‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 31 sur 144 · liuurrieuiH', ifvnion-es, t. V. |i · texte numérisé non relu

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colère monta j usqu'à l'exaspération. Aussitôt, riposte de Lucien: « Tu te fâches, s'écria-l-il,donctu as tort. — Je vais vous faire arrêter, » répond le terrible frère. Et Lucien, aussi exaspéré que son adversaire, lance sur la table son portefeuille empli de ses papiers, son portefeuille de ministre, et sort brusquement, donnant sa démission.

Le caractère absolu de ces deux frères était inconciliable. Lucien se croyait l'égal du général, doué comme lui du prestige devant lequel s'inclinent les hommes. La rupture entre eux était donc inévitable, puisque ni l'un ni l'autre ne pouvaient céder. En vain Joseph tenta de les remettre en paix. Ce fut peine inutile. Lucien accepta l'ambassade d'Espagne, où Napoléon l'envoya, autant pour être séparé de lui que pour lui fournir l'occasion de faire sa fortune, — une énorme fortune. Avant la séparation définitive, il y eut un soir, aux Tuileries, une réunion suprême, dont Stanislas de Girard in a parlé longuement. Les personnes présentes aux Tuileries stationnaient silencieuses dans le salon où Joséphine se tenait près de la cheminée avec Hortense, sa fille. Dans la pièce voisine s'élevaient les voix des deux frères, tantôt basses, tantôt aiguës. Joséphine semblait abîmée dans une préoccupation douloureuse. Mais Stanislas de Girardin nous dit que, sous cette apparence de tristesse et d'inquiétude, dominait une joie intense chez les deux femmes, en pensant que Lucien allait quitter la France ; Lucien qu'elles abhorraient. M'"' Bacciochi, présente également, voulait pleurer ; Stanislas de Girardin lui conseilla de retenir ses larmes, « qui feraient trop de plaisir à certaines personnes ». Enfin les portes furent ouvertes. Lucien sortit le premier. 11 se contenait, voulant paraître tran-

quille et quitte de toute émotion. Napoléon, au contraire, avait la figure bouleversée, les cheveux en désordre, (^hoz lui, la peine se manifestait intense. M""' Bacciochi et Lucien partirent, et, malgré tous ses efforts, M""" Bacciochi fondit en pleurs. Alors, ajoute le narrateur, « M™' Bonaparte, qui ne la perdait pas de vue, quitte son fauteuil, s'approche d'elle pour la reconduire. Elle affecte un air triste, lui serre la main, l'embrasse et palpite de joie, en découvrant sur ses joues la trace de ses pleurs et en voyant ses paupières encore humides^. »

Il faut ajouter que la publication dune brochure : Parallèle entre César, Cromwell et Napoléon, avait tendu leurs rapports jusqu'à l'aigreur. Composée, dit-on, par Fontanes, conseillée par Lucien et connue de Napoléon, elle avait été répandue dans les départements pour disposer l'opinion à l'hérédité du pouvoir que tous les Bonaparte désiraient-. Napoléon n'en aurait pris aucun ombrage, si Fouché ne l'eut averti du mauvais effet produit sur les

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