‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 58 sur 119 · CHAPITRE II SPECTACLES ET LA CHITIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II SPECTACLES ET LA CHITIQUE

ritiqoe de Geoffroy: qui il était; sa vie passce: 'irnal des Débals. — Coalition contre lui lïe ses I de sa renommée et de son autorité sur ie roy et ses polémiques. — Fut-il vOnal? —

parler des pièces jouées pendant le comédiens qui les interprétèrent, et itiques savantes de Geoffroy', car son s solide, toujours lumineuse, est un 'écieux de l'intérêt que le public de accordait h toutes les choses du

^offroy? Un Breton, sorti des Ordres, eurde Louis-le-Grand, que la Terreur le sa classe et de Paris, et poussé Q petit village de banlieue, où, pour a des leçons de lecture aux enfants.

de rhétorique il s'était fait mattro d il revint à Paris, après que Bonalabli l'ordre et la sécurité, il accepta ^ex Débals la mission de juger les Stre et le jeu des acteurs. Tous les

écrivit un feuilleton compact, où il is seulement à discuter le mérite des

auteurs et des comédiens, mais où il refit l'histoire de la littérature, comparant, avec un sens critique fort rare, les productions nouvelles à celles de l'antiquité. En une langue souple, claire et spirituelle, il donna les raisons irréfragables de ses jugements: il établit les règles véritables de Tart dramatique. Boileau n'eût pas mieux dit. Et, tout de suite, le nom de Geoffroy devint célèbre. Son feuilleton excita la curiosité des lecteurs ; ils Tattendaientavec plus d'impatience, que les nouvelles de la politique. Le Journal des Débats éclipsa les autres journaux. Ses abonnés se comptèrent aussi nombreux que les abonnés réunis des autres feuilles quotidiennes. Le portrait de Tauteur s'étala aux vitrines des libraires et des marchands de nouveautés. On nV voulut voir que le sien^ Dans les cafés, dans les coulisses des théâtres, le nom de Geoffroy remplit toutes les conversations. Il absorba les préoccupations des oisifs. Par quoi il servit les desseins de Bonaparte, qui fut moins surveillé dans la conduite de son gouvernement.

Devenir, en quelques mois, un écrivain connu, c'est provoquer Tenvie de ceux qui ne le sont pas.

1. Voici ce qu'on lisait dans l'Obëercateur ^m 4 novembre 1803 : • L Esprit de. M. Geoffroy, c'est le titre d'une petite brochure dans laquelle on a rassemblé les jugements de M. Geoffroy sur plusieurs de nos pièces de théâtre. Depuis deux ans, le nom de M. Geoffroy est devenu très célèbre. On parle de lui dans les cafés, los coulisses, les loge», les galeries et les parterres de tous nos théâtres. Sa présence excite la même attention qne celle des curiosités, qu'on expose dans les lieux publics, ou qu'on promène dans les rues. \ji% boutiques des marchands de nouveautés et de caricatures sont tapissées de ses images. Ses portraits ont remplacé ceux de .leannot. de Hrunel et de tr)us les personnages (jui amusèrent successivement l'oisiveté des Parisiens... La fortune littéraire de M. Geoffroy a été lente à se foruier. Ce n'est qu'après beaucoup de temps et sur la fin de sa carrière qu'il a conquis quelque célébrité. Ceux qui le connaissent assurent qu'il est nulurellement disposé à l'indolence et à la paresse, et qu'il préférerait volontiers les jouissances d'une vie opulente et sensuelle à tous les lauriers de la littérature. C'eût été un excellent chanoine. »

Les journaux, délaissés pour le Journal des Débats^ se liguèreôt contre cette prépondérance écrasante d'un rival plus heureux. Et les rédacteurs s'occupant de théâtre commencèrent une guerre perfide contre leur confrère. Ils l'attaquèrent, tous, avec la même violence, dépeçant chacun de ses feuilletons, épiant ses moindres inadvertances. Ce qui les irritait surtout, c'est qu'il poursuivait son œuvre infatigablement, sans s'attacher, outre mesure, à tant d'ennemis. Négligeant les sots, il fonçait, avec une ardeur toute juvénile, sur ses adversaires de quelque envergure. Un livre paru, il y a quelques années (1897), Geoffroy et la critique dramatique sous le Consulat et ^Empire, de M. Marc-Desgranges, met en pleine lumière Tacharnement de tous ces envieux. Quand la victime se rebiffa, enfin, sa polémique, acérée et imperturbablement cruelle, lacéra, jusqu'au sang, Palissot et Morellet, dont le passé, sous la plume de Geoffroy, se redressa contre eux, accablant. Le feuilletoniste mit en pièces leur renommée et leur honneur. Après eux, Rœderer, qui possédait le Journal de Paris ^ vint également se piquer à cette plume, alerte, incisive, légère, à cet esprit cuirassé d'érudition et imprégné des souvenirs de la littérature classique. Rœderer, comme les autres, fut démonté et ne put entamer la vogue du Journal des Débats.

Ce fut, ensuite, le tour des petits journalistes, de Ducray - Duminil, qui rédigeait les Petites Affiches; de Lepan, le Courrier des Spectacles, d'autant plus tenace et plus insulteur qu'il était moins intelligent ; de Fabien Pillet, le Journal de Paris ; de Salgues, de Gobet, de Chazet, de Clément Courtois, roquets devant un dogue*, écrivains de

Page 1