Gobet donnait au Journal de Paris l'èpigramme que voici
Le professeur est un homme divin ; A ses talents chacun doit rendre hommage. Mais, entre nous, mon ami, quel dommage! Que tant d'esprit ne soit qu'esprit de rin.
Le Courrier des Spectacles, au moment de la querelle de Geoffroy avec
Morcllet, écrivait :
Pour un melon,
Geoffroy vante une comédie ;
Pour un jambon, Il remplit tout son feuilleton, (ir, jugez, de celte manière.
Ce que le bonhomme peut faire
Pour un jambon.
SPECTACLES ET LA CRITIQUE 285
idiens. M. Marc-Desgranges a voulu iccusations outrageantes; et de ses inoigneuses, il n'a pu établir qu'un fait, ! c(^ltibre critique ne recevait point i refusait pas les présents de ses jus- 3 les Dialogues critiques, d'Iloiïmann, de Néos et de Loxos, M. Marc-Desgran- ! conversation qu'il pense se rapporter iseillant un jeune confrère. D'après lui, lissipe tous tes doutes. Cependant it un ennemi de (Geoffroy. Tous les
criblés d'injures à propos d'un opéra er était l'auteur. Et, dès lors, les insiifTmann ne sont pas incontestables, oici ce dialogue :
lis bien savoir, dit Néos à Loxos, si la [ue vous levez sur les auteurs et les , aussi considérable qu'on le dit, dans !t Loxos répond : « Mon ami, on cxa-
ne m'a jamais payé autant que je i... A cet égard, je dois vous donner aire... Trop confiant dans la solidité ion, j'ai négligé les petites précautions
on substitue la décence & la probité, leuvaient chez moi, et je n'en dédai-
mème le plus modeste. J'ai -permis meubler mon anticliambre; aux rau-
siciens d'orner ma chambre à coucher; aux comédiens, d'embellir mon salon, et aux boulevards, d'approvisionner ma cuisine. Tout cela ensemble ne vaut pas 50.000 francs ; cela m'a fait plus de tort que 100.000 francs, reçus en espèces sonnantes. »
Et poursuivant : « Le peuple a raison, mon ami, quand il dit que l'argent n'a pas de nom. Mais les marchands jasent ; mais les meubles, les bijoux, se reconnaissent et font crier les envieux. Prenez de l'argent, prenez-en beaucoup ; c'est ce qu'il y a de mieux en ce monde ; c'est la seule chose dont je n'aie jamais dit de mal. »
Ce qui atténue singulièrement cette faiblesse de Geoffroy, si elle est certaine, c'est que les mœurs de l'époque, après le Directoire, ne repoussaient point ces licences qui durèrent longtemps encore; qu'ensuite, lorsqu'il critiquait un comédien, ou une actrice, ses raisons étaient fondées, et M. Marc- Desgranges affirme, qu'après examen, la censure de l'écrivain lui paraît aussi justifiée que les louanges. Les offrandes n'étaient donc pas toujours une excuse à sa bienveillance, et leur défaut un motif de sévérité. Et puis, enfin, si ses jugements eussent été si injustes, et sa partialité si choquante, la renommée de ses feuilletons n'aurait pas duré toujours. Faut-il ajouter qu'il mourut sans fortune, et qu'après sa mort, le Journal des Débats^ reconnaissant, servit à sa veuve une pension annuelle de 1.500 francs.
Son œuvre est donc l'histoire la plus sincère des événements accomplis dans chaque théâtre ; l'image la plus vraie de l'impression laissée par les pièces anciennes. C'est en ses feuilletons qu'il faut chercher l'esthétique des auteurs, ses contemporains, et
la tendance qui les anime; ce sont ses feuilletons, encore, qui nous expliqueront les causes d'un succès ou d'un échec. Le théâtre, pendant le Consulat, doit nous apparaître non tel que nous pourrions le concevoir, d'après les idées du temps présent, mais tel que le jugeait un esprit sagace d'il y a cent ans. Certaines comédies nous déplaisent aujourd'hui et ravissaient nos pères. Les tragédies leur agréaient et nous les supportons difficilement. Il ne se passait pas de jour qu'il n'y en eût une, affichée au Théâlre- Français. Et, de même, les lazzi et les calembours, qui faisaient jadis la joie du parterre, s'émousseraient à notre gravité. Le tableau du théâtre, à cette époque, se dessinera, par conséquent, d'après les annonces des spectacles, et en suivant, au jour le jour, l'opinion du célèbre critique et son appréciation sur le jeu des acteurs. Ce sera bien, alors, le Théâtre et les Comédiens^ sous le Consulat.