‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 45 sur 144 · PAULINE BONAPARTE · texte numérisé non relu

PAULINE BONAPARTE

Sommaire. — Son enfance. — Son caractère étourdi et ses amours avec Fréron. — Napoléon la mande en Italie et lui fait épouser le général Leclerc. — Sa coquetterie ; sa passion pour la toilette.

— Leclerc est envoyé à Saint-Domingue, afin de soumettre les noirs révoltés contre la France. — Vie de Pauline à Saint- Domingue : toujours futile, toujours étourdie. — Mort de Leclerc.

— Retour de Pauline en France, avec son fils Dermide et les dépouilles mortelles de son mari. — Funérailles magnifiques faites au beau-frère du Premier Consul. — Pauline, veuve, s'ennuie. — Elle achète l'hôtel du duc de Charost. — Son mariage avecle prince Camille Borghèse. — Ses toilettes dp noces. — Elle part pour Rome avec son mari. — Sa visite au pape Pie VIL — Pauline ne peut se passer de Paris. — Elle y veut revenir. — Napoléon s'y oppose. — Cependant le jeune Dermide étant mort, le Premier Consul consent à la recevoir à Paris.

Pauline souleva plus de critiques sur ses mœurs, et néanmoins, à cause de sa beauté, réunit plus d'admirateurs bienveillants. Sa beauté fut son excuse. Ses contemporains ne lui marchandent point les éloges; et Canova, qui a fait d'elle sa statue en marbre, a laissé un chef-d'œuvre.

Enfant, elle gaminait, voltigeait, folâtrait, attirant autour d'elle le rire et les baisers. Elle n'avait aucune peine, aucun souci, prenait le temps comme il venait, s'abandonnant à tous ses instincts, aux mauvais comme aux bons, ne sachant point résister à un désir, ni obéir à aucun ordre. FA\e ne fit jamais que ce qui lui plut, même à Tencontre de Napoléon, à qui elle ne cédait que par sympathie, par vanité, tenant à ce qu'on sût quelle n'était point impunément la sœur du Premier Consul, et qu'elle aussi pouvait être héroïque. Avant de résider à Marseille, en venant de Corse, sa mère avait habité, à Antibes, une maison près de laquelle

s'étendaient de nombreux vergers; et Pauline, plus d'une fois, s'était échappée jusqu'aux vergers voisins, pour y dérober des fruits. La misère de cette famille étant extrême, les jeunes filles allaient au marché faire les provisions du ménage, et sur leur chemin elles rencontraient beaucoup d'amoureux guettant une œillade ou une promesse; ce qui, sans doute, a fait dire à Barras que les filles de M°' Laetitia avaient mis aux enchères leurs charmes naissants. Barras a trouvé des échos chez les pamphlétaires de la Restauration. Aucun n'apporte la preuve de ses assertions. 11 est certain, toutefois, que Pauline, plus jolie qu'Elisa, fut aimée d'an fabricant de savons, Billon, homme riche qui l'aurait épousée si sa mère eût consenti au mariage. Sa mère ne consentit pas. Pauline accepta cette décision. Il en fut autrement au sujet de Fréron, commissaire envoyé par le Directoire à Marseille, qui, s'étant épris d'elle, sut faire éclore l'amour de la belle jeune fille. Les lettres des deux amoureux sont significatives. Fréron, quoique père de trois enfants, avec une danseuse de l'Opéra, auraitaccompli toutes les folies afin d'obtenir Pauline en mariage, car Pauline lui jurait un amour éternel, en termes les plus tendres. Le général Bonaparte s'opposa au mariage, et Pauline fit le sacrifice de son amour, sur l'ordre de son frère.

Tout le monde comprit bientôt qu'il fallait la marier. L'abbé Fesch la conduisit en Italie, à Mombello, où Napoléon lui avait réservé, pour mari, le général Leclerc. Celui-ci en était amoureux, comme tous ceux qui l'avaient vue plusieurs fois et avaient pu causer avec elle. Ce mariage fut donc très vite conclu, et aussitôt célébré. Napoléon estimait le général Leclerc, et, à Sainte-Hélène, il a dicté sur

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lui un jugement qui le rendra immortel. 11 le vante comme un officier de grand mérite, et, en outre, comme un administrateur trcs distinguo, un homme de cabinet, les deux qualités qu'il s'attribuait à lui-même.

Leclerc s'était toujours efforcé de copier son illustre beau-frère. Détaille et de corpulence presque semblables à celles du général Bonaparte; défigure maigre et anguleuse, comme lui, à cette époque, il tâchait d'accentuer cette ressemblance, en s'habillant de la même façon, portant le même petit chapeau, la môme redingote grise, marchant les mains derrièrele dos, simulant les poses et les gestes de son modèle, poursuivant jusqu'à l'expression de la physionomie, jusqu'à la fixité du regard, jusqu'au sourire et au mouvement des lèvres du grand homme. Le général Thiébault, à ces remarques, ajoute que le regard de Napoléon ne se pouvait imiter, étant d'une acuité si terrible qu'il blessa, jusqu'à en mourir, ceux qui le provoquèrent^. Leclerc n'eut jamais ni cette! puissance de vision, ni ce jet fluide de volonté. Quant à l'écriture, il aurait bien voulu l'imiter aussi; mais l'écriture, c'est l'homme, dit Thiébault, et quel homme, en ce siècle, fut semblable à Napoléon ? Est-ce pour cette quasi-ressemblance que Pauline, dont le coeurétaità peinedélivré de l'amour de Fréron, accueillit, si délibérément, ce nouvel adorateur? Elle consentit atout, même à entrer au pensionnat deM"^ Campan, afin d'y achever son instruction, pendant que son mari commandait les armées que lui avait confiées le Premier Consul.

Lorsqu'elle sortit du pensionnat et fut présentée

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