‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 69 sur 119 · Cf. Ci-dessus. Piccini était l'auteur de IHdon · texte numérisé non relu

Cf. Ci-dessus. Piccini était l'auteur de IHdon

2. Piccini était né à Bari près de Naples, en i7"28. A Rome, en 17Ô8, c'est-à-dire, à l'âge de trente ans, il fit représenter la fameuse Cecchina ou la Bonne Fille. L'Almanachdes Spectacles de l'an IX donne sur cette œuvre rappréciation suivante : « Le plus parfait, dit-il, de tous les opéras bouffons qui excita, dans Home, une admiration portée jusqu'au fanatisme. Il n'y a pas d'exemple d'un succès plus brillant, plus mérité, plus universellement soutenu- Il règne, dans cet ouvrage, une vérité, une fraîcheur, une variété, une originalité, qui se soutiennent depuis louverture jusqu'à la fin. Chaque air, chaque morceau est un chef-d'œuvre et l'ensemble est lié arec tant d'art qu'aucune partie ne peut en être détachée, ou déplacée, sans que l'ouvrage y perde. »

son patriotisme. « Caricature », disaient de lui les Débats^ et il se cramponnait quand même à son rôle, et à tous ses rôles qu'il gardait avecàpreté. Lafon, au contraire, se perfectionnait tous les jours. Souple aux conseils, aux avis judicieux de la critique, il tâchait de hausser son talent. Dans le Cid, oCi il jouait Rodrigue, il se montrait plein de chaleur et d'impétuosité, et sa taille, élégamment attifée, représentait joliment le beau cavalier espagnol, excité par Tenthousiasme et lamour. Si Ton jouait plus souvent, cotte année-là, les œuvres de Corneille, les débuts de Tannée précédente en étaient cause. Il fallait donner à M"'' Volnais, à M"" Gros, déjà admises, à M"'' Bourgoin, qui allait débuter, une occasion de révéler leurs aptitudes, de décider leur vocation. Toutes les trois jouèrent Chimène. Ensuite, pour M"* Raucourt, impatiente de faire parler d'elle, on reprit Rodogune où triomphaient sa fierté imposante, la fermeté de son accent, dans le personnage de Cléopâtre, éclipsant M"' Fleury, à qui était dévolu le rôle de Rodogune. Les comiques, alors, réclamèrent leur part. Pour Fleury et Dazincourt, on joua le Menteur^ où Fleury, en Dorante, donnait la mesure de sa finesse, de son enjouement, de sa grâce, dans les récits fabuleux, mis par Corneille dans la bouche de son personnage. Dazincourt, mal partagé dans la pièce, placé à côté de Fleury comme son valet, ne pouvait se faire valoir dans ses répliques fort courtes ; et, cependant, il brillait, lui aussi, par une mimique jamais interrompue, reflet sur sa physionomie de toutes les émotions, de tous les sentiments de son maître L

1. iJaii» les pièces avant celle-ci, écrit (leoflioy, c'étaient les valets qui étaient meuteurâ ; dans celle de Corneille, c'est le maître, c'est Dorante, un

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Après Corneille, ce furent Racine et puis Voltaire, qui servirent aux débutantes et aux grandes actrices, désireuses d'avoir aussi leur jour d'éclat. M"' Vanhove, presque célèbre, choisit le rôle de Monime, dans Mithridate, Monime, une des plus belles créations de Racine, une des plus difficiles à représenter dignement d'après Clairon, qui, dans ce rôle, ne fut jamais satisfaite d'elle-même, parce qu'il y fallait ôlre, en même temps, modeste et tière, timide et courageuse. La douceur, la noblesse du caractère de M"*" Vanhove enveloppèrent merveilleusement le personnage de Monime, et elle y approcha, plus qu'aucune autre, de la nature conçue par le poète*. Iphigénie en Aulide se prêta

jeaoe homme bien né qui est infesté de ce vice si bas. Ce n'est pas pour tromper que Dorante ment; c'est pour s'amuser. Aucune vue d'intérêt, aucun motif odieux ne souillent ses mensonges. C'est un travers de l'esprit, plutôt qu'un vice du cœur. L'étourderie, l'amour-propre, la galanterie, la fougue d'une imagination folle, l'entraînent continuellement dans ces narrations romanesques, qui sont autant de tours d'esprits dont il est très vain. L'auteur a fait sentir habilement les conséquences et le danger de cette sotte manie, par les embarras où le menteur se jette de gaieté de cœur et surtout par la témérité coupable qui lui fait abuser de la crédulité et de la confiance de son père, jusqu'à le rendre aussi le jouet de ses contes et de ses fictions ridicules. Les fables du menteur ne font de mal à personne. Le rire qu'elles excitent est innocent. Mais il est, dans cette pièce, un genre de beauté supérieure à toutes les plaisanteiies, c'est l'indignation d'un père jui^tement irrité, qui reproche à son fils son ingratitude et sa bassesse. Toute la morale, toutit l'instruction de la pièce est renfermée dans cette admirable scène. Le vieillard observe que l'honneur français réside surtout dans la foi; que l'homme de cœur n'a rien de plus 8acré que sa parole; qu'un démenti est le dernier des outrages et ne peut être lavé que dans le sang... Quand son fiis essaie de s'excuser, le père ne veut plus rien croire. Le menteur est réduit à employer le témoignage de son valet, et Géronte l'accable par cette sanglante apostrophe :

Tu Qe meurs pas de honte,

Qu'il faille que, de lui, je fasse plus de compte. Et que tun père même, en duute de lu foi, Donne plus de croytiiice à tou valet qu'à loi!

I. Uuuilly, parlant de M"* Vanhove (M"" Talmaj, disait : •« M"« Talma, véritable sirène, qui, par sa voix, opérait un enchantement dont il était impossible de se défendre. C'est la plus touchante Andrumaque et la plus parfaite Iphigénie qu'ait jamais possédée le théâtre français

Elle joignait à la figure la plus expressive, le geste et le

fort bien aux débuts de M"* Bourgoin, qui fut agréée tout de suite. M*'" Raucourt parut dans Roxane de Bajazet^ mais n'y réussit points Talma, revenant de Lyon, interpréta le rôle d'Oreste dans Andromaqiie, Geoffroy ne s'occupa de lui que pour le critiquer vivement. Il lui reprocha ses emportements sauvages, ses cris, ses gestes frénétiques. La passion au théâtre, dit-il, doit ôtre démontrée d'une manière noble et non repoussante. La vérité des gestes n'est pas toujours théâtrale. « Rien n'est plus facile, ajoute-t-il, que de faire trembler son corps, d'agiter ses bras, d'avoir une respiration gênée, des yeux égarés, et d'imiter les mouvements d'un homme qui a un accès d'épilepsie. » Cette exagération est condamnable. La décence, la mesure et non l'emphase outrée sont des lois au théâtre. Il réprimanda Talma sur le ton avec lequel il dit : « Et vous le haïssez? » en se^^ouant la tête d'une manière ignoble et avec un accent qui ne part pas de l'émotion do son Atre. Et il en appelle à ses propres souvenirs sur Le Kain, qui, dans ce même rôle, tirait tous ses effets de son âme, ot non de ses gestes, et dont les accents de douleur sincère retentissaient dans tous les cœurs '-\

niaiiitien d'une femme de qualité: sa bouche ne s'ouvrait que pour pronoucerun mut de cœur ou desprit. Tout était en harmonie avec son ix»gard dout la douceur vous subjuguait.

1. Voici un souvenir do Geoffroy, au sujet de Roxane : « Kacine, dit-il, fut embarrassé du choix d'une actrice pour ce nMc. 11 flotta longtemps, entre la Champmeslê et M"' d'Ennebaull, fille de Montfleury. Il le donna et l'ôta successivement a l'une et à l'autre. I<es plai:«ants le comparaient à Pyrrhus, entre ilermione et Andromaque. Il lui faisaient Tapplicatiou de ces vers :

Me quitter, me reprendre, et rclouriier encor De la liiie d'Hélène à la veuve d'Hector !

Knfin il se décida pour M"« d'Knnebault- »

'.\ Les Débat» rappellent une anecdote touchant Monlfleury qui jouai l, sous Louis XIV, le rùle d'Orestc dans Andi'umaque. I>orsqu'ii mourai.

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De Voltaire on poursuivit les représentations de J/aAom^/ où triomphait Saint- Prix, avec son «masque superbe ^y ; de Zaïre ^ pour la continuation des débuts de M"* Bourgoin ; d'Adélaïde du Gnesclin, où se retrouvaient Talma et M"* Vanhove: d'Œdipe, où Talma obtenait un légitime succès avec son jeu muet, très démonstratif; et de Sêmiraniis et de Mérope, qui plut si fort aux Jésuites, dans sa nouveauté, parce qu'il n'y avait point d*amour. Les tragiques ne cessaient d'avoir leurs admirateurs. On s'adressa même aux ancêtres. De Rotrou, que Corneille appelait son père, on reprit Venceslas pour Talma, qui se réserva ce rôle ; de Lamotte-Houdard, Inès de Castro^ Lamotte, que Geoffroy essaya de venger du dédain de ses contemporains * ; de Guimond de La Touche, Iphigénie en Tauride ; de La Harpe, Mé/anie, pour M"' Bourgoin dont la beauté et la grâce impressionnèrent toute Tassistance; de Ducis, Af)ufar, pièce que Geoffroy classait parmi les « productions anarchiques » ; et, enfin, d'Arnault il y eut une première représentation de sa tragédie eu cinq actes, /e Roi et le Laboureur^ où Téminent critique ne trouva qu'atteinte au bon sens. L action

quelques-uns dirent qu'il s'était rompu une veine; d'autres, plus amis du merveilleux, débitaient à qui voulait les entendre que son ventre s'était ouvert dans une convulsion frénétique. Montfleury avait, en eft'et, un ventre énorme, et il était obligé de le comprimer avec un cercle de fer, pour en soutenir le poids : difformité fort étrange dans un héros amoureux.

1. « liamotte, dit-il, fait des squelettes bien proportionnés, mais il ignore Part de les revêtir d'une belle carnation. Voltaire ne contient souvent que des bamboches, mais il leur donne un bel habit et un beau niasqtie. Lamotte ne faisait rien qu'avec l'esprit et la tète. L'Ame ne prenait aucune part à ses fonctions poétiques. Voltaire raisonnait et combinait peu. 11 sentait et imaginait beaucoup, hasardait encore davantage, et se livrait à l'impétuosité de son âme. Du sage et timide Lamotte, de l'ardent et fougueux Voltaire, on aurait pu faire un grand poète.

■ Lamotte un jour, au café Procope, après avoir eu la patience d'écouter les sorties de quelques étourdis qui ne le connaissaient pas, se leva brusquement et dit à l'un d'eux : « Allons donc nous ennuyer à la soixante et onzième représentation de cette mauvaise pièce. »

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