‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 50 sur 144 · I. Xapoléo» et sa famille, Masson. t. H, p · texte numérisé non relu

I. Xapoléo» et sa famille, Masson. t. H, p

« En janvier 1802, Murât achète à Paris, moyennant um: somme qui passe ôOO.ftOO francs, le magnifique hôtel Thélusson, bâti en 1780, par l'architecte Ledoux, occupant l'espace compris entre la rue de la Victoire et la rue de Provence. Entrée principale rue de Provence par une grande arcade d'où l'on voit la rue Cassette 'rue Laffitte jusqu'au boulevard... Les voitures suivent deux chaussées établies aux deux côtés de la partie basse du jardin et, en entrant, sous rhôtcl même, déposent les visiteurs à couvert au pied du grand escalier; puis, de là. se rendent aux remises et aux écuries qui sortent sur la rue de la Victoire. On monte cet escalier qui, comme il sied dans un palais, s'élance droit, uniquement coupé pur deux paliers, et l'on se trouve aux appartements de réception: deux vastes antichambres, deux immenses salons, une salle de concert, une bibliothèque, une galerie, une grande salle à manger ; puis des chambres, des cabinets de travail, les appartements intimes. Des salons, l'on sort sur une terrasse ornée de statues, d'orangers et de fleurs, d'où deux rampes d'escalier en pierre descendent au jardin. Supportée par une masse de rochers, cette terrasse s'arrondit au devant du salon principal qui dépasse un avant-corps soutenu par huit colonnes corinthiennes. C'est l'hôtel le plus élégant et le plus re- I herché de Paris, digne de ce Thélusson, associé de Necker, qui laissa, dit- ■ n, plus de 20 millions de fortune, et dont le frère, établi ;i Londres, et Ijienplus riche encore, a fait souche de barons et pairs du Royaume-Uni. "

En cet hôtel, la chambre de Caroline est ainsi décrite par Masson (t. II,

« Ici, la tenture est de velours vert, arrêté dune baguette dorée. Audessus de l'alcôve garnie de velours vert et éclairée d'une glace en deux morceaux, est jetée en bandeau une draperie de velours vert, brodée en or, et dans cette alcôve, sui' une estrade à deux marches couvertes de drap gris à galons de soie verte, se dresse une couchette en bois doré dont les dossiers à revers sont garnis de velours vert avec des agréments en or. La courtepointe de velours vert, brodée à palmes avec un semis d'étoiles, autour d'un grand chiffre d'or, est jetée entre les deux traversins de ve-

s'étaient réfugiés en un coin des Tuileries, à l'hôtei de Brionne, et ils étaient, à ces débuts de ménage, d'une simplicité très cordiale. Le général Thiébault parle d'un déjeuner qu'il fit, à cette époque, chez Murât; excellent et servi dans une belle porcelaine. Au dessert, on plaça sur la table un pot de grès très grossier, que Murât découvrit avec respect : « Ce sont des coniitures de raisin faites par ma mère, » dit-il au général Thiébault, dont le regard interrogeait. Sa mère était une paysanne du Quercy, une aubergiste de son village; et cet aveu, fait par Murât, toucha le général Thiébault, qui trouva exquise cette friandise de jeunesse, le mauvais raisiné dont il mangea beaucoup, à l'exemple de son hôte. Il ajoute, comme trait de mœurs, qu'à ce moment-là survint le peintre Isabey avec une miniature du petit Achille, leur fils, né depuis quelques mois ; et chacun de louer la joliesse de l'enfant devant qui les parents demeuraient en extase. Et cet amour filial de Murât pour sa mère, et cet amour paternel, exprimés si naïvement, allèrent jusqu'au cœur du soldat très moqueur qu'était le général Thiébault.

Comme celle de beaucoup de lieutenants de Napoléon, la vie de Murât avait été fort accidentée. Les pamphlets, édités sous les Bourbons, racontent qu'il vint tout jeune de son pays à Paris, à la suite d'un grand seigneur, habitant la rue Caumar-

lours à étoiles d'or. Aux fenêtre», petits rideaux de mousseline brodée, grands rideaux de taffetas blanc, sous draperies de velours vert brodé d'or. Le meuble entier, — quatre grands canapés, quatre fauteuils, quatre chaises, un écran tout de velours vert à étoiles d'or. Des candélabres partout. Deux très hauts près de l'alcôve. D'autres à socle de marbre, sur la commode d'acajou, à bronzes dorés ; d'autres sur la cheminée, aux deux cotés d'une pendule dorée, et de» glaces sur la cheminée, au-dessus de la commode, à toutes les portes.

tin; qu'ensuite il entra dans les cuisines du duc de Bourbon, à Chantilly, et qu'il en fut chasse pour une faute sjrave ; un vol, affirme-t-on. Commandant la place de Paris, après Junot, et dînant chez Récamier, le menu très fin et soigné lui plut si g^randement qu'il demanda au banquier le nom du cuisinier qui avait dressé le festin. Récamier le nomma. Murât rougit et ne répondit pas. C'était le cuisinier sous lequel il avait servi à Chantilly; le cuisinier qui l'avait fait chasser du château'.

A ce moment de sa vie, il est vain de sa belle prestance, de son air martial. Sa situation a développé son orgueil. Beau-frère du Premier Consul, il se croit intangible et ensuite propre à tout. Alors, son ambition, excitée par sa jeune femme, ne lit qu'augmenter. Leurs rêves les portèrent aux conceptions les plus exagérées, qui ne furent jamais rassasiées. Au commencement, elle l'aimait passionnément, et lui se laissait aimer, se croyant assez beau pour inspirer l'amour à un co?ur féminin. La duchesse d'Abrantès discute toutefois cette présomption maritale ' : « Je n'admets pas, dit-elle, qu'un homme soit beau, parce qu'il est grand et qu'il s'habille en mardi-gras. Murât n'avait pas de jolis traits, et j'ajouterai aussi qu'en le regardant dégagé de ses cheveux frisés, de ses panaches, de ses broderies, il était laid. Il avait une figure dans laquelle on retrouvait beaucoup du nègre, quoiqu'il n'eût pas le nez épaté, mais de grosses lèvres et un nez qui, bien qu'il fût aquilin, n'avait nulle noblesse, lui donnant beaucoup de rapport avec une physionomie pour le moins métis. »

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