Taine, Jiéijime moderne, l. 1, p
« Personne ne l'a surpassé dans Fart d'exploiter les écus et les hommes : et il est aussi habile, aussi soigneux, aussi âpre à se les procurer qu'à les
exploiter. "
Mémoires, admire la prestigieuse adresse de l'homme qui, en vingt-cinq jours, après son débarquement à Fréjus, avait pu se rendre maître de la France. Comme au jeu, il usa de ruse. Il trompa tout le monde-.
Il trompa Barras, en lui faisant dire que les autres directeurs avaient donné leur démission ; il trompa Gohier, en le faisant inviter à déjeuner par Josépliine, le matin de la journée de Saint-Cloud; il trompa même son frère Lucien, en jurant de respecter la liberté qu'il allait détruire. Et sans dépasser le Consulat, ne le vit-on pas, avec les Anglais, s'avançant, promettant, reculant, pour leur disputer Malte? A qui incombe la rupture du traité d'Amiens? Les Anglais la désiraient; les grands marchands de la Cité déploraient, depuis la paix, la diminution de leurs atTaires. Mais si Napoléon n'avait point annexé le Piémont à la France, le traité se fût maintenu, peut-être, jusqu'à des incidents plus graves de part et d'autre. Quelle morale est respectée en politique -? Quels sont les princes, quels sont les Gouvernements qui furent toujours loyaux envers l'adversaire? Conclure la paix avec l'un, pour
1. L'explication de cette conduite, on la trouve dans une lettre qu'il écrivait à Joséphine, le 27 mars 1807 : « Toute ma vie, lui disait-il, j'ai tout sacrilié, tranquillité, intérêt, bonheur, à ma destinée.»