‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 131 sur 144 · Voir letiule sur le salon de M. Suard · texte numérisé non relu

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était sa vie, son honneur. Il se fut senti avili à ses propres yeux d'y renoncer, et il la maintenait au profit de tous. C'était assez pour donner à sa société de l'intérêt, du mouvement et une véritable valeur morale... Les idées jeunes et nouvelles même, fussent-elles peu en accord avec les traditions du dix-huitième siècle, n'y rencontraient point une hostilité repoussante. On leur pardonnait de déplaire en faveur du mouvement d'esprit qu'excitait leur nouveauté. On ne recherchait pas, il est vrai, on ne produisait pas les idées pour elles-mêmes et pour elles seules. On leur demandait quelque chose audelà, un plaisir social, mais rien de plus. »

Il y avait quelques autres grandes dames qui recevaient chez elles; mais, plus discrètes et moins répandues que les précédentes, elles se contentaient de leurs amis dont elles formaient le trait d'union.

Ainsi M"" de Souza-Bothello, qui d'abord s'était nommée M"' de Flahaut. Très jeune, elle avait épousé son premier mari, et très jeune également elle était restée veuve, après l'exécution du comte de Flahaut. La jeune femme, épouvantée parla Révolution, se réfugia en Angleterre. Pour se distraire et couper son ennui, elle résolut de mettre ses souvenirs et ses observations, en romans. Adèle de Sénanges et Eugène de Rothelin, les plus parfaites compositions de la jeune veuve, furent conçues et achevées à Londres, et ensuite publiées à Paris, sous son nom de Souza. Cependant l'humeur voyageuse, le désir de l'inconnu, la poussèrent à revenir sur le continent. Elle séjourna en Suisse, où elle connut le prince qui devait être un jour le roi Louis-Philippe; et, en sa compagnie, elle parcourut l'Allemagne. Lorsqu'il n'y eut aucun danger à reparaître

en France, on la vit s'installei' à Paris, et elle agréa, enfin, la demande en mariage d'un grand seigneur portugais, qu'elle avait connu à Berlin, le comte de Souza, dentelle rendit le nom presque célèbre.

On aimait, en elle, l'esprit délicat du dix-huitième siècle. Elle en avait gardé les traditions, la mesure, la correction et l'agrément des causeries. Ni méchante, ni flatteuse, avenante et empressée à plaire, sachant intéresser ses auditeurs et s'intéresser à eux, sans afféterie et sans exagération de sensibilité pour tout ce qui était pitoyable ; généreuse et pleine de cœur, surtout. En ses souvenirs. M""" Vigée fait de la grande dame un portrait séduisant. « Elle avait, dit-elle, une jolie taille, un visage charmant, les yeux les plus spirituels du monde, et tant d'amabilité qu'un de mes plaisirs était d'aller passer la soirée chez elle, oii, le plus souven , je la trouvais seule. »

Son jeune fils, le comte de Flahaut, était fort recherché dans les salons du Consulat, et l'un des brillants officiers de Bonaparte. 11 fut général de division à vingt-huit ans. Comme sa mère, il plaisait à ses amis. On louait, en lui, la grâce de son esprit, l'ouverture franche de son visage, la douceur de son caractère et le talent mis au service d'une voix étendue, sans jamais refuser de la faire entendre, ce qui en doublait le charme •.

M"^ de Souza était admise à Saint-Cloud, ainsi que toutes les femmes distinguées dont la présence contribuait à décorer l'entourage du chef de l'Etat. Son nom, depuis son succès en librairie, se répétait dans les salons. Adèle de Sénanges intéressait par le tableau réussi de la société, sous l'ancien régime,

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