IV
y ressemble beaucoup à celle qui est le fond du drame, dans Hernani. Le roi de Castille y est le rival d*un soldat, près de la fille d'un laboureur. Les républicains s'y rendaient en foule pour y fôter, dans la personne de don Pedro, le spectacle d'une couronne avilie.
La fin de l'année républicaine approchai L On était en thermidor, époque où devait débuter, dans Phèdre^ une actrice dont on s'occupait beaucoup. Laide, mais fort jeune encore, élève de Legouvé, elle se nommait Duchesnois. Le jour de ses débuts, la salle du théâtre était pleine; et quoique, dans quelques scènes, la jeune actrice eût éprouvé un trouble fort compréhensible, elle plut tout de suite, réagissant sur l'assemblée par les traits partis de son ànie, tout imprégnée de la passion qu'elle traduisait. C'était là sa grande qualité. Elle émouvait parce qu'elle était émue elle-même; elle faisait pleurer, parce que ses pleurs coulaient sincères de ses yeux. Sa physionomie mobile, expressive, éloquente, impressionnait fortement les spectateurs. On ne pouvait la regarder, entendre sa voix douce, sonore, touchante, sans être frappé soi-même d'une émotion profonde. Les paroles, échappées de ses lèvres, allaient remuer tous les cœurs. Enfin, si elle n'était pas jolie, ce défaut de visage disparaissait aussitôt qu'elle s'animait et que son action commençait sur la scène. D'autres, avant elle, avaient pu simuler le désespoir, Tamour, les généreux élans de l'àme. Mais ce n'était toujours qu'un simulacre, une surface sans profondeur. Chez elle, l'âme découverte se montrait embrasée de passion, et brûlante jusqu'au fond. M"" Duchesnois, dans Phèdre, était tour à tour la femme envahie d'un
amour incestueux, poussée fatalement à un aveu qu'elle ne pouvait retenir ; puis accablée de remords, de désespoir, et jalouse à la fin, éprouvant toutes les tortures d'une faute irrésistible. Et sans cris et sans grimaces, avec toute l'énergie qu'inspire une passion accablante, une passion invincible ^
Dans Sémiramù, qu'elle interpréta ensuite, elle ne réussit point autant que dans Phèdre, Dans le personnage d'Hcrmione, d'Andromaqiiej son troisième rôle de début, elle eut des scènes admirables, celles des deux derniers actes, où, comme dans PhèdrCy elle devait exprimer lout le pathétique de sa situation '2. Ces débuts furent le point de départ d'une lutte intestine au théâtre, entre elle et une autre actrice qui allait paraître bientôt, — M'"' Georges. Le parterre et la société mondaine se divisèrent en deux camps; et cette rivalité entre les deux actrices, soutenues par leurs partisans, prit tout de suite les proportions d'une dissension politique.
Malgré ces soirées retentissantes et les exigences