Aiibenas, Vie de Joséphine, t. II, p
« Ily eut ensuite M"" Eglé et Adèle Auguié, nièces de M™» Campan, l'une devenue maréchale Ney, l'autre ^l"" de Broc ; M"' Goclielet, devenue la lectrice et restée l'amie intime de la reine Hortense ; M"" Anna I^eclerc, scBur du général, beau-frèrc! de Bonaparte, qui épousa le général Davout ;
passaient Tune et l'autre pour les meilleures. M""* Campan avait intérêt à grandir la personnalité d'Hortense, à se ménager sa bienveillance. Ce fut par elle, en effet, qu'elle eut les sœurs du Premier Consul à élever : Pauline, après son mariage avec le général Leclerc, parce qu'elle s'était mariée fort ignorante, et la petite Caroline, la dernière des sœurs de Napoléon. Les lettres de la vieille dame à son ancienne élève sont curieuses et contiennent des traits de mœurs qu'il ne faut point laisser perdre. L'une aux Tuileries : « Ne vous montrez jamais aux fenêtres. Faites mettre des rideaux de mousseline aux vitres pour l'hiver, et des canevas pour l'été. Les plus impudents muscadins viendront se promener sous vos fenêtres, après vous avoir vue
Zoé Talon, qui fut M'"' rlu Cayla : Athénaïs de KochLMUont, mariée au général d'Arlincourt ; de Géré, devenue M""" Nicolaï ; Léontine de Xoailles. fille du duc de Mouchy, qui épousa son parent Alfred de Noailles ; Sophie Marbois, depuis duchesse de Plaisance: Anna Leblond, mariée au frère du général Uuphot; M""'' Clarke, de Ijally-Tollendal, Félicité de Faudoas, duchesse de Rovigo; Hervas, femme de Duroc ; les filles du comte de Valence, nièces de M""" de Genlis et devenues, l'une M°"= de Celles, et l'autre, la maréchale Gérard; M"' Isabey, la fille du peintre. M"" Victorine Victor, Nancy Mac-Donald; Eugénie Hulot, devenue la générale Moreau; enfin, M"" Élisa Munroé, fille de celui qui devait être président de la République des Etats-Unis. »
Id., t. I, p. 260.11 faut dire ici la manière dont M""" Campan raconte elle-même la fondation de son pensionnat de Saint-Germain. « Un mois, dit-elle, après la chute de Robespierre, n'ayant plus rien au monde qu'un assignat de cinq cents livres, elle pensa qu'il fallait vivre et faire vivre une mère âgée de soixante-dix ans, son mari malade, son fils encore enfant et une partie de sa famille qui n'avait qu'elle pour toute ressource. Dès sa jeunesse, elle s'était senti la vocation de l'éducation. A Coubertin, entourée de ses nièces, les filles de M"* Auguié et de son autre sœur, M"' Pannelier, elle se plaisait, pendant que la Terreur s'épuisait à Paris, à surveiller et à diriger leurs études. La nécessité lui indiqua naturellement cette profession. Pour établir son pensionnat, elle choisit Saint-Germain, paisible, bien exposé avec son grand air et sa belle forêt. Elle s'associa une religieuse de l'Enfant-Jésus, arborant ainsi des principes depuis longtemps oubliés et persécutés. Celle-ci était uniquement chargée de l'enseignement de la religion. M"' Campan se réserva toutes les autres parties de l'éducation. N'ayant pas les moyens de faire imprimer son jirospectus, elle en fit cent copies à la main, et les envoya aux personnes de sa connaissance qui avaient des filles à élever. Au début, elle n'avait que trois élèves. Au bout d'un an, elle en eut soixante : bientôt après, cent. >■
à quelques bals. » Une autre fois, elle lui dicte la distribution de ses heures : « Vivant à Paris, dans le tourbillon du monde, on ne peut disposer que de sa matinée. Mais tâchez d'obtenir qu'elle soit à vous. Levez-vous à neuf heures les jours ordinaires, et à onze heures les jours oii l'on a dansé. Pour cela, il faudrait être couchée à minuit, et à deux heures les jours de bal. » Ailleurs, une autre recommandation qui marque bien le laisser-aller des mœurs de ce temps-là : « Embrassez bien tendrement ma chère Caroline ^ ; dites-lui bien que je lui demande en grâce de ne point donner des signes extérieurs de tendresse à son cher mari, quand elle est au spectacle avec lui. On doit un grand respect au public assemblé. » Mais Hortense, en bonne créole, ne répondait guère à ces lettres circonstanciées. M™" Campan se plaignait donc de ce silence : « Ne prenez pas cette mauvaise habitude des femmes du jour. Elles ne savent écrire que lorsqu'elles ont quelques parties de plaisir à arranger. » Aujourd'hui, ce n'est que pour leur toilette.
Aux yeux perspicaces de Napoléon, cette douleur muette d'Hortense ne passait point inaperçue et, connaissant Louis, les suites de ce mariage ne le surprirent pas. Il en demeura tout contrit. Lorsqu'il apercevait à la Malmaison la physionomie désolée de son innocente victime, il était saisi pour elle d'une immense pitié. Quoi faire pour corriger ce destin? Et il est pour sa belle-fille d'une amabilité sans bornes. Il s'empresse de lui olfrir, de lui donner ce qui peut lui plaire. Le petit hôtel de la rue
1. C'était de Caroline Bonaparte qu'elle parlait. Elle venait d'épouser le général Mural.
Cliantereine est de modeste apparence, enfermé en do sombres murailles, point assez gai. Il achète pour le jeune ménage l'hôtel Dervieiix-, qui appartient au mari de M"" Lange, M. Simon, un Belge. Hortense le trouvera agréable. Il y a, tout autour, un jardin étendu et de beaux ombrages. Quand elle ne sera pas à la Malmaison, elle y aura ses aises, plus qu'ailleurs.
Cependant la grossesse d'Hortense se développe. Louis est toujours absent. Le bruit se répand que la jeune femme est accouchée. 11 faut démontrer le contraire. A un bal, à la Malmaison, Napoléon insiste pour que, malgré sa grossesse, elle participe à la danse. Elle résiste ; mais il revient, afin qu'il soit constaté par tout le monde que les bruits calomnieux contre elle n'ont point de fondement; que sa grossesse est récente. Et pour que celte démonstration saflirme davantage, Napoléon fait insérer une note dans le Journal des Débats où l'on parle de l'état intéressant de M"'" Louis Bonaparte que