‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 44 sur 144 · D'Abrantès. Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

D'Abrantès. Mémoires, t. III, p

2, Antomarchi. t. I. p. 415.

de chacun étaient soigneusement reconnus par Napoléon, devant l'assistance, les sœurs du nouvel empereur étaient exaspérées d'entendre qualitier de « princesse » la femme de Louis, Hortensc de Beauharnais. Une Beauharnais, princesse!... Et elles, femmes du sénateur Bacciochi ou du maréchal Murât, ne recevaient aucun titre, ni aucune place de faveur! Caroline, la plus jeune, eut la plus intense attaque de nerfs; Elisa demeura plus méprisante, plus lière que jamais, cassante et inabordahle. M'"' de Bémusat, qui raconte l'anecdote, insinue que la comédie atteignit le sommet du ridicule, si bien que Napoléon ne put s'empêcher de penser tout haut : « En vérité. Mesdames, on dirait que je vous ai frustrées de la succession du feu roi, notre père^ »

1. Paris. Siiint-Cloiid et hs dépai'/cments (publié sous la Restauration), p. 395 :

« La princesse Elisa, quel que fût son désirde se faire aimer des peuples qu'elle gouvernait, n'avait pu y ])arvenir. Vainement, elle rassemblait au Conservatoire de Lucques les (illes des principaux Toscans, leur faisait donner une éducation philosophique et les mariait au hasard avec les jeunes gens employés dans l'Etrurie. Vainement encore cherchait-elle à prendre un air populaire, un ton de bonté ; elle ne parvenait point à son but. Le désordre de sa conduite privée, le faste insolent de sa cour, la dissolution dont elle était environnée, l'impiété qu'elle affichait, quoique son frère lui eût recommandé d'affecter une vie religieuse pour mieux en imposer, tout se réunissait pour mieux éloigner d'elle le cœur de ceux qu'elle disait ses sujets. Tantôt on apprenait que deux valets de pied, grands et robustes Allemands, se relayaient pour porter sur leurs épaules Son Altesse dans ses courses, aux environs de Florence; qu'ensuite... On citait un magistrat supérieur, renvoyé de la Toscane par ordre de Naiioléon, comme donnant de justes motifs de jalousie ;'i son auguste beau-frère, Félix Bacciochi. La princesse ne traversait la place immense de Livourne, pour se rendre de son palais à la cathédrale, qu'en foulant un superbe tapis de velours rouge, brodé d'or, imitant ainsi le faste asiatique: entourée d'une foule de chambellans qui, par la magnificence de leur costume, croyaient couvrir la bassesse de leur fonction ; de dames distinguées par leur naissance et leur fortune qu'elle assujettissait aux plus vils emplois, de pages, d'écuyers, d'officiers de tous grades ; enfin, avec une pompe qui contrastait singulièrement avec sa vie passée, et qui inspirait la pitié, alors qu'on venait à comparer la fille de l'obscur bourgeois d'Ajaccio au grand l.éopold, si simple et si aimé. »

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