‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 64 sur 119 · IV · texte numérisé non relu

IV

Franchissant des monts effrayants, Avec une audace inouïe, Bonaparte, en quelques instants, Arrive et reprend rilalie.

Sur ces bords où Ton admirait Son génie autant que sa gloire, J'étais sûr qu'il reparaîtrait Sur les ailes de la Victoire.

Parmi quelques vaillants guerriers.

Qui bien cher ont vendu leur vie, Desaix, tout couvert de lauriers.

Coûte des pleurs à sa patrie.

Mais, tout en pleurant sur son sort, Célébrons, envions sa gloire :

En vrai héros, Desaix est mort Entre les bras de la Victoire.

Dans ce jour à jamais heureux.

Qui de nos braves est l'ouvrage, Quel espoir fait luire à nos yeux, La constance de leur courage.

Ah ! qu'avec plaisir les Français, De leurs guerriers chantent la gloire.

Quand ils sont certains que la paix Sera le prix de la victoire.

Les Troubadours, aux premiers mois de Tan VIII, enregistrèrent un succès, avec un vaudeville de Piis, le Rémouletir et la Meunière^ dans lequel étaient chantés quelques couplets pleins de grâce, d'esprit et de gaieté. L'un des personnages, Alain, dans une scène charmante, s'adresse à la jeune Marguerite, qu'il a vue à la foire de Lagny :

Alain Vous veniais chercher du froment ?

Marguerite J'y venons ben encore !

LES SPECTACLES DE l'aN VIII 307

Alain Vous aviez un p'tit air tout riant !

Marguerite (souriant) Je compt'ben Tavoir encore.

Alaln

Ah ! il m'en souviendra, Ce pt'it air-là Est cause que j'vous adore ?

Alain Vous aviez des souliers galants.

Marguerite J'en portons ben encore!

* Alain Aveuc deux p'tits pieds dedans.

Marguerite (découvrant le bout de son lûed),

J'crois qu'ils y sont encore.

Alain

Ah ! il m'en souviendra,

Ces p'tits pieds-là Sont caus'que j'vous adore.

Alain Vous aviez un corset tout blanc.

Marguerite Voir'ment, c'est le même encore.

Alain Aveuc eun petit'croix d'argent.

Marguerite La croix s'y trouve encore.

Alain (se dressant sur les pieds, pour lorgner le corset)

Ah ! il m'en souviendra,

C'te p'tit'croix-là Est caus'que j'vous adore !

Comme dans les autres petits théâtres, les parodies tenaient une grande place au répertoire des Troubadours. Ce fut Rancune pour l'opéra Hécîfhe, et Ficelle, peintre d'Enseignes^ pour Topera Praxitèle. Quant au théâtre de la Montansier, son répertoire se composait principalement de farces, parmi lesquelles, cette année-là, il faut signaler /a Dame invisible, la Faynille Bajnboche^ ei Brune t, godiche.

Au 15 mai, le feuilletoniste n'avait pas oublié que c'était l'anniversaire du décès de la Champmeslé, l'illustre tragédienne du xv!!*" siècle, morte en 1698, et il écrivait :

« Elle a eu la gloire particulière d'être immortalisée par Racine et Boileau. Racine, dans sa jeunesse, fut son amant. Elle le quitta pour le comte de Tonnerre. De là, cette phrase : « Le tonnerre l'a déracinée ». Louis Racine, dans ses Mémoires, voulut protester contre ces amours de son père. Voltaire disait, avec sa finesse ou sa malignité ordinaire: « Il a beau faire, il ne déshonorera pas son père. »

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