‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 137 sur 144 · Arnault, en ses Souvenirs, t. IV, p. 297, a dit d'elle · texte numérisé non relu

Arnault, en ses Souvenirs, t. IV, p. 297, a dit d'elle

« Femme aussi bonne que spirituelle, aussi bonne que possible, et néanmoins assez maligne... Tout cela s'arrangeait en elle. Finesse, vivacité, caractérisaient l'esprit de cette dame et dominaient dans ses discours. Aussi sa société intime, qui se composait de jeunes gens d'un esprit analogue au sien, était-elle des plus aimables. F'our le jirouver, il suffirait

femmes équivoques, telles, la princesse de Ghimay, naguère M""' Tallien, que son premier mari appelait la princesse (c Chimère » ; telle M'"* Hamelin, une femme de sang mêlé. On acceptait, néanmoins, cette créole pour ses talents de danseuse et d'écuyère, pour l'entrain de ses reparties, pour la hardiesse de sa démarche, qui suppléait aux défauts de sa taille mal tournée, et à l'exiguïté de sa petite personne. On y voyait, enfin, M""" Visconti, la maîtresse du général Berthier.

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M. de Vaisnes s'était fait une réputation de financier intelligent, et il comptait, au nombre de ses amis, des hommes de lettres qu'il recherchait à l'égal des hommes politiques et des financiers du Consulat. Directeur des douanes à Limoges, pendant l'intendance de Turgot, il s'était rallié tout de suite aux idées de la Révolution, et il avait été nommé commissaire de la Trésorerie au moment de la Terreur. Bonaparte l'appela en son Conseil d'Etat, et l'Institut, quelque temps après, lui ouvrit ses portes. Son amour des lettres, son goût pour les arts l'avaient mis en évidence, et son salon était devenu un lieu fréquenté des littérateurs et des philosophes. 11 dissertait avec eux sur la beauté des œuvres littéraires, s'enthousiasmant sur la coupe d'une césure ou l'harmonie d'un vers. Ses amis l'estimaient. Comme il était riche, il en avait beaucoup qu'il invitait à sa table, le mardi de chaque

d'en nommer les principaux membres: Lenoir, MéhuI, Digeon, et quelquefois Hoffmann, noms auxquels je dois ajouter celui de Pérault, son frère, homme de l'originalité la plus piquante. »

semaine. Garat, en ses Mémoires historiques (t. Il, p. 261 j, a fait de lui un portrait réussi. « Des muscles très forts et des nerfs très délicats, dit-il, l'organisation probablement des favoris de la nature, fut l'organisation de ce financier. Né avec tous les goûts et beaucoup de genres d'esprit, les affaires, les lettres, les plaisirs du grand monde, partagèrent la vie de M. de Vaisnes, et une santé vigoureuse, déparée plutôt qu'altérée par de violents accès de goutte, fournit toujours à son activité les moyens d'atteindre, sans fatigue, à tous les objets de ses goûts et de son ambition. Des choses qui, par leurgenre, paraissent s'exclure, se faire obstacle, les travaux d'un cabinet et ceux d'un bureau, l'étude et la dissipation, les vers et les calculs, les méditations et les voluptés, se rapprochaient dans la vie de M. de Vaisnes, comme des nuances voisines de la même vie ; il passait des unes aux autres sans s'en apercevoir lui-même, et il étonnait beaucoup ceux qui en étaient les témoins. Une grande fortune, si indispensable à une telle existence, il la fit rapidement et par des travaux utiles à la fortune de la nation ; il l'a toujours maintenue par un grand ordre, sans aucune économie, surtout dans ses générosités. »

Séguin, le chimiste, enrichi par ses découvertes, ne manquait point d'amis non plus. Tout à la fois financier, savant et musicien, il se plaisait à faire les bonneurs de son hôtel, rue d'Anjou, ori il s'était créé une magnifique collection d'instruments de musique et de partitions rares, de livres précieux, de tableaux des plus grands maîtres. Cet hôtel était

PETITS SALONS DE GRANDES DAMES bl9

une des curiosités de Paris, ainsi que sa personne, d'ailleurs, vêtue d'habits si grossiers que les visiteurs, en pénétrant chez lui, le prenaient pour le frotteur. On était certain de le voir accourir à une solennité musicale, enthousiaste qu'il était de bonne musique. Et, malgré sa grande fortune, il s'y rendait à pied, en ses habits les plus négligés. Au milieu du jardin de son hôtel, il avait fait établir un grand manège découvert, autour duquel étaient bâties des remises, des écuries pour quarante chevaux et des forges de ferrage. Il nourrissait vingt bêtes superbes qu'il laissait au repos, donnant à sa femme trente sols pour un fiacre, lorsqu'elle devait faire une course dans Paris. Il avait trouvé un procédé nouveau pour le tannage des cuirs, qu'il livrait au commerce en vingt-quatre heures, et ce procédé, qui avait servi aux grandes armées de la République, lui avait donné cette situation enviable.

Ainsi se composaient les petits salons pendant le Consulat.

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