‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 52 sur 144 · L.KTITIA RAMOLINO · texte numérisé non relu

L.KTITIA RAMOLINO

SojiMAiiiE. — Caractère de la mère des Bonaparte. — Sa parcimonie touche à l'avarice. — Son amour des siens. — Son dévouement à Napoléon. — Ses préventions contre Joséphine de Beauharnais.

La mère de tous ces Bonaparte, M"" Laetitia Ramolino, comptait près de cinquante ans, lorsque Napoléon devint Premier Consul; et sa vie descendant à la vieillesse n'avait point eu de joie encore, des soucis plutôt et des épreuves douloureuses. Elle qui

1. Pour en finir avec les détracteurs des Bonaparte, il faut encore ajuuter ceci :

Le général de Ricard, en ses Esquisses historiques, laisse planer bien des doutes sur la vertu de M"" Bonaparte. « Je me souviens, dit-il, de certaines particularités et privautés auxquelles je n'attachais aucune importance avec de jeunes Marseillais attirés par les charmes de ces demoiselles. Mais il est possible aussi que, parmi ces jeunes gens, il se soit trouvé quehiue fat qui se vantât de faveurs qu'il n'avait pu obtenir, ou même se vpngeàt de refus très positifs par des calomnies qui sont restées attachées à la mémoire des lilles de M"" Lœtitia. F'ucore une fois, je ne puis me prononcer. Mais je dois dire que l'opinion, à Marseille, ne leur était pas favorable, et quelle leur a attribué des aventures galantes et même scandaleuses. Bonaparte n'a jamais pardonnecelaaux Marseillais. » Plus loin... « I^a fortune du lils ayant rejailli sur la mère, ou ouvrit les salons, on eut un cercle, on y faisait des lectures, on y débitait des vers de société. On joua enfin la comédie aux chandelles, entre deux paravents. Les jeunes maîtresses de la maison daignèrent prendre les rôles. Paoletta espiègle, enjouée, fit la soubrette et s'y distingua. Ces magnificences à bon marche divertissaient la mère de famille, qui ne sortait presque jamais, attendu (lu'elle n'avait pas d'équipage. >>

'■ Dans les pièces de comédie, ajoute le général Ricard, mes cousins et moi nous remplissions les rôles de jeunes pages, rôles qui se bornaient à apporter une lettre ou à annoncer quelqu'un. Nous allions faire une toilette théâtrale avec les demoiselles Bonaparte, qui prenaient un soin tout l)articulier à nous arrangera leur guise. Elles nous habillaient, dans toute l'acception du mot, et nous nous laissions faire. Elles nous mettaient du rouge. L'une arrangeait nos cheveux, l'autre notre cravate. On nous tirait quelquefois les oreilles, on nous donnait de petits soufflets: mais entin, on nous embrassait, et on nous permettait d'embrasser. »

aimait son pays, la Corse, elle avait dû l'abandonner aux partisans de Paoli; elle qui tenait à son patrimoine, elle l'avait vu ravagé par ses ennemis; et, sa maison incendiée, elle avait traversé la mer jusqu'à Marseille, espérant y trouver des secours qui lui manquèrent tout de suite. Sa famille était nombreuse ; ses derniers enfants en bas âge. Que de privations il fallut s'imposer pour subvenir à tant de charges! En Corse même, privée de sonmari et nourrissantun vieil oncle infirme, l'argent avait toujours été rare en son ménage. Elle s'était contentée d'une seule servante à trois francs de gages par mois; et, avec cette aide unique, elle eut en partage les travaux les plus servîtes.

A Marseille, en attendant la subvention de Napoléon, qui faisait son chemin à l'armée, la misère accablait tous ces Bonaparte. Elle était fort grande. Sans ses neveux Arena, affirment les contemporains, elle serait morte de faim avec ses enfants, la municipalité refusant de s'occuper des patriotes venus de Corse.

Faut-il s'étonner, dès lors, de sa parcimonie allant jusqu'à l'avarice'? Elle n'avait connu l'aisance que sur le tard de sa vie, comme un bonheur inespéré. La roue de la fortune avait tourné à son profit et lui jetait avec tant d'abondance ces richesses enviées jadis et jamais atteintes, qu'elle n'osait les regarder comme siennes, y toucher, ni s'en servir. Elle les accumulait pour les temps futurs, pour les jours malheureux auxquels elle n'avait cessé de croire, pareille à ceux qui sont

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