‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 70 sur 144 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SoM.MAiHE. — Les portraits de Napoléon ne lui ressemblent pas. Vices de son langage. — Point de mémoire des n)ots : mémoire des lieux. — Comment il avait meublé son esprit et appris tout ce qu'il savait. — Sa toilette ; ses babitudes en son cabinet. — L'Orient a laissé en lui un souvenir ineffaçable. — il n'étaitpoint bon, il était sûr.

Pas un des portraits de Napoléon ne lui est resseml)lanl. Quel que soit le peintre, — le plus éminent ou le plus vulgaire, — son visage, reproduit sur la toile, ne représente point la physionomie de eet homme extraordinaire. (>eux qui furent ses contemporains ont tous aftirmé qu'ils ne le reconnaissaient pas dans les œuvres des peintres, qui voulurent fixer son image pour la postérité. En ces œuvres, sans doute, une vague ressemhiance dénonce le môme homme, mais l'expression n"y est jamais pareille; trop jeune chez l'une, trop sérieuse chez l'autre, ou trop inerte. Kotzebue prétend qu'il ne revoyait bien le vrai Napoléon qu'en efiigie sur les pièces de monnaie. Et Bourrienne explique les raisons de cette incohérence. Son

regard, dit-il, ne s'accordait jamais avec sou sourire ; euliu. la mobilité de ses traits dénaturait, à chaque heure, le type fixé en l'esprit de Tobservateur. Chaque jour changeait l'idéal du modèle pour l'artiste. Lamartine emploie une définition qui peint expressément cette confusion et cette mobilité, jamais interrompues. Ce regard, il l'appelle « une llamme sans repos' ».

An total, ses portraitistes louent la mâle beauté de sa tête, au front développé, aux yeux encadrés de sourcils épais : le nez régulier et mince; les lèvres gracieusement dessinées en une courbe très fine; le menton puissant, mais court. Ils ajoutent que le ton de ses cheveux, peu abondants, était châtain ; celui de ses yeux, bleu clair. Sa taille était petite, son buste long; ses mains admirablement modelées et d'une blancheur éclatante, qu'il considérait avec orgueil; ses pieds, très souples et élégants, perdus fâcheusement en des chaussures trop larges. Il ne pouvait subir la moindre gène, et, pourcette raison, portait longtemps la môme coiffure, dont il ne ressentait plus la pression, à la longue.

A ceux qui l'abordaient pour la première fois, il se montrait froid, sévère, hautain. Ses gestes brusques, saccadés comme ceux d'un sauvage, révélaient le méridional, l'insulaire. Sa voix, cependant, s'échappait de sa gorge avec douceur, avecune modulalion persuasive. iMais, à l'instant du commandement, appuyée par son énergie autoritaire et indéfectible, elle s'élevait à un diapason aigu qui arrêtait toute réplique-. Même alors la

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