‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 32 sur 144 · Stanislas de (iiTàvdm, Mémoires, t. I, p · texte numérisé non relu

Stanislas de (iiTàvdm, Mémoires, t. I, p

2. Cette brochure semble avoir été écrite pour deux paragraphes. Voici le premier ;

« II (Bona])arte) promet, sans doute, à la France, un nouveau siècle de grandeur. Toutes les espérances s'attachent à sa gloire et à sa vie. Heureuse république, s'il était immortel. Mais le sort d'un grand homme est sujet à plus (le hasards que celui des hommes vulgaires. O nouvelles discordes, ô nouvelles calamités renaissantes ! Si, tout à coup, Bonaparte manquait à la patrie, où sont ses héritiers; où sont les institutions qui peuvent néanmoins maintenir ses exemples et perpétuer son génie. Le sort de trente millions d'hommes ne tient qu'à la vie d'un seul homme. Français, quedeviendriez-vous si, à l'instant, un cri funèbre vous annonçait que cet homme a vécu ? »

Voici le second paragraphe que suit une violente attaque contre la dictature des Parlements :

" Si la tyrannie des assemblées vous épouvante, quel sera votre refuge, si ce n'est la puissance militaire ? Où est-il le successeur de Périclès ? Où est-il le héros que la confiance unanime du peuple et de l'armée portera tranquillement au Consulat et qui saura s'y maintenir'? Vous seriez bientôt sous le joug de quelques chefs militaires qui se détrôneraient sans cesse et que leur faiblesse rendrait cruels. Les Néron, les Caligula, les Claude, remplaçaient à Rome le plus grand des mortels lâchement assassiné : »

républicains, que l'on ménageait encore. El Tardeur de Joseph, aussi bien que de Lucien, à poursuivre pour eux-mêmes celte faveur de Ihérédilé, mit en défiance le général et lui fit connaître de quelles menées ténébreuses il était entouré. Le mieux était donc de se séparer de Lucien, celui de ses frères qu'il redoutait le plus.

Lucien, en son voyage, voulut être accompagné de ses amis qu'il enleva au ministère. Ce furent Félix Desportes, Sapey, Arnauil ; ensuile deux peintres, pour les acquisitions de lableaux qu'il se promettait de faire en Espagne. Afin de ménager son amour-propre et de donner le change au public sur sa disgrâce, il fit diriger sa voiture personnelle sur les routes du Nord, tandis que ses amis et ses dom.estiques prenaient la direclion du Midi, l^ir un grand détour, il les rejoignit, et les journaux du temps annoncèrent bientôt son passage à Bordeaux, ainsi que de sa suite qui comprenait Bacciochi.

A Madrid, il alfecte immédiatement les allures d'un gentilhomme de race, les mœurs du grand seigneur. Sa maison est montée comme celle d'un prince, et le grand air qu'il se donne en impose à la famille royale; il le dit. Il aborde désormais le roi, la reine, sans demander audience. Il discute avec eux, sans témoins, les graves questions de politique pour lesquelles il est envoyé. Le prince de la Paix, le favori de la reine, est devenu son ami. Parlant de soi, il n'a qu'éloges sur ses actes. Il devait retourner la cour de Madrid, au profit de la France contre les Anglais; s'assurer la coopération des flottes de l'Espagne pour le ravitaillement de l'Egypte; préj)arer l'invasion du Portugal, si cet

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Imitât -ne voulait secouer le joug de l'Angleterre ; négocier la cession de la Louisiane, en échange d'un petit royaume destiné à l'héritier de Parme, ('poux de rinfante; enfin et aussi, par l'alliance des deux; pays, chasser l'Angleterre de la Méditerranée, qui deviendrait alors une mer latine, ce beau rêve du (I (Comité de Salut Public ^>. 11 neht, cependant, que <hMui-besogne.

Lucien a réussi à Madrid. Mais le Portugal a détourni'' la tempête menaçante, l'invasion projetée, en olfrant à l'ambassadeur des millions. M'"" de Rémusat, en ses Mémoires, parle de sommes si fabuleuses qu'il est difficile de la croire.

I^]t puis la vie privée de Lucien, à Madrid, n'était pas moins scandaleuse qu'à Paris. Il avait enlevé la jolie femme d'un limonadier. Le mari jaloux ameuta le public contre le ravisseur. Des plaintes, dit Bourrienne, arrivèrent jusqu'à Paris, jusqu'à Napoléon. D'ailleurs, le traité signé avec l'Espagne n'avait satisfait personne, pas plus l'Espagne que le premier Consul, qui refusa d'en ratifier les clauses. Les lettres expédiées de Paris à Lucien furent donc amères et reprochantes. Lucien se révolta. Il n'admit pas qu'il eût pu faire mieux et qu'il se fût trompé. Tout de suite, il veut quitter Madrid. Il demande ses lettres de rappel; elles se font attendre. Et, craignant qu'on ne l'cmpechât de partir, redoutant la colère de son frère, il prit un nom supposé, et s'enfuit de Madrid subrepticement, pour Paris.

Sa fortune était faite. Il sera le plus riche des Bonaparte. Il a reçu du roi trente tableaux des maîtres les plus célèbres, et un portrait en pied dont le cadre enveloppé de papier de soie est couvert de diamants d'une valeur énorme : cinq millions

dit Lucien ; cinquante millions, disent ceux qui parlent de la fortune rapportée d'Espagne. Ses ennemis, — il en avait beaucoup, — ne manquent point de dire, malgré tout, qu'il a échoué à l'étranger, parce qu'il n'a pas les qualités nécessaires à un ambassadeur; que sa contenance est trop raide. son caractère trop violent, trop brutal, trop absolu, dépourvu des grâces françaises, toutes d'aménité, de souplesse, de câlineries et de bienveillance, qui étaient nécessaires dans une cour galante comme celle de Madrid. Ce n'est pas l'opinion de Lucien, très satisfait de lui-même. On le serait à moins, puisqu'il revenait riche, très riche, en possession de chefs-d'œuvre rares.

Le Premier Consul, le sachant de retour, le mande aux Tuileries. Leur entretien dura trois heures: « Plus de fonctions, disait Lucien. Je veux rester à Paris, vivre en citoyen indépendant, conserver ma liberté. Je ne servirai le Gouvernement que si vous voulez bien me confier un poste destiné à consolider votre pouvoir. Donnez-moi. enlin, à vos réceptions et dans les fêtes publiques, le rang que ma naissance exige. Il me faut partout une place marquée, afin de n'être plus confondu avec vos aides de camp, ni avec les ambassadeurs. Je suis le frère du Premier Consul et j'ai droit à quelques égards. Votre femme me demandait pourquoi je n'acceptais pas à dîner à sa table. Je vous en donne la raison'. Ensuite, plus de taquineries; respectez-moi. Plus de: « Citoyen Lucien, qu'avez-vous fait; quefaites-

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