‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 49 sur 144 · Lord Roseberry, trad. Augustin Félon, p · texte numérisé non relu

Lord Roseberry, trad. Augustin Félon, p

« Caroline, la femme de Murât, nous dit Napoléon, était considérée, quand elle était petite, comme la niaise, le cendrillon de la famille, mais elle se développa heureusement; elle devint une femme intelligente et une jolie femme. Il lui est cependant impossible de cacher sa colère à propos de son second mariage. 11 peut à peine y croire. Après vingt ans de mariage, quinze mois après la mort violente de son mari, avec de grands enfants se remarier publiquement, et où, bon Dieu! à Vienne! " Ma foi, si cette nouvelle-là est vraie, ce sera la chose qui m'aura le jjIus étonné de ma vie

Oh ! l'espèce humaine est bien singulière ! » Ici se fait jour sa pensée secrète. « Ah! la coquine, la coquine, l'amour l'a toujours conduite! »

«1 Nous avons vu qu'il considérait Louis XIV comme le idus grand des souverains de la France, et cette nouvelle du mariage de Caroline produit entre eux le plus curieux des rapprochements. Ceux qui sont familiers avec Saint-Simon se rappelleront le récit saisissant qu'il donne de cette journée où Louis XIV apprit que son fils chéri, le duc du Maine, avait, dans une occasion importante, montré une bravoure des plus douteuses; comment le roi, alors à Marly, aperçoit un marmiton qui met dans sa poche un biscuit; comment sa rage comprimée faitexplosion et se rue sur une victime relativement innocente; comment, devant la cour stupéfaite, il se précipite et rompt sa canne sur le dos du domestique; comment le malheureux s'enfuit pendant que le roi reste là, jurant après lui, et brandissant, dans sa fureur impuissante, le tronçon de sa canne brisée. Les courtisans n'en peuvent croire leurs yeux, et le roi rentre au château pour cacher son agitation. C'est ainsi qu'en apiu'enant le mariage de Caroline, Napoléon se met à table pour le diner tout frémissant d'une colère qu'il ne peut maîtriser. Il déclare que la pâtisserie ne vaut rien, et son irritation, qui se déverse contre le cuisinier, dépasse toutes les bornes. Rarement, dit Gourgaud, jamais, dit Montholon, on n'a vu l'empereur dans une fureur

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et sans distinction apparente qui put l'aire présager une grande fortune. Mais le climat de France et son éducation, parmi les jeunes Françaises, la transformèrent totalement. Elle se révéla bientôt jolie personne, très fraiclie, très rose, très belle, dont les abondants cheveux blonds, llottant sur les épaules, attiraient l'admiration.

Napoléon, devenu chef de l'aniille après l>nmiaii"e, voulut la marier à Augerean on à Moreau. 11 le dit à Sainte-llt'lène, n'approuvant point ces mariages d'amourettes qui n'ont jamais réussi. Il n'avait que cette sœur à marier et il recherchait un grand mariage, beaucoup de gloire ou une grande naissance, sachant qu'avant longtemps les princes les plus orgueilleux solliciteraient son alliance, comme un honneur insigne. Caroline, ainsi que ses frères, ainsi que ses sœurs, résista aux avis de Napoléon. Elle prétendait épouser Murât et elle l'épousa, incoercible el volontaire, comme chacun en cette famille où la volonté primait toutes les autres qualités. Mural, très amoureux, se sentit très honoré, et des deux, ce fut elle qui mena l'autre, qui le mena jusqu'à la chute finale, poussée d'une ambition dr^ordonnce : un mot de son frère. Le temps et les circonstances en avaient fait une femme politique, aussi avisée que sa sœur Elisa, ne reculant pas mémo devant la trahison, quand elle fut reine de Naples, pour maintenir sa haute fortune. Et fastueuse aussi, aimant le luxe, comme ses sœurs; et, avec le ptnivoir, les plaisirs.

Tous les deux. Mural et elle, ne pensèrent d'abord qu'à la conquête de la richesse. Les généraux qui

semblable. II ordonne que Ihunime sera bàlonné et cbassé. La scène est ,1,'i'otesque et pénible, mais ce n'est pas le cuisinier, c"est Caroline qui en est la cause. »

avaient commandé des armées rentraient en France avec d'immenses dépouilles; et lui, toujours solliciteur, finit par obtenir de son bean-frèrc un commandement en Italie. Lorsqu'il revint, il put acheter, dans larrondissement de Melle.la terre de La Motte-Saint-Héraye, jadis patrimoine des vicomtes de Thouars. La terre aflermée donnait un revenu de 32.UJU francs. Il lui fallut ensuite un hôtel comme à tous ses beaux-frères. 11 eut assez dargent pour se rendre acquéreur de Thùtel Thélusson, situé rue de Provence, dont les vastes dépendances et la distribution grandiose en faisaient un des plus beaux de Paris'. En attendant, les deux époux

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