‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 74 sur 144 · Bourrienne, Mémoires, t. V, p · texte numérisé non relu

Bourrienne, Mémoires, t. V, p

Il y eut sous le Consulat des jours de grand lever. Voici ce qu'a écrit Bourrienne ;

« L'heure du grand lever était arrivée. Je restai pour voir cette fantasmagorie, la chose, selon moi, la plus ridicule que puissent se figurer les hûiiinies assez heureux pour n'y avoir jamais assisté. Qu'y voit-on, en effet .' Des hommes couverts d'habits plus ou moins dorés, plus ou moins chamarrés, qui viennent observer le maître, saluent les gens en grande faveur, serrent affectueusement la main de ceux qu'ils veulent frapper, et font échange d'insignifiantes salutations. Tel était le lever du Premier Consul ; tel fut celui de l'empereur. »

une pièce, éclairée par une seule fenêtre, sur le jardin des Tuileries. Au milieu de la pièce, un vaste bureau, qui se fermait par un couvercle glissant sur des coulisses, sans déranger les papiers. Le mcuLle d'acajou était supporté par des grillons, et orné de bronzesdorés. Par devant, se trouvaitun fauteuil recouvert de Casimir vert. Bonaparte ne s'y asseyait que pour signer. Il se tenait hahituellement, comme à Saint-Cloud, sur une causeuse près de laquelle on avait dressé un guéridon pour y déposer la correspondance de chaque jour, laquelle, tous les matins, faisait place à la nouvelle arrivée. Aucune dépendance à ce cabinet, si ce n'est une pièce remplie de cartes géographiques, que surveillait et annotait un oflicier du nom de Cuvillier-Fleury, dont le fils devait être, un jour, le précepteur du duc d'Aumale.

A dix heures, il dt\jeunait en un petit salon à côté (lu cabinet, sur un guéridon d'acajou, sans couverture de linge, repas très frugal, composé ordinairement d'un poulet accommodé à l'huile et aux oignons, qu'il arrosait d'un peu de chambertin, suivi d'une tasse de café'.

(Quelquefois, après le déjeuner, il se laissait aller au sommeil, avant de se remettre au travail; ou bien, il se prélassait sur un fauteuil, les jambes étendues, et s'amussait à découper avec son canif les bras du siège, comme l'eiU fait un enfant : sorte d'incubation pour sa pensée. Car, tout à coup, il se redressait et entreprenait la dictée de « ces choses immenses qui ont étonné l'Europe et l'ont tant épouvantée )>, a dit Bourrienne.

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