Lareveillière-Lépuaux, Mémoires. II, p
riche et malheureuse Ttalie. » Barras naturellement fait écho à cette accusation. Unjour qu'il demandait au général comment se faisait la distribution des contributions de guerre. Napoléon se mit à rire, ajoute-t-il, et ne répondit point, indiquant, par son silence, que cette distribution était faite suivant son bon plaisir, et qu'il ne s'était pas oublié. A qui croire, lorsque Napoléon, à Sainte-Hélène, affirme, ([uen revenant d'Italie, il avait tout juste trois cent mille francs, et qu'il avait envoyé cinquante millions au Directoire?
Ce fut à Milan, et ensuite au château de Mombello, après ses grandes victoires d'Italie, après Lodi, après Arcole, qu'il entrevit la grande existence qui lui était promise, bpoque la plus belle et la plus pure de sa vie, époque la plus glorieuse, où il pouvait se dire, sans remords : « J'ai gagné la partie », réponse à Cobentzel, au moment de Gampo- Formio. Il l'a gagnée, en effet; il est roi, dans ce château, avant Leoben, comme pas un prince ne le fut jamais. Il a près de lui la femme qu'il a tant désirée et qu'il adore. Les ministres des puissances vaincues sollicitent ses audiences, et ainsi que ses généraux se tiennent respectueusement découverts en sa présence. Le château est vaste, superbe, orné de magnifiques jardins sur lesquels se répandent les eftluves embaumés des lacs voisins, le lac Majeur, le lac de Come. Les grandes dames de l'Italie se font présenter à Joséphine qui les accueille de son beau sourire, de sa grâce charmeuse', de sa voix enchanteresse, fixant, immobilisant les gens de son
I. Elle avait de la grâce même en se couchant. di;;aient ses femmes de chambre.
enloiirago pour l'entendre. Les cours, les antichambres, sont pleines de grands personnages qui viennent saluer le vainqueur des plus fameux généraux; de l'Autriche. Des courriers arrivent, des courriers partent. Des fonctionnaires, et les plus élevés de l'Italie, appelés par le vainqueur, attendent dans les salons qu'il leur adresse la parole. « Tout réalisait, d'après Walter Scott, — l'historien anglais de Napoléon, — le tableau d'une cour splendide ; et l'ensemble de toutes ces choses fut, enelîét, appelé par les Italiens, « la Cour do Momhello ». Le soir, Joséphine organisait une partie de vingt et un ; Bonaparte avec Arnault, un visiteur de France, s'amusait (( au jeu de l'oie», tandis que les invités, par les fenêtres ouvertes sur les lacs, allaient contempler le jeu phosphorescent des mouches qui tourbillonnaient dans la nuit^.
Les jeux cessant, tout le monde faisait silence aux conversations du général avec les savants, avec les artistes, avec Monge, avec Berthollet, sur les grandes questions artistiques et scientifiques qui