‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 25 sur 144 · D'Abraiil^s, Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

D'Abraiil^s, Mémoires, t. II, p

alors secrétaire de Joseph', nous dit que la table réunissait, ce jour-là, et sans étiquette, les frères, les sœurs de Napoléon, ses aides de camp, tous ceux qui venaient de Paris en visite. Après le dîner et une causerie très courte, Joseph rentrait à son château. Il y avait un échange de cordialités entre les deux frères, qui se séparaient gaiement.

Joseph, pourtant, n'abandonnait pas ses machinations persistantes contre la politique de Napoléon. Celui-ci paraissait ne point s'en apercevoir, tenant toujours en considération son frère aîné qu'il évitait de contrister. Il lui avait cédé, au sujet de Fouché, que personne ne soutenait et n'aimait parmi les Bonaparte, tous jaloux de sa condescendance envers Joséphine de Beauharnais ; et ce ministre, à qui fut enlevée la police, prit place au Sénat. Une autre fois, à l'égard du projet de vente de la Louisiane aux Américains, Joseph intervint. L'entrevue qui eut lieu, en présence de Lucien, fut très orageuse. Joseph, secondé par son jeune frère, de retour d'Espagne, rapportant du roi Charles IV la cession de cette colonie, tâchait de détourner le Premier Consul de cette aliénation de territoire. Napoléon était en son bain, qu'il avait coutume de prolonger. Les trois frères, d'abord calmes, bientôt froissés par leurs paroles véhémentes, s'agitaient démesurément. Napoléon, intraitable sur ses résolutions, se trémoussait en sa baignoire. Joseph menaçait, lorsque le premier Consul, trop irrité, se leva violemment hors de l'eau et, tout à coup, se laissa retomber, éclaboussant son frère aîné qui fut inondé. Lucien, avec une raillerie féroce, fit entendre

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