‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 16 sur 119 · Morellet, Afêmoiret, t. I, p · texte numérisé non relu

Morellet, Afêmoiret, t. I, p

« Il faut dire que le 3 décembre 1792, il (La Harpe) avait déclamé en plein lycée, le bonnet rouge sur la tète, un hymne en l'honneur de la Révolution, où se trouvent ces deux vers aussi atroces que de mauvais goût :

Le Ter, il boit lo saDg- ; le sang nourrit la fHge

Et la rage donne la mort.

« Que dans le Mercure du 23 novembre 1793, en parlant de l'apostasie de quelqups prêtres et de leur profession d'incrédulité à la tribune, il a imprimé ces m«)ls : « Lorsque les prêtres viennent nous dire, sans y être forcés en aucune manière : En conscience, mes amis, nous vous trompions, » il n'est pas possible de ne pas le croire.

< Que dans le Mercure du 15 février 179^1, lorsque les assassinats juridiques se multipliaient, lorsqu'on égorgeait M**deMarbeuf, pour avoir semé en luzerne, un champ de blé, il a imprimé que les destinées de la République s'embellissaient tous les jours.

« Que dans le Mercure A\x 1*' mars 1704, il a dit que c'était de la messe qu'étaient venus tous nos malheurs.

« Qu'en parlant de la commune de 1793, il l'a désignée par cet éloge : « Celte mémorable commune, si constamment et si éminemment révolutionnaire », et que dans le Mercure du 8 mars 1794, il a appelé les Comités de ï>alut public et de Sûreté générale, souillés de tant de crimes : « Cette autorité révolutionnaire qui a produit tant de merveilles. •

« Quels qu'aient été depuis ses sentiments, voilà ce qu'ils étaient alors, et on conçoit qu'er^lcs laissant apercevoir, ceux de nos confrères (Morellet parle ici des académiciens) qui étaient révolutionnaires comme lui, empoisonnaient pour les autres le plaisir de la réunion. »

jour, ses déclarations abominables de sectaire et il en fait ressortir Tatrocité.

Le Mercure^ au rebours, n'oublia pas son ancien collaborateur, et Ton y pouvait lire, en Tan XII, un élogieux article sur un petit poème de La Harpe, f Ombre de Duclos^ dont le journal donnait Tanalyso. Parmi ses petits poèmes, disait-on, rOmhre de biœlos est celui qui fit le plus de bruit... Le caractère caustique du moraliste, sa gaieté, sa franchise qui ne se démentit jamais, fournissaient au poète des couleurs assorties à son sujet. 11 suppose que l'académicien se trouve dans les Champs-Elysées avec Tabbé de Bois-Robert, ce convive aimable, dont la principale fonction était d'égayer le cardinal de Richelieu. La conversation s'engage entre eux sur les auteurs du xviii" siècle. Duclos propose à Tabbé de lui montrer une de ces audiences qu'il donnait aux gens de lettres, en sa qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie française. Bois-Robert trouve l'idée piquante, et La Harpe commence :

On voit Duclos, sur un grand fauteuil noir, Dans l'entresol, sombre et triste manoir Où doit loger Monsieur le secrétaire.

Là, fourmillait tout Tessaim littéraire.

L'un apportait sa nouvelle grammaire ; L'autre un roman ; l'autre des almanachs ; L'un des sermons; l'autre des opéras; Et celui-ci, son recueil d'héroïdes; Et celui-là, ses drames insipides :

Drames en prose et traduits, et vendus En Allemagne et des Français peu lus, Mais enrichis de fleurons et d'estampes. Malgré Voltaire, appelés culs-de-lampes, Couverts de points, de l'un à l'autre bout, Points merveilleux, qui tiennent lieu de tout; Points éloquents, qui font si bien entendre Ce que l'auteur n'a pas l'esprit de rendre.

C'est dans les points qu'il faut s'évertuer; Et le génie est Fart de ponctuer.

« Ces derniers vers, ajoute le Mercure^ rappellent la manie des auteurs de drames, qui, dans Timpuissance de terminer leurs phrases, mettaient plusieurs points, ce qui, aux yeux des amateurs de ce mauvais genre, passait ou pour des réticences pleines de sens, ou pour des sentiments trop énergiques pour pouvoir être exprimés par des paroles. »

On apercevait souvent, dans les salons de Paris, entouré et cajolé parles femmes, un petit vieillard, accompagné d'une sorte de commère qui ne le quittait point des yeux et savait se faire obéir du petit homme, comme d'un enfant. C'était le poète Dolille *, rornement recherché de toutes les assemblées de bonne compagnie, sous l'égide de celle qu'il nommait sa femme. Elle était peu aimée de ceux qu'elle voyait. Prétentieuse, exigeante, prenant son poète comme un homme de rapport, qui devait fournir une tâche quotidienne, déterminée d'avance, elle l'emmenait lorsqu'on eût voulu le garder. Il était fatigué, disait-elle. Et parce qu'elle avait eu, en sa jeunesse, une assez jolie voix et avait chanté chez la princesse de Lamballe, il lui semblait que les compliments et les prévenances ne lui arrivaient pas assez pressants.

M*'*' de Chastenay vit, un soir, le poète chez la comtesse du Bourg. Elle le trouva se reposant, très gai, dans un petit salon, ne demandant qu'à plaire aux invités, et à réciter, de ses poèmes, tous les

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