De Rémusat, Mémoires, t. I, p
2. Et c'était lui qui disait : « La nature m'a fait sans ambition. Accepter la grandeur est une grande vertu en moi. »
à roreille. Le mariage se fait. M"'' Julie a une sœur, M'" Désirée, avec la même dot. Napoléon qui n'a ni sou ni maille, et qui, à Paris, avec son jeune frère Louis, est souvent à court d'argent, voudrait liien l'épouser. On fait la demande. Le tuteur répond, car elles ont perdu leur père : « C'est bien assez d'un Corse dans la famille. » Ce qui n'est pas un compliment pour Joseph. En mariant M"" Julie, les Clary devaient connaître la pauvreté du fiancé. Cette réponse laisse donc percer une désillusion sur le caractère du jeune mari. On ne veut point d'un autre Corse, parce que le premier, sans doute, a froissé les sentiments de sa nouvelle famille. L'a-t-on jugé fourbe, malgré ses dehors onctueux et ses manières très douces; ou bien aurait-il déjà fait ime offense à la fidélité conjugale, car il est passionné, très amoureux des femmes, comme tous les Bonaparte, et il aime à changer d'alcove? La réplique fut péremptoire. Le Corse ne les avait point séduits. Et ce fut Bernadotte qui l'emporta.
Julie Clary est laide, « couperosée et hideuse, » écrit Barras. Exagération, dénigrement gratuit. L'estampe anglaise que possède la Bibliothèque nationale la représente avec une physionomie avenante, empreinte d'une grande bonté, avec un front large, des yeux très ouverts au-dessus d'un nez épais, avec une petite bouche aux lèvres peu sensuelles. Portrait dune bourgeoise sans caractère, disposée à subir Tautorité de son mari, retranchée en sa condition, et qui veut passer dans la vie sans jamais faire parler d'elle. Et, en elVet, Joseph étant à Naples sur le trône des Bourbons, raconte M"' de Genlis, Julie Clary se livrait toute à sa dévotion à Paris, entendait la messe, chaque jour, à Saint-
Sulpice, et, avant de sortir, déposait au tronc des pauvres une pièce d'or de quarante francs'. Toutefois M""" de Genlis est aussi suspecte, en ses récits, que Barras. Elle avait accepté, de la police de Napoléon, une pension de six mille francs. Il fallait bien qu'elle rendît cette monnaie. Alors elle exagère ses louanges, et elle compare la petite Julie Clary, reine de Naples, à la dernière princesse de Conti, dont elle avait, dit-elle, « tout le maintien et toute la représentation ». C'est possible. Mais laquelle des deux est honorée de ce rapprochement? Avant et pendant le Consulat, il est difficile de trouver, en la vie de Joseph, un acte qui ne soit pas une manifestation d'hostilité contre son frère. En 1799, lorsqu'il publie Moïna^ un récit dont ses amis exaltent la douceur des sentiments et le charme du style, on s'aperçoit bien vite que le fond en est dirigé contre l'esprit militaire-. De cet esprit, il est le censeur impitoyable, car il a l'instinct d'un bourgeois; il faut ajouter d'un bourgeois-gentilhomme, c'est-à-dire un peu grotesque, sans grandeur, sans générosité. La vanité en lui domine. Il veut paraître. Il enfle son importance, comme le « Jourdain » de Molière. Il achète un hôtel rue du Rocher, bientôt la terre magnifique de Mortefontaine. Peu de temps après, ce n'est pas suffisant, et il s'installe dans l'hôtel construit jadis par Bloin, — le valet de chambre de Louis XIV, — dont l'entrée splendide ouvre sur le faubourg Saint-Honoré, et dont les jardins, par derrière, s'étcmdenl jusqu'aux Champs-Elysées. Il y tenait. Par héritage, l'hôtel