdit. Elle fut arrêtée au milieu de ses préparatifs de départ, et, devinant d'où venait la félonie, elle dit à cette femme infâme, en sortant : « Je vous laisse à vos remords. »
Enfermée à la prison des Carmes, elle y connut Joséphine de Beauharnais et quelques au très grandes dames, qu'elle retrouva plus tard dans le monde. Son procès suivit son cours. Sa mort fut décidée. Pendant l'instruction, elle était amenée de la prison à son hôtel, rue de Lille, afin d'y assister à la levée des scellés et à l'inventaire de ses papiers. Dessinant agréablement, elle crayonna malicieusement le portrait des jacobins délégués à son interrogatoire, et tous se trouvèrent llattés du portrait qu'ils saisirent.
L'un d'eux, plus que les autres, du nom de Gérôme, s'était laissé prendre à l'air coquet, bon enfant, et très ouvert de la jeune aristocrate. Il avait ses entrées dans le cabinet de Fouquier-Tinville, le grand pourvoyeur de l'échalaud. Il savait que le chargement des charrettes se composait au hasard des (iches, les premières sous la main, dans les cartons des condamnés ; et, chaque jour, il se glissait furtivement vers les cartons, vérifiait les fiches et plaçait au dernier rang celle de la bel le marquise, dont il voulait sauver la vie. Lorsque le triomphe
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de Tallien, au 9 thermidor, arrêta les supplices, il ne restait plus que trois liclies, et Tune des trois, celle de Delphine de Gustine. Elle n'oublia jamais ce dévouement obscur. Gcrôme, le farouche jacobin, fut, à son tour, occultement protège par elle, et grâce à ses subsides, il put s'embarquer pour l'Amérique, d'où il revint un jour avec une petite fortune.
Libre, mais dépouillée de ses biens, la belle Delphine, toujours séparée de sa mère, mena une vie très aflligée et malheureuse. La bonne société n'était pas reformée ; ceux qu'elle avait connus, en ses belles années de jeunesse et de prospérité, n'existaient plus, ou étaient dispersés. Elle se livra solitairement, pour occuper sa vie, à la lecture des classiques de l'antiquité, Pline, Cicéron, l*lutarque; et, en ses lettres à son jeune frère Elzéar, alors en Allemagne, elle lui parlait de ces auteurs choisis, avouant que Cicéron ne lui agréait point, trop timoré et trop lâche pour elle.
En cette première année du Directoire, elle avait vingt-six ans. Dans toute la splendeur de sa beauté', son admirable chevelure de soie blonde, en éventailau-dessusdeson front, lorsqu'elle était dénouée, tombait en longue nappes molles sur ses épaules'-.
1. M""" d'Al)rantès a dit d'elle eu ses Saloi>s, t. ni, p. 37 :
" Chez M"'" de Montesson, un jour, après déjeuner, M"" de Starl y vint et Bonaparte y vint aussi. Tout le monde abandonna M""' de Staël. Mais M""" de Gustine vint s'asseoir auprès d'elle... son esprit était charmant comme sa personne. Elle connaissait peu M""' de Staël, mais elle comprenait tout ce qui était supérieur, et M'"'' de Staél était pour elle un être représentant tout ce que ce siècle devait re|)roduire de grand. Lorsque sa pensée s'arrêtait sur ces grandes choses que pouvait produire sa patrie, alors artiste par le cœur comme elle l'était par l'esprit, on voyait flamber son œil toujours si doux, si velouté, sa bouclie rusée ne s'ouvrait plus que rarement, et son ensemble était poétique... »