M"' Ducrest, Mémoires
et le développement des idées et des sentiments pratiqués jadis dans la bonne compagnie. Plus tard, une page de l'un de ses romans, Eugène et Mat/iilde, déplut à l'empereur; une page éloquente sur les soucis, les inquiétudes et les chagrins des mères, séparées de leurs fils par les passions de la jeunesse, ou les campagnes militaires dont ils encouraient les dangers. Sainte-Beuve cite ce morceau de choix et l'admire. 11 le mérite.
Elle avait de l'esprit et elle le montra un jour, que, revenue de Berlin, Napoléon lui demandait si ony aimait laFrance^ La question était insidieuse. «Sijedisoui, pensait-elle, on me prendra pour une sotte ; non, pour une insolente. » Et par une inspiration soudaine, elle répondit : <( Oui sire, on aime la l^^rance à Berlin, comme les vieilles femmes aiment les jeunes.» Napoléon de sourire en approuvant.
M°"' de Krudener (Juliana de Wietinghofî) eut une renommée trop retentissante en Europe pour la négliger en cette étude de femmes. Née en Livonie, à Biga, âgée de plus de trente ans, sous le Consulat, elle avait épousé, à dix-huit ans, un de ses cousins, le baron de Krudener, ambassadeur à Berlin. De lui, elle eut un fils et une fille ; puis elle fut abandonnée de son mari. Dès lors, commencèrent ses voyages à travers le monde : en Suisse, 011 elle fut reçue de M"' de Staël; à Paris, où elle se mit en relation avec Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Camille Jordan et Suard, qui devint