‹ La société française pendant le consulat (volume 3)Chapitre 79 sur 144 · Mémorial, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémorial, t. VI, p

Il disait à Sainte-Hélène : « En brusquant tout d'abord mon homme, je sais aussitôt, par la manière dont il répond, à quoi m'en tenir sur son compte. J'obtiens à quel unisson est montée son âme, car, frappez un bronze avec un gant, il ne rend aucun son; mais frappez-le d'un marteau, il retentit. »

allées du parc, et en conversant avec lui sur un ton câlin, tâcher de le retourner en sa faveur.

SoMMAiKE. — Peu galant avec les femmes. — Sa tenue aux spectacles. — Ses sorties dans Paris, les soirs. — Ses voyages. — Etait-il cruel ? — Les ruines l'oflusquaient ; il aimait l'ordre. — 11 trichait au jeu. Son habileté à se conduire avec les hommes et les partis politiques. — Maxime de sa politique. — Il ne croyait qu'à l'intérêt, point à l'amitié.

Ainsi façonné, il lui était difficile d'être galant près des femmes, de leur parler avec la légèreté et la mielleuse tendresse d'un grand seigneur de Versailles'. Les fadeurs ne lui réussissaient point. 11 ignoraitTart de les dire. S'adressanl à une femme, il ne lui venait que des mots bourrus, quoique jamais grossiers : « Madame, comment vous appelez-vous ?Etes-vous mariée? Que fait votre mari? Avez-vous des enfants? Sont-ils à mon service? » Et ensuite il disparaissait.

11 sen accusait à Sainte-Hélène. Les femmes, disait-il, sont tenaces et braves dans leurs idées et pour leurs desseins. Elles découvrent francliement leur opinion et, pour leurs intérêts, se révèlent très politiques et très fines. M"" de Montmorency, par

1. Sous lEiii|iii'i'. il dit un juur à M""' de Clievreusf : « Madame, vnu? êtes vuusse. >• Et la ri!']ionse de la dame : « Il y a treutn-cinii ans que je li' suis, Siie ; mais vous êtes le ^minier homme qui ait osi- me le dire ».

Lord Holland, Souvenirs dipiomaliques. " .Joséi)hine disait de hii iiue jamais il n'avait pu résister aux larmesd'une femme, etque c'est ]iour(iuiii il affectait avec elles un ton de biiisquei'ie i)our cnuper court à son émntion ».

exemple, lui eîit fait chasser ïalioyrand'. Mais il se défiait do rinfliience qu'une femme aimée ou trop intrigante aurait^ conquise sur lui. Il se contentait donc des femmes de passage, des femmes de canapé, ajoutait-il. Absorbé par ses vastes pensées, il les lui fallait, — les femmes, — à sa disposition, venant, partant suivant son caprice. Un jour, M'"" Duchenois se morfondait en la chambre convenue. Occupé en son cabinet, il ne se dérangea pas. Un léger bruit à sa porte : on entre pour l'avertir. « Qu'elle attende! » répond-il. Un moment après, nouveau petit bruit pour le presser de venir. « Qu'elle se dt'shabille et se couche! » ditil. Enfin, une troisième fois, dernière sollicitation. Impatienté, il brusque sa réponse : « Qu'elle se rhabille et s'en aille''. »

Entre toutes celles qui s'abandonnèrent à ses intermittents désirs, il faut retrancher M"" Mars et

[. Monthûlon. t. I, p. 23 :

« M""' de Bassano, disait Napoléon, lorsque j'ôtai les affaires étrangères à son mari, vint me trouver et me reprocher mon ingratitude. Elle me parla un langage que je ne Connaissais pas. Je ne sais où elle prit tout ce qu'elle me dit. En dernier lieu, M"'' de Rovigo m'attaqua aussi sur son mari. Elle voulait absolument que je le fisse maréchal, et me rappelait son dévouement et ses services avec une énergie sans pareille. Elle m'ébranlait presque, lorsiju'elle fit la faute de me dire: « C'est comme Séhastiani que •< vous négligez, et dont vous vous faites un ennemi en pure perte. — Ah I « Madame, m'écriai-je, c'est trop fort de plaidera la fois la cause de votre " mari et de votre amant. » Sans se déconcerter : " Je ne suis plus assez « jeune pour avoir un amant. Vous le savez bien, mais vous voulez rompre « les chiens. Eh bien, vous ne réussirez pas. Vous m'écouterez jusqu'à la « tin, et je répète que vous devez ménager Sébastiani. C'est un homme de « beaucoup d'esprit, d'une grande influence dans le Parlement, et (jue « vous devez faire maréchal de France, dans votre jiropre intérêt. Quant à ■' Savary, c'est différent ; il vous servira de même, (pie vous soyez ingrat « ou non envers lui. »

2. « L'amour, disait-il, est l'occupation de l'homme oisif, la distraction du guerrier, l'écueil du souverain. >• [Mémorial. )

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