‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 48 sur 144 · D'Abrantès. Mémoires, t. IV, p · texte numérisé non relu

D'Abrantès. Mémoires, t. IV, p

sauvages... « Junot sera commandant de la ville capitale. Comment l'appelle-t-on ? Je dirai à Leclerc que je veux qu'il donne une fête tous les jours. Et puis nous emmènerons M"" Permon. » — « Et, tout en parlant ainsi, elle me pinçait le nez, me tirait les oreilles, parce qu'elle voulait singer son frère et qu'elle trouvait que ces manières avaient une façon dégagée, ayant un air royal. Et puis, une autre fois, elle me donnait une assez forte tape sur le ventre. »

A Saint-Domingue, sa vie fut bien celle que son caractère annonçait. Tandis que les soldats luttaient héroïquement contre les nègres révoltés, et s'etTorçaient de rétablir, parmi les noirs, la souveraineté de la France, Pauline ne pensait qu'aux plaisirs, à ses expéditions de confitures et de fruits à sa famille. Soudain éclata le terrible fléau des blancs dans les pays chauds, la fièvre jaune, qui anéantit l'armée française. Leclerc voulut que sa femme partît. Elle s'y refusa, se montra courageuse, brave contre la maladie. « Je resterai, dit-elle. Ne suis-je pas la sœur du général Bonaparte? Que d'autres s'en aillent ! moi, je ne crains rien. » Et finalement elle demeura, ne changea point sa vie, persévéra dans ses envois de confitures et l'organisation de ses fêtes, tandis que les soldats encombrant les hôpitaux mouraient par centaines. Le général Leclerc, à la fin, s'alita, et peu de jours après mourut. C'était le 2 novembre 1802.

Cette mort excita chez Pauline une douleur bruyante. Elle parut accablée, sacrifia sa belle chevelure qu'elle voulut placer sur la figure de son mari, dont le corps, embaumé à la manière égyptienne et entouré de bandelettes, fut placé en un cercueil

magnifique. Le cœur du général fut mis à part, en une boîte de plomb, et déposé ensuite en une urne d'or avec cette inscription :

Paulctte Bonaparte, mariée au général Lecierc, le 20 prairial an V, a enfermé dans cette urne, son amour, auprès du cœur de son époux, dont elle avait partagé les dangers et la gloire. Son fils ne recueillera pas ce cher et triste héritage de son jjère, sans recueillir celui de ses vertus.

On a parlé de la vie dissolue de Pauline à Saint- Domingue, de ses amours avec un général des noirs, Christophe, qu'elle fatiguait sur des lits de roses. Qu'en sait-on ? Elle revint, très faible, à la vérité, se tenant à peine debout, se faisant presque toujours porter pour un déplacement. Elle était malade ; mais cette maladie n'est point celle que Ion suppose, une suite plutôt de sa maternité mal soignée, et de ses imprudences de coquette.

Le vaisseau le Swift sure ramena en France Pauline et le cercueil. La traversée fut longue et pénible pour la jeune veuve qui, dominée par son chagrin, ne pensait point alors à de nouvelles amourettes avec le général Humbert, passager, dit-on, sur le même vaisseau. Lorsque le Swiftsure fut en rade de Toulon, Pauline trouva Lauriston, aide de camp du Premier Consul, qui l'y attendait. Napoléon avait résolu de rendre de grands honneurs aux restes de son beau-frère. Le cercueil fut conduit, de ville en ville, pompeusement. Les troupes l'accompagnèrent d'étape en étape. Mais les cérémonies officielles n'eurent point d'écho dans le peuple. On regarda passer, sans émoi, ce cortège imposant. Lecierc était oublié. Les ad'aires publiques, la gloire du Premier Consul, la paix avec l'Angleterre, détournaient l'attention de ce deuil qui resta officiel.

Le corj3s fut transporté à Montgobert, près Soissons, au château de la famille Leclerc, où devait lui être élevé un mausolée. Napoléon tâcha, cependant, de réagir contre cette indifférence. Il fit placer, dans les galeries de Fontainebleau, le portrait en pied du général, et sa statue au Panthéon.

Le cercueil était lourd. Les ennemis de Bonaparte répandirent le bruit que Pauline y avait enfoui des trésors considérables, sept millions rapportés de Saint-Domingue. Que lui importent ces calomnies! Elle est chez son frère Joseph, à l'hôtel Alarbœuf, faubourg Saint-Honoré. On lui a donné la tutelle de son hls Dermide, et elle est satisfaite de se retrouver à Paris, surtout de savoir que le noir « lui va bien ». C'est déjà une consolation. Bientôt sa douleur s'apaise. Le mouvement de Paris, les échos mondains réveillent sa coquetterie. La retraite commence à lui peser. Elle s'ennuie. Livrée au désœuvrement, à l'inertie, au ressassement des mêmes idées, elle se lasse d'être chez Joseph; elle regrette sa liberté. Elle voudrait avoir un chez-soi, une demeure particulière, qu'elle organiserait et meublerait à son caprice. Non loin de l'hôtel de Joseph se trouve celui du duc de Charost, sur lequel elle a jeté son dévolu. Quoiqu'il ne soit point à vendre, elle arrive pourtant à se le faire céder, et, du jour oii elle en devient propriétaire, elle s'empresse d'en prendre possession et de commander les meubles au grand ébéniste Jacob. 11 lui faut ensuite une voiture, des chevaux, le tout à l'heure dite. Du matin au soir, elle n'est plus satisfaite. Ses idées ont varié. Et, ancrée à son nouveau caprice, elle discute avec ses fournisseurs, ne voulant point abandonner sa fantaisie naissante. D'ailleurs, ces disputes d'affaires fouettent son humeur,

la tiennent en alerte. Elle avait besoin de cette agitation pour tempérer l'irritation et l'efFervescence de ses nerfs.

Napoléon déplorait toute cette ébullition fébrile. 11 aurait voulu la remarier à Metzi, le grand seigneur qui présidait, sous sa direction, à la république italienne. Metzi, plus que quinquagénaire, déclina cet honneur. Pauline commençait, au surplus, à reprendre pied dans la vie parisienne. Elle faisait parler d'elle et du jeune colonel de Canonville qu'elle avait affolé, du ministre Decrès qu'elle avait asservi. Encore une fois, il était temps de faire cesser son veuvage. Et comment ?

Heureusement, on annonça l'arrivée du prince Camille Borghèse, beau garçon très brun, vigoureusement bâti, aux yeux charbonnés, à la mine fière. Il venait de Rome, oii sa famille occupait un rang très élevé parmi la vieille aristocratie ; et ses amis de Paris, le duc de Santa-Croce et Angiolini, deux Italiens très répandus dans les salons, pensèrent tout de suite à le présenter à Pauline Bonaparte. L'entrevue se lit chez Joseph, à Mortefontaine ; et, comme l'un et l'autre avaient mille raisons de se trouver agréables et charmants, ils furent bien vite d'accord. On était en l'été de 1803, huit ou neuf mois à peine depuis la mort de Leclerc, et Pauline, tout entière à ses projets de magnificence, avait hâte de conclure un mariage avec son adorateur. Lui savait à peine quelques mots de français. Il le comprenait assez, toutefois, pour s'entendre dire qu'on l'aimait, qu'on l'adorait, et que jamais on n'avait été si heureuse qu'à l'heure présente'-. C'est que Pauline

1. Au sujet des Borghèse, voici ce qu'écrivait de Rome, à uu ami de Toulouse, Paul-Louis Courier (juin 1803). — Yung, t. II, p. \\'S : a Je voudrais pouvoir vous donner une idée des cercles de Rome, ou être

avait TospriL troublé des toilettes ,'qu'clle allait commander, de tout ce frou-frou d'étoffes et de linge dont elle raffolait. Semaines de bonheur en perspective! Gomment résister plus longtemps à ce mirage? Et puis, dans la famille Bonaparte, aucun n'était prince encore. Les sœurs de Pauline ne liguraient que de grandes dames de Paris, désignées par leur parenté avec le Premier Consul ; et ce titre de princesse, destiné à Pauline, les avait tous séduits. Napoléon lui-même, qui avait consenti au mariage. Il fallait attendre, cependant, les délais exigés par la loi. Napoléon, à cet égard, était inllexible. Pauline se moqua de la loi et fit célébrer son mariage en l'absence du Premier Consul, qui s'éloigna de Paris avec intention, ne voulant point consacrer cette illégalité par sa présence. La cérémonie eut lieu chez Joseph. Pauline était bien trop pressée de posséder ses toilettes. Llle avait reçu de son fiancé quarantecinq mille francs à dépenser enrobes et en lingerie, et, de plus, les beaux diamants des Borghèse qu'elle allait faire monter à la mode nouvelle, chez les joailliers les plus renommés de Paris. Les grandes couturières de cette époque, les grandes modistes,

sûr que ce tableau vous intéresserait. Mais vous en parler sérieusement, cela vous ennuierait, et, pour vous le dépeindre eu ridicule, c'est trop dégoûtant. Quelques grands seigneurs d'Italie qui prêtent leurs maisons et <iui font, pour vivre avec les Français, des bassesses souvent inutiles, sont des gens, ou mécontents dos Gouvernements que nous avons détruits, ou forcés par les circonstances à paraître aimer les choses qui les remplacent ou assez ennemis de leur iiropre jiays pour nous aider à le déchirer et se jeter sur les lambeaux que nous leur abandonnons. Tels sont, à Milan, les Serbelloni, ou les Borghèse et les Santa-Croce. La princesse de ce nom, foi-mosis^ima mulier, femme connue de tous ceux qui ont voulu la connaître, et beaucoup au-dessous de sa réputation, du moins quant à l'esprit, a lancé son fils dans les troupes françaises. Il s'est fait blesser, et le voilà digne d'être adjudant général. Les deux Borghèse, qui ont acheté moins cher des honneurs à peu près pareils, sont deux polissons, incapables d'être jamais des laquais supportables, aussi maladroits que plats et grossiers dans les flatteries qu'ils prodiguent à des gens qui les méprisent. « Le reste ne vaut jias l'hnnneur d'être nommé. »

les grandes lingères, avaient passé avec la future princesse des journées entières en conférences sur la forme des robes, des cliemises, des garnitures. M""" Germon, M'" Despeaux, M'"" LoHve étaient aux abois et ne savaient plus qu'inventer pour satisfaire aux goûts capricieux, changeants presque à chaque heure, de la belle personne que la toilette faisait déraisonner. Les étoffes étaient coupées, les vêtements façonnés, l'essayage prêt, et rien de tout cela n'était agréé. Enfin, comment se coifferait-elle ? Ses cheveux sont courts. Elle les a sacrifiés à la mort de Leclerc. On invente la coiffure à la juive. Ses cheveux seront cachés par un serre-tête : ce qui lui plaît ; coquetterie inédite. Et, afin d'être certaine d'être toujours bien attifée de la même manière, elle fait donner pour huit cents francs de leçons de coiffure à sa femme de chambre, Adélaïde^

Lorsqu'on put avouer le mariage, les deux époux partirent pour Rome. Ils s'arrêtèrent à Lyon, chez le cardinal Fesch, ensuite à Florence, oii les Borghèse comptaient de nombreux amis. A Rome, toute la famille princière est sur pied et les accueille avec de grandes cérémonies, très fière de cette alliance qui lui semblait si au-dessus d'elle. Le Pape voulut se joindre à cette joie, et il les reçut au Vatican, non plus dans les jardins, suivant la coutume appliquée aux grandes familles romaines, mais dans les salons particuliers du palais oi!i Pauline, par ses gentillesses et sa bonne humeur, fit, tout de suite, la conquête

1. M"= Ducrest, en ses Alémoires (t. Il, p. 23), en fait le portrait suivant: « Dépourvue de toute instruction, sa conversation était aussi insignifiante, aussi ennuyeuse que son visage était joli Ne parlant que de toilette, affaire principale de sa ^ie, elle ne supportait pas que l'on s'entretint d'autre chose autour d'elle. Il fallait, pour lui plaire, n'être occupé que de chapeaux, de robes, etc. Si on avait le malheur de causer de musique, de peinture, d'histoire, elle vous prenait en grippe, parce que, ne comprenant rien à ce qui se disait, elle était forcée d'aller bouder dans un coin, afin de ne pas montrer toute sa nullité.

de Pie VII. Lui et elle se séparèrent enlliousiaslos de leur entrevue.

Beaux jours éphémères !

Le changement ne pouvait plaire longtemps à la jeune princesse. Paris était toujours l'attrait irrésislihle de sa pensée, un Paris tourhillonnant, variant ses modes et ses plaisirs chaque jour. Il n'y avait pas de lieu plus beau pour elle. Prévoyant cet accès d'inconstance, Napoléon avait voulu lui acheter son hôtel, afin de lui enlever toute velléité de retour. Mais Pauline avait laissé, à Paris, un intendant qui défendait, pied à pied, les intérêts de sa maîtresse. L'hôtel lui resta, malgré la pression autoritaire exercée sur l'intendant. Oh ! revenir à Paris !... Elle invoqua sa maladie. Napoléon lui fit répondre par Fesch une lettre sévère, s'opposant formellement à son départ : « Si elle revenait, lui disait-il, elle ne trouverait aucun appui en lui; il l'abandonnerait et ne la recevrait plus. Il ne voulait point autoriser une rupture avec les Borghèse. Elle devait se résigner à son sort, qui n'était pas malheureux... » Pauline se soumit, désolée de ne pouvoir faire parade de sonnouveau titre dans les salons de Paris. Ces mots sonnaient si bien à l'oreille : « La princesse Borghèse ! » Et pas une princesse de mince extraction, mais princesse de grande famille, comptant des papes illustres dans sa parenté. Et ses sœurs n'étaient toujours que de riches bourgeoises !

Elle s'était dit malade. Elle partit pour les bains de Lucques, accompagnée de ses femmes de chambre et de ses plus belles toilettes, qu'elle allait montrer aux grandes familles italiennes, laissant à Rome son fils Dermide. Elle ne devait plus le revoir. 11 mourut pendant son absence.

On a parlé de sa douleur à la mort du général Leclerc. On n'a jamais parlé de son chagrin à la mort de son fils. Elle en prit texte cependant pour réclamer, de nouveau, la permission de rentrer à Paris, où elle se consolerait, disait-elle, oii elle pourrait soigner sa santé toujours compromise. Et la permission lui fut octroyée.

Mais ses soutTrances étaient imaginaires, ou bien annoncées dans le but de s'épargner des visites aux Tuileries, qu'elle n'aimait point. Elle demeurait étendue sur un sofa, continuait à se faire porter par son nègre, Paul, jusque dans son bain, et, lorsqu'elle allait chez son frère, le Premier Consul, elle ne montait à son cabinet que sur les bras de ses aides. Parlait-on d'un bal, d'une fête où elle pourrait étaler son luxe, aussitôt souIFrances, indispositions, faiblesses, tout disparaissait inopinément. Elle arrivait parée d'une robe merveilleuse, dansant toute la nuit sans fatigue, répondant à toutes les prévenances, se mirant dans toutes les glaces, dont la transparence rellétait admirablement ses grâces adorables. Et quand elle avait triomphé à son aise, écrasé de sa beauté les jalouses et les rivales, elle rentrait s'enfermer en son hôtel, malade encore, disait-elle, jusqu'à la prochaine reprise de ses hystériques folies. Ainsi s'écoula sa vie durant le Consulat, souveraine dans tous les lieux où elle se trouvait, se moquant impitoyablement de tout le monde, de sa famille même ; petites méchancetés, ou caprices, que sa beauté faisait pardonner.

Plus malheureux qu'elle étaient les serviteurs, qui la soignaient et la devaient plaindre, malgré ses mensongères souffrances. Et ils se Uiissaient molester, tant sa grâce imposait à toutes les volontés. Certes, elle était belle, dit jM"' Avrillon,

bi-lle et jolie tout à la fois, comme la Vénus de Médicis. Elle ajoute : « La grâce indéfinissable, qui meltait en mouvement toutes les parties de ce joli corps, était supérieure même à leur beauté, et son teint d\in blanc uni était éblouissant. ;> Napoléon, à Sainte-Hélène, l'accuse d'avoir été dune prodigalité inexprimable. Il l'avait comblée de richesses ; lui avait donné, sans compter, dos sommes énormes; et, à la lin de l'Empire, sa fortune personnelle n'était rien de ce qu'elle aurait dû être. Elle dépensait follement l'argent et donnait à son tour avec trop d'abandon... « Sa mère. M""" La-titia, dit encore le grand homme, la sermonnait à cet égard et lui prédisait qu'elle mourrait à Ihùpital. » Expression consacrée, quoiqu'un peu bizarre dans la bouche de Napoléon parlant de sa sœur. A moins qu'il n'ait voulu marquer ainsi le caractère étroit et parcimonieux de sa mère '.

1. Quoique les mémoires publiés par les amis de Fouché, sous son nom, soient très sujets à caution, il importe d'en extraire ce qu'on y lit sur Pauline, la sœur de Napoléon. Voici un extrait du tome II, p. 43 et suivantes :

« Des trois sœurs de Napoléon, Elisa, Caroline et Pauline, celle-ci, fameuse par ses charmes, fut celle qu'il affectionna le plus, sans toutefois s'en laisser jamais subjuguer. Légère, bizarre, dissolue, sans esprit, mais non pas sans saillies, ni sans quelques lueurs, elle aimait le faste, la dissipation et tous les genres d'hommages. Jamais elle n'eut pour aucun homme d'aversion que pour Leclerc, son premier mari, et plus encore pour le plus doux des hommes, le prince Camille Borghèse.à qui Napoléon la fit épouser en secondes noces. Son premier mariage fut ce qu'on appelle un mariage de garnison. Malade et refusant de suivre Leclerc dans son expédition de Saint-Domingue, elle fut transportée en litière par ordre de Napoléon, à bord du vaisseau amiral.

" En proie aux plus vives ardeurs du climat des tropiques, et reléguée dans l'ile de la Tortue par suite des revers de l'expédition, elle se plongea, l"iur s'ét'iurdir, dans tous les genres de sensualités. A la mort de Leclerc, elle se hâta de remettre à la vciile, Tion comme Artémise, ni comme la femme de Britannicus, tout en pleurs et tenant l'urne funéraire de son époux, mais libre, triomphante, venant se replonger dans les délices de la cajjitale. Là, dévorée depuis longtemps par une maladie dont le siège accuse l'incontinence, Pauline eut recours à tous les trésors d'Esculape et guérit. Chose étrange. dans sa cure merveilleuse, c'est que, loin d'en être flétrie, sa beauté s'en accrut de plus d'éclat et de fraîcheur.

" Ne voulant plus que jouir sans frein, sans retenue, mais redoutant son

i; 3. CAROLINE BONAPARTE

SoMMAiHE. — Son enfance. — Elle est considérée comme la petite Cendrillon de la famille. — Elle épouse le général Murât. Son ambition désordonnée. — Elle et son mari ne pensent qu'à la conquête de la fortune. — Murât, dans l'espérance de s'enrichir, demande un commandement en Italie. — Rentré en France, il achète une terre en Vendée et l'hôtel Thélusson. — La vie de Murât avant son mariage. — Son portrait. — Portrait de Caroline ; son influence sur son mari.

La plus jeune des sœurs de Napoléon fui Caroline, qui s'appelait en Corse « Annuntiata », nom

frère et ses brusques sévérités, Pauline forma, de concert avec une de ses femmes, le projet d'assujettir Napoléon à tout l'empire de ses charmes. Elle y mit tant d'art, tant de raffinement, que son triomphe fut complet. Toi fut l'enivrement du dominateur, que plus d'une fois ses familiers l'entendirent, au sortir de ses ravissements, proclamer sa sœur la plus belle des belles, et la Vénus de notre âge. Ce n'était pourtant qu'une beauté hardie. Mais écartons ces tableaux plus dignes des pinceaux de Suétone et de l'Arétin que du burin de Thistiiire. Voluptueux château de Neuilly! magnifique hôtel du faubourg Saint-Honoré ! si vos murs, comme ceux du palais des rois de Babylone, révélaient la vérité, que de scènes licencieuses ne retraceriez-vous pas en gros caractères !

« Pendant plus d'un an, l'engouement du frère pour la sœur se soutint, quoique sans passion; en effet, aucune passion que celle de la domination et des conquêtes ne pouvait maîtriser cette âme hautaine et belliqueuse. Quand après Wagram, et à la paix de Vienne, Napoléon revint triomphant dans Paris, précédé par le bruit sourd de son prochain divorce, il courut le jour même chez sa sœur inquiète et dans la plus vive attente de son retour. Jamais elle ne montra jiour son frère tant d'amour et d'adoration. Je l'entendis le jour même dire, car elle n'ignorait pas qu'il n'y avait pour moi aucun voile: « Pourquoi ne régnons-nous pas en Egypte ? Nous ferions comme les Ptolémées : je divorcerais et j'épouserais mon frère. » Je la savais trop ignorante pour avoir fait d'elle-même une telle allusion, et j'y reconnus un élan de son frère. »

Au sujet de Pauline, Chateaubriand a écrit en ses Mémoires : « La princesse Borghèse sollicitait la faveur de rejoindre son frère à Sainte-Hélène- <( Non, dit Napoléon, je ne veux pas qu'elle soit témoin de mon humiliation et des insultes auxquelles je suis exposé.» Cette sœur aimée, Germana Joris, ne traversa pas les mers ; elle mourut aux lieux où Napoléon avait laissé sa renommée.

Un autre passage de ses Mémoires donne un exemple de la coquetterie de la femme: « Vers le milieu de mon séjour à Rome, dit-il, la princesse Borghèse arriva : J'étais chargé de lui remettre des souliers de Paris. Je lui fus présenté; elle fit sa toilette devant moi : la jeune et jolie chaussure qu'elle mit à ses pieds ne devait fouler qu'un instant cette vieille terre. »

LES SŒURS DE BONAPARTE If.l

déplaisant à son humeur. Elle était tout enfant encore, et son frère, Napoléon, le premier homme de France, si bien que la misère de sa famille impressionna très peu ses souvenirs. Comme chez son frère Jérôme, le passé n'existait plus pour elle. Le présent seul et ses jouissances lui donnaient la sensation du réel. Elle avait été placée au pensionnat de M™" Campan, près d'Hortense, et, jusqu'à son mariage avec Murât, elle vécut presque toujours chez Joseph, le suivant en ses déplacements, à Rome, en son ambassade; près de Napoléon enfin, à Milan, où elle fut remarquée par le général Murât qui, tout de suite, la voulut épouser. Dans son enfance, en Corse, elle était considérée comme la petite Cendrillon de la famille ^ très sotte

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