L'ICçho des Salons, i. II, p
« Il disait en Egypte aux esprits faibles ([ui le priaient de ne pas faire empoisonner ses soldats malades : « Retirez-vous dans un monastère voi- « sm ; vous êtes faits pour y vivre. >> Est-ce que la guerre n'a pas ses nécessités cruelles? Il faudrait, jiour être juste, savoir exactement les causes pour lesquelles Bonaparte voulait abréger la vie de ses soldats, qu'il ne pouvait soustraire à la mort ou à la bai-barie de ses ennemis. »
« De M. de Cacault, cité par Taine, Cacault, signataire du traité de Tolentino et secrétaire de la légation de France à Rome: « Vous savez que tout en l'aimant beaucoup, ce cher général, je l'appelle tout bas le petit iigre, pour bien caractériser sa taille, sa ténacité, son courage, la rapidité de ses mouvements, ses élans, et tout ce qu'il y a en lui qu'on peut prendre en bonne part, en ce sens-là."
.3. « L'architecture avait, en outre, jinur lui. un caractère de fondatiim. Les monuments lui |)laisaienl. « Chacun, disait-il, a des idées relatives.
admirait les grandes lignes simples des monuments. Enfin, il ne jouissait bien d'une chose qu'après en avoir connu la valeur. Son premier soin pour la Malmaison fut de calculer ce que le domaine lui avait coûté et le produit qu'il en retirait. De même rtionnêteté lui imposait du respect; il l'honorait'. Il mettait, pour cette raison, le fabricant audessus du commerçant. Le fabricant produit; le commerçant ne fait que de l'agiotage, sans cesse courant après le gain, d'un cœur impitoyable. « Le commerce lue l'àme, disait-il à Chaptal, et n'a point de patrie. « C'est pourquoi il se montrait si dur dans le règlement des fournitures faites à l'Etat. Jamais il ne consentit à payer plus de deux tiers des factures, les incriminant de surcharges illicites. Si l'on se butait, il menaçait de se fournir ailleurs, etde se servir de l'argent retenu pour solder les nouvelles commandes. Timoré, le fournisseur acceptait. Il trichait au jeu, dit-on, ce qui n'est point honnête. Sans doute, mais non pour le gain, puisque l'enjeu était nul ; par orgueil, repoussant l'humiliation d'une défaite. Aux barres, aux cartes, aux échecs, il favorisait toujours son jeu d'une tricherie. C'était cet esprit de ruse, ce désir de primerpartout qui l'excitaient et le dominaient en politique. Ainsi
« J'avais le ijoùt de la fondation et non celui de la iiropriété. Ma i>ropriété '■■ à moi était dans la gloire et la célébrité. Le Simplon pour les peuples, « le Louvre pour les étrangers, m'étaient plus à moi une propriété que des « domaines privés. J'achetais des diamants à la couronne ; je réparais les « palais des souverains, je les encombrais de mobilier, et je me surprenais •' parfois à trouver que les dépenses de Joséphine dans ses serres ou sa '< galerie étaient un véritable tort pour mon jardin des Plantes ou mes « musées de Paris.» (Mémorial.)
\. Damas-Hinard, t. H, p. 199 :
« J"ai eu beaucoup de peine, disait-il, à vaincre les penchants des premières personnes de l'Etat que l'on a vues depuis, près de moi, strictes et sans reproches. Il m'a fallu les effrayer souvent. Combien nai-je pas dû répéter de fois dans mes conseils que si je trouvais en faute mon propre frère, je n'hésiterais pas à le chasser. »
qu'au jeu, il n'hésitait pas à tromper. Sûr pour ses protégés, avait-il dit; peu sûr pour ses rivaux qui lui disputaient une proie. 11 observait; il louvoyait entre les partis, toujours du côté du plus fort, jusqu'à ce qu'il fût le plus fort lui-même. Ami de Robespierre, puis de Tallien, puis encore courtisan de Barras dont il exécute les ordres en Vendémiaire, se retournant avec prestesse contre ses premiers amis, ne voyant que lui et l'issue finale en son honneur 1.
Pour ce jeu-là, il faut savoir garder son secret, écouter les autres et se taire. Admirable discipline de l'esprit de Bonaparte. Ses secrets, comme le remarque Arnault, étaient untissu défaits qu'il ne découvrait qu'en détail, qu'il divisait en menues paroles pour ses intimes et leur donner confiance. On s'imaginait avoir ses confidences; elles n'étaient qu'une parcelle des projets ruminés en sa pensée. Tant qu'il y eût doute sur les destins de la France il ne bougea pas. Il comprenait que sa personne et sa gloire étaient un enjeu considérable, et il savait s'abstenir. Il refusa la place de Henriot, commandant l'armée de Paris, que lui voulait donner Robespierre. Les factions qui se disputaient le pouvoir étaient encore trop vivaces. A son retour d'Egypte, il montra la même habileté. 11 reçut les propositions de tous les partis et ne donna d'espérances à aucun, prévoyant la chute fatale du Directoire, alors sans autorité et sans prestige; une faible poussée en causerait l'écroulement. « Ces gens-là n'ont pas su gouverner », disait-il à Real. Et Fouché, en ses