De M"» Gavaignac
« Vivant à peu prés et taisant vivre sa mère avec sa i)luine... Son esprit très réel était défiguré par une manière affectée, recherchée, qui gâtait également sa conversation, et ses feuilletons si prétentieux, si alambiqués, si contournés, qu'il aurait fallu souvent lui en demander la traduction. »
Chez une autre grande dame, la marquise de Villette', on ne parlait que de Voltaire, on n'honorait que l'immortel patriarche de Ferney. Elle était helle^ elle était bonne, très pauvre, lorsque le philosophe, près de qui elle vivait, sous la tutelle de M""^ Denis, lui fit épouser le marquis de Villette, un assez vilain personnage, mais riche de cent cinquante mille francs de rentes. Voltaire, à ce moment, écrivait à d'Alembert, sur sa protégée, qu'il avait marié le marquis, dans sa chaumière de Ferney, avec une fille sans un sol, dont la dot était « de la vertu, de la candeur, de la sensibilité, une extrême beauté, l'air le plus noble ; et le tout à dix-neuf ans ». Le marquis ne donna pas le bonheur à la jeune fille. Il retomba dans ses vices honteux et délaissa délibérément sa femme, pour M"" Arnault et M'" Raucourt. Elle supporta cet abandon sans se plaindre et resta pure, malgré les hommages pressants que lui attirait sa beauté. Lorsque Voltaire quitta Ferney et vint à Paris, ce fut chez elle qu'il descendit, avec M'"'' Denis, et ce fut chez elle également qu'il mourut.
Le marquis de Villette avait acheté le domaine
1. Sur M""" de Villette, Chateaubriand a écrit dans ses Mémoires, t. I, p. 304 :
'. M"'^ de Villette, charmante encore, perdit une fille de seize ans. plus charmante que sa mère, et pour laquelle le chevalier de Parny fit ces vers •dignes de l'Anthologie ;
Au ciel elle a rendu sa \ie,
Et doucement s'est endormie
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s'efface.
Ainsi meurt, sans laisser de trace,
Le chant d'un oiseau dans les bois.
de Ferney, et il y plaça le cœur de son ami avec cette inscription :
Son esprit est partout ; son cœur est ici!
Après la mort de Voltaire, et après la mort de son mari, M°'' de Villette abandonna sa première demeure, et partagea sa vie entre son château de Villette, près de Paris, et son hôtel de la rue de Vaugirard, où elle réunit, dans une pièce, tout ce qui devait rappeler l'immortel philosophe. Lady Morgan, en ses Souvenirs, t. Il, p. 333, décrit minutieusement cette pièce : « L'appartement qu'occupe habituellement M""" de Villette, dit-elle, est une sorte de temple dédié à la mémoire de Voltaire. La bibliothèque est garnie de ses œuvres; le secrétaire contient ses lettres manuscrites ; le fauteuil sur lequel il s'asseyait est au coin de la cheminée. C'est sur le pupitre, ingénieusement attaché à l'un de ses bras, qu'il lut et qu'il écrivit pendant les vingt dernières années de sa vie. Le buste, en porcelaine de Sèvres, auquel il fait allusion dans ses lettres à d'Alembert, et qui fut fait originairement pour le roi de Prusse, orne la cheminée. Dans un coin de la chambre, est le modèle de la célèbre statue de Pigalle, et son portrait par Largillière ^