Mémorial, t. VIT, p. '.'u:i
remarquer partout. Ma sœur Elisa était une tète mâle, une àme forte. Elle aura montré beaucoup de philosophie dans l'adversité. Caroline est fort habile et très capable. Pauline, la plus belle femme de son temps, peut-être, a été et demeure jusqu'à la fin la meilleure créature vivante. Quant à ma mère, elle est digne de tous les genres de vénération. Quelle famille aussi nombreuse pourrait présenter un plus bel ensemble'? »
Et quoi qu'on puisse écrire sur cette immortelle ligure, le dernier mot n'est point dit encore. Napoléon est peut-être le seul qui se soit bien dépeint lui-môme, en sa réponse à David voulant faire son
i. Barras, t. IV, p. 190.
Barras riposte : « Et de quoi se composait cette famille? De gardes-magasins voleurs, sauvés de la flétrissure et du supplice par ma protection ic'était pour Lucien) ; d'un prêtre fournisseur, non moins voleur, de plus renégat (c'était i)0ur le cardinal Fesch); et de plusieurs filles prostituées, i|u'on pourrait appeler publiques, connues et repoussées jiar le scandale de leurs mœurs dans plusieurs villes du midi de la France et même à Marseille. » La calomnie est ici trop patente; il fallait la connaître.
M°'<'de Staël a laissé un portrait de Bonaparte, dans ses Considérations sur la Révolution française, troisième partie, chap. xxvi.
Il J'avais vu des hommes dignes de respect; j'avais vu aussi des hommes féroces. Il n'y avait rien dans l'impression que Bonaparte produisit sur moi qui pût me rappeler ni les uns, ni les autres. .J'aperçus assez vite, dans les différentes occasions que j'eus de le rencontrer pendant mon séjour à Paris, que son caractère ne pouvait être défini par les mots dont nous avons coutume de nous servir. Il n'était ni bon, ni violent, ni doux, ni cruel à la façon des individus à nous connus. Un tel être, n'ayant point de pareil, ne pouvait ni ressentir, ni faire éprouver de la sympathie. C'était plus ou moins qu'un homme. Sa tournure, son esprit, son langage sont empreints d'une nature étrangère. Loin de me rassurer, en voyant Bonaparte plus souvent, il m'intimidait tous les jours davantage. 'Je sentais confusément qu'aucune émotion du cœur ne pouvait 'agir sur lui. Il regarde une créature humaine comme un fait ou une chose, et non comme un semblable. 11 nehaiL pas plus qu'il aime. Il n'y a que lui pour lui. Tout le reste des créatures sont des chiffres. Chaque fois ([ue je l'entendais parler, j'étais frappée de sa supériorité. Elle n'avait aucun rapport avec celle des hommes instruits et cultivés par l'étude, tels que la France et l'Angleterre peuvent eu offrir des exemples. »
Autre ennemie, comme Barras, qui déverse son trop plein de haine sur le grand homme. Lamartine a écrit d'elle {Souvenirs et Portraits) : « Quelle femme, et c'est là sa vertu, peut être impartiale ? La femme est l'être passionné, ou elle cesse d'être femme. »
portrait: « Représentez-moi, lui disait-il, immobile sur ?m cheval fongueux i)\ exacte image de la vie de cet homme qu'aucun revers ne put abattre, qui pétrit le monde de sa Qiain puissante, et, au milieu du bouillonnement des peuples emportés avec lui, dans sa course effrénée, conserva l'imposante majesté de sa force toujours accrue.