‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 34 sur 119 · M" Cottin · texte numérisé non relu

M" Cottin

2.^fa^vina, t. Il, p. 198. Malvina, dans une maison ennemie, est venue ■oigner son amant qui va mourir. Elle essaiera de le sauver.

« Quel instant que celui-là! quelle situation que la sienne! Elle le revoit, enfin, cet objet tant aimé; mais comment le retrouve-t-elle? dans une chambre éclairée d'une lueur sépulcrale! inanimé, ne distinguant personne, ne reconnaissant plus Malvina, expirant enfin !... Elle s'approche de son lit, entrouvre le rideau, prend sa main et la trouve glacée. Elle pose la sienne lur le front de son amant. 11 est baigné d'une froide sueur. Ses lèvres décolorées sont sèches et entr'ouvertes, et son haleine exhale à peine un

d'ailleurs, aux événements tragiques, aux complications qu'entraîne Tamour, lorsqu'il n'est pas satisfait. Elle avait été aimée, et elle avait éprouvé, sans doute, les désillusions qu'elle dépeint en ses récits toujours romanesques. Quelques-unes de ses pensées sur l'amour laisse croire que ce sont ses peines qu'elle divulgue. « Qui n'a pas vu souffrir ce qu'il aime, dit-elle, ne sait pas encore jusqu'où il peut aimer. » « Une femme, douée d'un cœur tendre et d'une imagination très vive, verra longtemps le monde avant de le connaître. » — On veut dégoûter Malvina d'Edmond, en lui faisant craindre d'être malheureuse par lui. « Eh! que me fait d'être malheureuse, répond-elle, pourvu qu'il m'aime ! » C'étaient ces cris de passion, si vrais et si profonds, qui la faisaient admirer et suscitaient la jalousie de M"" de Genlis à son égard. De même, dans Ame /te de Mansfe/d, roman paru en 1803, c'est de l'effroi pour Tamour, dit le Mercure^ que M™' Cottin veut inspirer à ses lecteurs. « L'amour, cette passion terrible, qui, dans un délire de peu d'instants, épuise tellement tout ce que Thomme a de chaleur, qu'il ne reste plus de courage pour ses devoirs, de sensibilité pour les affections douces, et d'attraits pour

r«\ste de chaleur. Elle croit l'entendre articuler quelques mots. Elle ne respire plus. Elle (•conte. Elle ne s'est pas trompée. « Malvina, dit-il, d'une Y«»ix mourante. Malvina! » A ce nom, l'infortunée ne peut contenir ses sanglots... Pour qu'ils ne soient pas entendus, elle enveloppe sa tôte sous les rideaux. Elle tremble que le cri de sa douleur n'aille apprendre à Edmond qu'elle est là. et, pour pouvoir le mieux servir, elle se condamne à ne plus se plaindre. Ses yeux n'ont plus de larmes; son cœur a cessé de gémir. Le regard fixé sur une montre, elle compte les minutes, et à mesure que chacune passe, elle frémit sur celle qui va suivre. Bientôt, elle n'a plus besoin d'aiguille pour calculer le temps. Elle le marque par les battements de son cœur. A genoux devant le lit d'Edmond, la tête penchée sur cette main froide et pâle, elle la réchauffe dans les siennes et, au milieu du silence du monde, elle implore le Dieu de miséricorde, en faveur de celui qu'elle adore. Oh! que sa foi était sincère, que ses prières étaient ardentes. Elle sentait, elle était sûre que quehpi'un là-haut l'écoulait. car la confiance, que Dieu inspire, s'augmente avec le besoin qu'on a de lui. »

la vie. » Elle mourut jeune, en 1807, et son nom cependant n'est point tombé dans i^oubli. Malvina, que les lecteurs mirent à la mode, sous le Consulat, a sauvé sa mémoire.

Les romans de M""* de Flahaut, devenue M"'" de Souza, femme de Tambassadeur représentant le Portugal, étaient alors très appréciés ^ Aucune situation tragique, aucun sentiment exalté ne se rencontraient dans les récits de cette dame, mais bien plutôt des sentiments délicats, en un style orné de tours ingénieux, sous forme de journal, ou de lettres échangées entre les principaux personnages. Dans Adèle de Sénanges^ dans Emilie et Alphonse^ le roman se poursuit par lettres ; dans Charles et Marie ^ dans Eugène de Rotheliîi, il se déroule en monologues, en confidences, que se font à quxmômes les héros du roman. Charles et Marie , narration touchante, description ingénieuse dun amour impuissant à se comprendre et à se calmer, fit les délices des lecteurs de ce temps-là. Les journaux comblèrent d'éloges cette œuvre bien conçue et bien développée, où Tauteur décrivait en phrases émues *< les vertus de la bonne lady Seymour. la sensibilité ingénue de Marie, la tendresse passionnée de Charles ». Le Mercure compare Charles et Marie à ce petit bijou littéraire de M™'' Riccoboni, à ce petit chef-d'œuvre qui s'appelle Ernestiîie,

1. M*« de Rciimsat. Lettres^ t. I (en noie sur M"« de Souza).

• M"« de Souza, ci-devant M"« de Flahaut, est connue par des romans qui ont eu quelque succès. Elle était jolie, spirituelle et un peu intrigant»'. Fille d'un fonctionnaire, elle avait d'abord épousé M. de La Billardorio 4e Flahaut^ puis M. de Souza, Portugais distingué, honorable et éclairé, ambassadeur de Portugal en France. Elle était daulant plus liée avec M** de Rémusat qu'elles habitaient, toutes deux, des maisons très voisines, nie du Marcbé-d'Aguesseau. Elle a $;urvéfu a son mari, et a vieilli dauh la pêne, en partie, par suite d'une pas-^ion pour la loterie. «•

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