‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 51 sur 119 · Cf.t. in, p · texte numérisé non relu

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Il existait un autre groupe qui, sous le Directoire, avait eu un grand retentissement : celui des philosophes idéologues, délaissé et très elFacé sous le Consulat. Ils avaient mené grand tapage, jadis, dans le salon de M°" Helvétius, dans la Décade ensuite, et chez un restaurateur de la rue du Bac, où ils s'assemblaient, tous les tridis du mois. C'étaient Garât, Cabanis, de Tracy, Thuroi, Gallois, Jacquemont, Le Breton, Chénier, Andrieux, Ginguené, Benjamin Constant, Daunou. Mais leurs réunions, sous le Consulat, avaient dégénéré en conciliabules politiques. Plusieurs d entre eux, et non des moindres, éliminés du Tribunat, y apportaient leur rancune, aigrie par une déception amère de n'être plus rien, et de ne pouvoir enrayer l'ascension de Bonaparte au pouvoir suprême.

Les principes deCondillac, qu'ils avaient adoptés etdéveloppésjusqu'à leurplus extrome conséquence, les avaient conduits à combattre le spiritualisme. D'après Cabanis, le cerveau n'avait d'autre fonction que de sécréter la pensée, comme l'esiomac de digérer. De Tracy, en son traité d'Idéologie, expliquant les lois de l'entendement humain, ne réagit point contre cette doctrine désolante, et Lacrelelle disait de lui : « On sent un honnête homme qui partir de faux principes. » Ces travaux philosophiques se poursuivaient sans éclat ; ils se répandaient peu et n'avaient point d'échos. Aucune discussion ne s'élevait à leur sujet. Seulement, auprès de ces anciens, vivaient déjeunes penseurs dont les méditations triomphèrent de ces dépri-

mantes théories, si bien qu'on les vit affirmer, plus tard, d'une façon énergique, les doctrines du spiritualisme, qu'ils ressuscitèrent: La Romiguière, Maine de Biran, Royer-Collard ^

« Maine de Biran, à force de chercher Tâme, trouva Dieu », disent ses biographes. La Romiguière s'efforce de mettre en lumière la liberté humaine, « les droits d'une activité libre », suivant sa phrase '^. Rover-Collard voulut chasser le doute de nos croyances et fonder leur certitude sur des bases immuables, en disciplinant la raison. Cette évolution nouvelle de la philosophie se préparait en silence. Elle n'atteignit son éclosion qu'après Tempire. Bonaparte avait réussi à étouffer le j^hiloso^

1. M. Ferdinand Brunetiêre, dans son Manuel de l'Histoire de la litléralure française^ écrit sur les idéologues (p. 3Î)8) : - Ccrles, ils ne sont point des hommes de sentinientt et rien ne leur est plus étranger que ces dispositions à la mélancolie dont les entretient M"*' de Staël, ou que la poésie du christianisme, si même on ne doit dire qu'elles les trouvent les uns résolument hostiles et les autres contre-fanatisés. N'en parlez pas davantage à Garât, par exemple ou à Ginguené, ni généralement aux rédacteurs de la Décade. Cest le journal philosophique du temps. On y imprime les pires polissonneries du citoyen Parny. De leur côté, les savants, je dis les vrais savants, ceux dont les immortelles découvertes ont balancé ou compensé la stérile abondance de la littérature impériale et révolutionnaire, Laplace et Monge, Berthollet et Fourcroy, Chaptal, Cuvier, Lamark, Geoffroy Saint-Hilaire, ne sont guère plus favorables au nouveau sentimentalisme. »

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