‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 39 sur 119 · Au sujet de liené, FoiitaneR écrivait encore au Mercure · texte numérisé non relu

Au sujet de liené, FoiitaneR écrivait encore au Mercure

« Il n'est personne qui nail senti le charme douloureux de cette dernière visite au château paternel, de celte lettre où Amélie décrit la paix et les consolations qu'elle a trouvées au pied des autels. Mais ce roman doit surtout plaire aux lecteur», qui conservent quelque souvenir de TiX^e d'inquiétude et des passions naissantes qu'on a voulu peindre. Ils y verront leur propre cœur, deviné pour ainsi dire, et jusqu'aux nuances de leur existence confuse, fixée dans ces tableaux éloquents. Peut-être même que. jugeant ce petit ouvra^^e d'après le mérite de la composition et de."* difticultes vaincues, ils préféreront aux amours de Chactas les rêveries du jeune René. Dailleurs, la moralité e^t tout à fait neuve et malheureusement d'une application très étendue. Elle s'adresse à ces nombreuses victimes de l'exemple du jeune Werther, qui ont cherché le bonheur loin des afTections uatui'elles du cœur et des voies communes de la société. •

jour, sans doute, écrit-il sur Chateaubriand, on pourra juger ses compositions et son style, d après les principes de cette poétique nouvelle, qui ne saurait manquer d'ôtre adoptée en France du moment qu'on y sera convenu d'oublier complètement la langue et les ouvrages des classiques. » Chénier en était le plus ferme disciple.

Malgré tout, le Génie du Christianisme eut une influence d'autant plus efficace, qu'il sortait de la plume d'un laïque, que ce laïque était jeune et soumettait, à la société, des idées jusque-là inexplorées ^ Elle était si lasse du passé, de ses douleurs, de ses convulsions, des disputes philosophiques, cette société, qu'elle allait, de tout son élan, à celui qui venait souffler sur ces souvenirs obsédants et faisait scintiller des clartés nouvelles.

1. Chateaubriand, Mémoires, t. II, p- 200, éd. Birô. ■ En supposant que l'opinion relif^ieuse existât telle qu'elle esta l'heure où jécris maintenant (1836-1837), le Génie du (hristianisme étant encore à faire, je le composerais tout différemment: au lieu de rappeler les bienfaits et les institutions de notre religion au passé, je ferais voir que le christianisme esl la pensée de l'avenir et de la liberté humaine ; que cotte pensée rédemptrice et messie est le seul fondement de l'égalité sociale; qu'elle seale la peut établir, parce qu'elle place auprès de cette égaillé la nécessité du devoir, correctif et régulateur de l'instinct démocratique... Je ferais voir que partout où le christianisme a dominé, il a changé l'idée, il a rectifié les notions du juste et de l'injuitte, substitué l'affirmation au doute, embrassé l'humanité entière dans ses doctrines et ses préceptes. Je tâcherais de deviner la distance où nous sommes encore de l'accomplissement total de l'évangile, en supputant le nombre des maux détruits et des améliorations opérées dans les dix-huit siècles écoulés de ce côté-ci de la croix. 1^ christianisme agit avec lenteur, parce qu'il agit partout; il ne s'attache pas à la réforme d'une société particulière: il travaille sur la société générale; sa philanthropie s'étend à tous les fils d'Adam ; c'est ce qu'il exprime avec une merveilleuse simplicité dans ses oraisons les plus communes, dans ses vœux quotidiens lorsqu'il dit à la foule dans le temple : « Prions pour tout ce qui souffre sur la terre. » Quelle religion a jamais parlé de la sorte. Le Verbe ne s'est point fait chair dans l'homme de plaisir, il s'est incarné à l'homme de douleur, dans le but de l'affranchissement de tous, d'une fraternité universelle et d'une solvation immense... Reste à savoir si à l'époque de l'apparition de ce livre, un autre Génie du Christianisme élevé sur le nouvean plan dont j'indique à peine le tracé, aurait obtenu le même succès. »

A Tenthousiasme débordant de ces études religieuses, elle reconnut le signe d'un bomme convaincu, et elle lui fitfôte. Elle ferma les yeux sur les défauts de Touvrage, ne retenant que les qualités ; ce qui était conforme au caractère de l'intéressant écrivain, qui ne désirait rien tant que Tapprobation des autres et se souciait fort peu de celle de sa conscience. Joubert, dans une lettre écrite à Mole, en ce temps-là, a tracé de Chateaubriand, au moral, un portrait qui le montre dans toute la vérité de sa nature. Il observe que les facultés de leur ami commun sont tournées vers le dehors ; qu'il ne descend jamais en lui-même ; qu'il ne s'interroge jamais, « à moins que ce soit pour savoir si la partie extérieure de son àme, c'est-à-dire son goût et son imagination, sont contents, si sa pensée est arrondie, si ses phrases sont bien sonnantes, si ses images sont bien peintes, observant peu si cela est bon ». Et comme, dans la bonne compagnie, si ce n'est dans le monde des lettres, on applaudissait à Tœuvre nouvelle. Chateaubriand était satisfait '.

1. Dans la même lettre (Antoine Roche, Histoire deê principaux eVrtratnt), Joubert examinait l'homme natif et l'homme de l'éducation :

« Un fonds d'ennui, qui semble avoir, pour réservoir, l'espace immense qui est vacant entre lui-même et ses pensées, exige perpétuellement, de lui, dos disiractions qu'aucune occupation, aucune société ne lui fourniront jamais à son gré, et auxquelles aucune fortune ne pourrait sufQre, s'il ne devenait tôt ou tard, sage ou réglé. Tel est, en lui, ce qu'on pourrait appeler l'homme natif. Voici celui de l'éducaiion :

« Il parait qu'il se propose ou qu'on lui propose, pour dernier terme d'ambition, l'honneur d'être un homme de cour. Si vous y prenez garde, la seule qualité acquise, qui ait été imprimée en lui, avec force, et qu'il y ait invariablement retenue, est celle qui rendrait propre à ce métier, une grande circonspection. Tout transparent qu'il est par nature, il est boutonné par système. Il ne contredit point. Il fait, très volontiers, des mystères de tout. Avec une àme ouverte, il garde non seulement les secrets d'autrui (ce que tout le monde doit faire), mais les siens. Je crois que, de sa vie, il ne les a bien dits à personne. Tout entre en lui et rien n'en sort. Il pousse les ménagements et les pratiques de la discrétion, jusqu'à laisser

LES PROSATEURS d91

Ce fut, à n'en pas douter, la raison qui maintint, durant sa vie, la verdeur de ses pensées. Confiant en soi-même, il ne vieillit point, et s'abandonne à son génie, à ses passions, à ses désirs, toujours avec la même fougue, retrouvant sans cesse la verve, cette exhubérance d'images, qui le classait au-dessus de ses rivaux et de ses contemporains.

Philareste Chasles le vit, un jour, sexagénaire. Il nous le montre, en sa petite taille, un peu contrefaite, montant d'un pied alerte l'escalier de TAbbaye-au-Bois, par où chaque jour il se rendait à Tapparlement de M"* Récamier. Il élait, — Philareste Chasles le croit, — plus vieillard et plus mélancolique, quarante ans auparavant, lorsqu'il allait s'engager dans l'armée de Condé, et il ajoute : « La physionomie de ce grand écrivain, dont le talent était surtout en relief, la courbe hardie du front et du nez, le dramatique de l'attitude et de la

immoler à ses veux la vériU*, et peut-être quelquefois la vertu, sans les défendre. II prêterait volontiers sa plume, mais non sa langue à la plus belle cause du monde. Enfin dans les épanchements et l'abandon mùme de la société intime, il ne contrarie ses amis, qu'avec une répugnance où l'on sent la résistance à l'habitude. Voilà le Chateaubriand social.

« Ajoutez à cela quelques manies de grand seigneur, l'amour de ce qui est cher, le dédain de l'épargne, l'inattention à ses dépenses, l'indifférence aux maux qu'elles peuvent causer, même aux malheureux, l'impuissance de césister à ses fantaisies, fortiliée par l'insouciance des suites qu'elles peuvent avoir, en un mot. l'inconduite des jeunes gens très généreux, dans un âge où elle n'est plus pardonnable et avec un caractère qui ne l'excuse pas assez, car né prodigue, il n'est pas du tout né généreux. Cette vertu suppose un esprit de réflexion pratique, d'attention à autrui, d'occupation du sort des autres et de détachement de soi, qu'il n'a pas reçu, ce me semble, infus avec la vie et qu'il a encore moins songea se donner.

• Le voilà, je crois, tout entier. Le voilà peint et estimé, en mal à la rigueur: je ne crois pas que sa conduite et son caractère puissent mériter un portrait qui ne soit là. »

M** de Kéniusat, Mémoires, t. II, p. !>'.>.'>, à écrit également sur Chateaubriand :

• Il parait que ce qu'il aime le mieux de l'amour, c'est ce qu'on appelle communément les bonnes fortunes. L'évidence est ce qu'il préfère à tout ; il a des adeptes plutôt que des amis. Enfin, j'ai conclu, de tout ce que j'ai TU. qu'il valait mieux le lire que le connaître. »

pose, la hardiesse souple et élastique taille, un peu contrefaite par le haut (laient à l'éternelle jeunesse de son an veux blancs qui bouclaient sur son (bII p étaient plus jeunes, que n'auraient pu l'adolescence, les longs cheveux blon reurs de Benjamin Constant. » Et pour portrait, voici ce que Chateaubriand < lui-même, dans son infatuation ine <i De grands génies, et de grandes cho existe pas à mes yeux. »

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