On a souvent reproduit cette page de Laromiguière
• Plaisirs des sens, plaisirs de l'esprit, plaisirs du cœur, voilà, si nous savons en user, les biens que la nature a répandus & profusion sur le chemin de la vie. Mais quon se garde de mettre en balance ceux qui viennent du cori)s et ceux qui naissent du fond de Tâme. Rapides et fugitifs, les plaisirs des sens ne laissent que du vide, et tous les hommes en sont dégoûtés avant l'Age. Mais les plaisirs de l'esprit ont un attrait toujours nouveau. L'àme est toujours jeune pour les goûter, et le temps, loin de les affaiblir, leur donne, chaque jour, plus de vivacité. Pythagore offre aux dieux une hécatombe pour les remercier d'un théorème qui porte encru*e «'Jn nom. Kepler ne changerait pas ses règles, contre la plus brillante coun>nne. Est-il jouissance au-dessus de telles jouissances? Oui, il en est de plus grandes. Quels que soient les ravissements que fait éprouver la cU-couverte de la vérité, il se peut que Newton, rassasié d'années et de gloire, Newton, qui avait décomposé la lumière et trouvé la loi de pesanteur, se soit dit, en portant ses regards en arrière : Vanité^ tandis que le souvenir d'une bonne action suffit, pour embellir les derniers jours delà plus extrême vieillesse et nous accompagne jusque dans la tombe. »
phisme et les tendances vers l'athéisme, qu'il poursuivait partout. Merlet reproduit une lettre du chef de TËtat au ministre de Tlntérieur, au sujet de Lalande. On peut y voir de quelle façon brutale lathéisme y est traité :
C'est avec un sentiment de douleur, disait Bonaparte, que j'apprends qu'un membre de Tlnstitut, utile par ses connaissances, mais tombé aujourd'hui en enfance, n'a pas la sagesse de se taire et cherche à faire parier de lui, tantôt par des annonces indignes de son ancienne réputation et du corps auquel il appartient, tantôtenprofessanthautementrathéisme, principe destructeur de toute organisation sociale, car il ôte à l'homme toutes ses consolations et ses espérances. Mon intention est que vous appeliez près de vous les président et secrétaire de l'Institut, et que vous les chargiez de faire connaître à ce corps illustre, auquel je m'honore d'appartenir, qu'il ait à mander M. de Lalande et à lui enjoindre, au nom du corps, de ne pas obscurcir, dans ses vieux jours, ce qu'il a fait dans ses jours de force, pour obtenir l'estime des savants. Si ces invitations fraternelles étaient insuffisantes, je serais obligé de me rappeler aussi que mon premier devoir est d'empêcher que l'on empoisonne la morale de mon peuple, car l'athéisme est destructeur de toute morale, sinon dans les individus, du moins dans les nations.
À ces philosophes il faut adjoindre Ballanche, sorte de « Socrate lyonnais », — 1776-1847, — poète et philosophe indépendant, qui, par ses travaux, eût triomphé de Toubli, n'eût-il point connu M""" Récamier et ne s*y fût-il pas attaché comme un chien à son maître. Poète mélancolique, il a produit des pages émouvantes dans Orphée^ mais son chef-d'œuvre est la Vision d'Hébaly où l'auteur est parvenu à décrire en cent pages l'immensité de la Création et le développement des âges. Une de ses pensées, mise en évidence par de Loménie, en un de ses portraits, nous révèle bien la nature de ce penseur:
<* L*hoinmc à qui tout succède, selon ses vœux,
oublie de vivre, a écrit Ballanche. Sa douleur seule
compte dans la vie. 11 n'y a de réel que les larmes.
Ce qui amenait cette réflexion du portraitiste : « Ce
mélange d'élévation, de finesse, de naïveté, qui,
dans un vieillard, nous offre, à la fois, un penseur,
un hommtî du monde et un enfant, n'est-ce pas là
un assemblage unique dont l'analyse est impossible,
un tout, qu'il faut renoncer à peindre et se contenter
d'aimer?