‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 134 sur 144 · Lady Blenerhasset, t. II, p · texte numérisé non relu

Lady Blenerhasset, t. II, p

Médicis. Cette sorte d'extravagance indique bien la déviation de cet esprit, déjà tourné au mysticisme, adepte des doctrines de l'illuminé Saint-Martin, dont elle avait accepté toutes les rêveries. IM""" de Coislin, une vieille amie de Chateaubriand, fervente zélatrice de ces croyances, mystérieuses autant que nuageuses, rencontra M""" de Krudener dans un salon. Toutes les deux, d'instinct, s'abordèrent. Et Chateaubriand raconte, non sans malice, la scène passée entre les deux femmes... « M""" de Krudener dit passionnément à M"^ de Goislin : — « Madame, quel est votre confesseur intérieur ? — Madame, répliqua M™" de Coislin, je ne connais point mon confesseur intérieur ; je sais seulement que mon confesseur est dans l'intérieur de son confessionnal. » Sur ce, les deux dames ne se virent plus. » Ces tendances mystiques s'accentuèrent avec le temps. M""" de Krudener croyait avoir reçu, des cieux, mission de régénérer les hommes et d'en changer les mœurs, et elle se livrait aux prières les plus exaltées, prétendant correspondre avec Dieu et la Vierge Marie. Dès ce moment, elle renonça aux plaisirs, rompit avec ses adorateurs, avec Bernardin, Chateaubriand, et Camille Jordan, dont M"''' de Staël était jalouse, reprochant au célèbre Lyonnais de se laisser prendre aux blonds cheveux de la grande dame russe. Celle-ci bientôt se confina en son rôle d'apôtre, parcourant l'Europe en préchant l'Evangile, voyageant à pied, quoique toujours riche, acceptant toutes les fatigues, et, en expiation de ses fautes, les avanies courantes dont on la molestait durant sescourses vagabondes. Elle enseignait, comme le Christ, une religion damour, fondée sur la charité ; celle qui donne, qui console, qui enseigne la vertu et la vérité. A la chute de

Napoléon, forte de son influence sur le tsar Alexandre, qu'en ce temps-là elle catéchisait, elle intervint dans le règlement des afl'aires des grandes puissances, et, sous son inspiration, fit signer aux vainqueurs la Sainte -Alliance des monarques. Le comte d'Allonville, en ses 3/i?;;zo?>6's, raconte qu'elle habitait, à Paris, l'hôtel Montchenu, bâtiment délabré et sans meubles, où, chaque soir, par une porte dérobée, entrait le potentat du Nord, pour y prier avec celle qu'il avait élevée au rang de son Egérie. Bientôt, pourtant, il brisa cette chaîne ridicule, et interdit môme le séjour de sa capitale à M""" de Krudencr. Il l'envoya en Crimée, qu'elle parcourut, montée sur un ane, une croix de fer en main, suivie de son gendre habillé en chevalier de Saint-Georges, et d'une intrigante française, appelée comtesse de Gachet. Elle allait de village en village, prêchant, en français, les Tartares qui ne comprenaient rien à ses paroles, et se moquaient d'elle comme d'une bohémienne. Cette vie incohérente, et toute de privations, la conduisit au tombeau.

Il faut citer encore un centre mondain, fort agréable, chez M""' de Vergennes, une petite-nièce du ministre de Louis XVI, mère de M'"*" Rémusat, la jolie dame de compagnie de Joséphine, qui s'empressait d'y venir se délasser de la contrainte subie aux Tuileries, près des Bonaparte. Chez M""' de Houdetot, M""" de Vergennes s'était liée à M"""^ de Vogïié, de Damas, de Vintimille, de Pastoret, et celles-ci poursuivaient cette liaison, afin de se rencontrer, dans son salon, avec ses deux filles, M'^^de

Rémusat, et sa cadette, M"" de Nansouty, Tune et l'autre attachées par leur mari au monde officiel. Gallois, le tribun, l'ancien ami des Girondins et de Gondorcet, le traducteur de la Science de la législalioii., de Filangieri, était admis en ce salon, ainsi que le savant Guvier et l'abbé de Beausset' , qui devait être cardinal, tout occupé alors, en sa retraite de Villemaison, près Longjumeau, d'écrire la vie de Fénelon, son meilleur titre à l'Académie. M"^ de Meulan ', destinée à M. Guizot. amie de Suard,sous la direction de qui elle écrivait, au Puhliciste, des articles de morale et de critique littéraire, venait quelquefois se mêler à cette société distinguée, ainsi que le jeune de Barante, ainsi que le poète Fontanes et le peintre Gérard. L'intérêt de ces réunions était d'entendre parler ]M"* de Rémusat, dont le langage correct, l'esprit fin et ouvert rappelaient, de M""" de Se vigne, les lettres retentissantes : c'est de Norvins qui l'affirme. Elle et son mari engendraient la sympathie autour d'eux. M. de Rémusat, instruit, plein de tact et de goût, avait su gagner la confiance de Bonaparte et amuser Vincunimable^ disait Talleyrand ; et il rendait au général, encore peu soumis aux usages du monde, les plus grands services par sa connaissance des traditions de la politesse d'autrefois.

\. Villemain en ses Souvenirs, t. I. p. 418, a dit de lui :

« M. de Beaussel était surtout aimable dans le monde, jiarlant avec une douceur et une politesse singulières, qui ne laissaient voir que le désir obligeant de piaire, sans la nuance d'art un peu trop marquée dans ses écrits. »

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