‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 100 sur 119 · I. Picard, dan» l'Enei/claptilit dei gtnidu «om/eesli · texte numérisé non relu

I. Picard, dan» l'Enei/claptilit dei gtnidu «om/eesli

LInalsant )>roroDd«s qui dëveloppenl.aTee un art infini de.» curacltres. 11 faut, pour atteindre k cette hautei n'en Tut il>'|>artl k Picard. Cependant, il reçut, de la

tuelle» et de la (^dieté Tranche et turloul la K^eti^. t< L'on avait besoin d'un auteur eomique de u trempe, libre (le loule contrainte que nous Iransmirent nos a [uJH, les déraiitii de celte Raielé. qui a prli louci de It ton ; il ne Tut paa iinpiini-menl turnaniniè le T^nien

interlocuteur, c'est un agrément enviable, mais muner, quand on le peut, muser à son aise, laisser vagabonder son esprit en mCme temps que ses jambes, c'est un plaisir charmant qu'aucun autre ne balance. De même de Monsieur Tatillon, le bavard qui se m4le des aflaires de tout le monde et les fait échouer, par son indiscrt^tion ou sa maladresse.

Aucun vice, aucun ridicule, ,ne lui échappent. Mais il s'interdit la politique, et pour cause. Le sujet était trop scabreux. Il avait l'exemple de Lemercier, qui n'avait pu Taire réussir Pinlo, l'histoire d'une conjuration au Portugal; l'exemple de Dupaty, dans Picarns et Diego, pièce qui faillit envoyer l'auleur à Saint-Domingue; l'exemple d'Alexandre Duval, qui, à chacune de ses pièces rappelant un souvenir politique, fut obligé de la retirer de la scène, et même, aprfts Edouard en Ecosse, de s'exiler en Russie, pendant un an. La politique! On sait bien que Bonaparte se la réservait pour lui seul, et qu'il ne souffrait pas plus la critique d'un journal, ou celle d'un théâtre, que celle du Tribunal. Picard se le tenait pour dit.

Auteur d'abord, il fut ensuite acteur. Il jouait lui-m6me, à son théâtre, les pièces qu'il avait composées. H subissait donc deux fois la critique : la première, sur la pièce; la seconde, sur la manière dont elle était jouée. GeolTroy lui fut clément. Il fit souvent l'éloge de Picard. Le feuilletoniste des Déhals appréciait l'auteur, sa bonne humeur, ses railleries légères, quoique souvent décolletées. Et il l'incitait à élever son idéal, à creuser davantage le caractère de ses personnages. ^}uuntàson talent d'acteur, il l'estime beaucoup moins que son talent d'auteur.

Le mérite de Picard était d'avoir réuni une troupe

qui le secondait avec dévouement. Chacun de ses pensionnaires était à sa place dans son rôle, parce que Picard l'avait écrit pour Tacteur même. Et les pitVcs n'avaient point de chute retentissante. Elles plaisaient toujours par quelque côté; les acteurs, solides dans leur personnage, les défendaient contre un échec. Elles n'étaient, au surplus, qu'une reproduction de la vie. Les yeux fureteurs du poète, son esprit éveillé, lui fournissaient, sans cesse, des sujets de comédie, mieux que cela des mannequins dont il recouvrait l'ossature de toute la fantaisie de son imagination. Tel jour, dans la rue, il avait rencontré celui qu'il devait dresser en pied sur les planches de son théâtre; tel autre, il avait recueilli la phrase qu'il enchâssait en vedette, dans la scène la plus réussie. La rue, l'atelier, le salon de sou temps, apparaissaient ainsi dans toute leur vérité. M inventait beaucoup; il observait davantage; il savait retenir et se rappeler; et il renouvelait, chaque jour, ce que l'on avait vu faire à Shakespeare et à Molière, défendre soi-même son œuvre devant le public. La foule les suit, avec sympathie, ceux-là, les courageux qui se jettent, tête baissée, dans l'action, comme Picard. Et pour résumer, en une phrase, toutes ses qualités, on peut dire après Villemain : « Il avait lu dans la vie humaine, plus que dans les livres. »

Alexandre Duval était né à Rennes, en 1767. Il fut longtemps l'ami de Picard, avec lequel il devait se brouiller, un jour. Mais, au temps du Consulat, aucune querelle ne les avait séparés. L'un et l'autre rivalisaient d'ardeur, afin do plaire au public; et ils étaient devenus les deux plus grands fournisseurs des théâtres.

Duval n'avait pas plus d'esprit que son ami, ni la faculté d^observer plus aiguë. Il possédait une entente de la scène plus forte. Les situations de ses comédies, ou de ses drames, étaient mieux développées ; ce qui en augmentait Tintérôt. Gomme son ami, il puisait, dans ses lectures ou ses conversations, le sujet de ses œuvres. Lisant La Bruyère, ses yeux tombent sur celte pensée : « Combien de testateurs se repentiraient de leur économie pendant leur vie, s'ils pouvaient voir, après leur mort, la figure de leurs héritiers? » De là était sortie une pièce en un acte, les Héritiers. D'ailleurs, sa jeunesse aventureuse, sa vie de marin, de soldat, d'ingénieur, sa vie d'acteur même, pendant plusieurs années, lui avaient donné, plus qu'à Picard, l'expérience des hommes, mais aussi un caractère moins facile.

Les préfaces des deux auteurs, à chacune de leurs pièces, nous font sentir cette différence. Celles de Picard sont plus générales, s'appliquent davantage à la contexture et à l'esprit de l'œuvre ; celles de Duval sont plus personnelles et révèlent une âme aigrie par les soucis de l'existeuce. Il se plaint un peu de tout le monde, des gens du pouvoir et surtout des écrivains, ses juges. Contre Geoffroy, il exhale Taigreur de ses souvenirs. « Geoffroy était le fils d'un boulanger, écrit-il, et, cependant, on peut dire, proverbialement, qu'il n'était pas bon comme le pain. Par ses grandes connaissances dans la littérature ancienne et par son originalité malicieuse dans ses jugements, il fit sa fortune et celle du journal de l'empire dont il composait les articles « spectacles ». Il s'était rendu si terrible, pour les auteurs et les acteurs, que, semblable au Jupiter tonnant, il ne se laissait

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