M""' de Genlis, Mémoires, t. V, p
2. On trouvait, en ce court roman, des phrases comme celle-ci : « Indépendamment des événements externes, le bonheur gît au sein des affections domestiques. » Il aimait la poésie, il cultivait les lettres, il composait même des vers que ses amis les plus intimes seuls connaissaient-
était tombé dans le patrimoine du marquis de Marbœiif, l'ancien gonverneur do la Corse, le type, pour les lionaparte, du grand seigneur richissime. Et c'était lui maintenant, lui Joseph Bonaparte, le lils du petit gentilhomme d'Ajaccio, de celui qui jadis, sur les grands chemins de France, courait à la poursuite de faveurs pour ses enfants, c'était lui, Joseph, l'obscur bureaucrate de Marseille, que l'on voyait installé à la place du grand marquis. Que de jouissances intimes pour cet esprit vaniteux! Il lui semblait être le marquis lui-même !
Arrivé à cette situation magnifique, pendant que le général bataille en Egypte, il est tout-puissant sur son entourage. Lucien, le seul qui, par son âge, pourrait lui être contraire, a plus que tout autre encore le respect de la suprématie de l'aîné chez les Corses. Il suit donc les avis de Joseph, et tous les deux s'associent pour fonder « le parti des Bonaparte », et pour molester la vie de Joséphine, leur belle-sœur frivole. De ceux-ci, en effet, elle n'obtient que très difficilement quelques bribes de la pension promise par son mari. Un parti pris de leur part, sans doute, afin de la pousser au vice, de le lui reprocher ensuite, pour que le général se sépare d'elle, à tout jamais.
Désormais on comptera avec les Fionaparte, Et les salons de Joseph se remplissent, les soirs de réception, des hommes influents aux Cinq-Cents et au Conseil des Anciens, des poètes, des écrivains célèbres, dont les romans sont lus, dont les drames ou tragédies sont joués sur les théâtres à la mode. Quand ce n'est pas à Paris, c'est à Mortefontaine que toute cette société distinguée se retrouve. Joseph se complaît en cette terre de prédilection, et il y passe le meilleur temps de son existence, puisque.
(laprès M""" de Staël, il se promenait, en ses jardins, huit heures durant, sans se lasser. Il n'était point hal)itué à vivre de cette vie de loisir et de far nie?ite, et il s'en donnait jusqu'à satiété, comme tous ceux qui deviennent riches en un jour. Quels qu'eussent été les moyens qui lui avaient servi à s'enrichii-, Joseph étalait, sans scrupules, cette existence fastueuse. Il agrandit ses domaines déjà très vastes; il emhellit son château. Mortefontaine devient une terre dune beauté renommée, où il reçoit les ambassadeurs, où il donne des dîners de plus de cent couverts. Le traité conclu avec les Etats-Unis y fut signé, et les fêtes célébrées en cet honneur se distinguèrent par une munificence princière.
Quand on trouve, dans les mémoires de cette époque, les souvenirs qu'ont laissés les fêtes de Joseph chez ceux qui y assistèrent, ce n'est, chez tous, que la même louange, la même admiration. Les hôtes du château recevaient avec grâce, avec affabilité. Us savaient mettre à l'aise leurs invités. On avait, chez eux, sa liberté tout entière, et la diversité des récréations dispersait les heures, légères et attrayantes. Promenades sur les lacs dans le jour; le soir, lectures, charades en action, jeux de billard, récits d'histoires émouvantes, de revenants apparus avec des bruits sinistres. Les lumières étaient éteintes, et le narrateur s'efi'orçait de susciter l'épouvante en ses auditeurs. Napoléon adorait ces récits macabres et les avait mis à la mode'.
De Mortefontaine, Joseph allait souvent diner à la Malmaison, chez le Premier Consul. Menneval,