‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 72 sur 119 · I.aisse ce froid lien · texte numérisé non relu

I.aisse ce froid lien

Aux «Hres malheureux proscrits par la nature.

De leur diiïormilé qu'il répare Tinjure !

Le malin de la vie appartient aux amours.

Sur le soir, dt* l'hymen implorons le secouis.

Ce Dieu consolateur est fait pour la vieillesse.

Il nous assure, au moins, les droits de la jeunesse;

Et la main d'une épouse, à son premier printemps,

Fait naître encore des Heurs, dans Thiver de nos ans.

Mais, prévenir ce terme, et choisir une belle,

Pour languir de concert et vieillir avec elle,

C'est s'immoler soi-même, et c'est perdre, en un jour.

Les secours de l'hymen et les dons de l'amour.

Mole et Fleury étaient alors les grands protagonistes de toutecomédie, et Geoffroy les compare : « Tous deux sont nés avec des talents précieux, mais différents, écrit-il. Mole eut moins d'obstacles à vaincre. Il fut doué d'un plus grand nombre d'avantages physiques. Fleury doit plus à Tari. C'est un acteur qui s'est fait lui-même. Mole avait

LES SPECTACLES DE l'aN X 347

plus de brillant, de grâce, de noblesse; Fleury plus de vérité, de simplicité, de profondeur. Rien n'égalait les agréments de Mole, dans les rôles à grand fracas, dans les marquis et les « petits maîtres ». Personne n'a mieux rendu Tétourderie, la fatuité, la galanterie légère, et tous les ridicules du bon ton. Ses défauts mômes contribuaient à la perfection de son jeu. Fleury a toujours mieux réussi dans les caractères sérieux et prononcés, dans l'expression d'une sensibilité douce et concentrée, dans tous les personnages vertueux et fermés, qui ne demandent pas un grand mouvement. Il excellait dans l'ironie, dans la raillerie. On ne peut pas mieux jouer que lui, le Clitandre, des Femmes savanieSyle marquis, dans Tnrcaret^ ettous les rôles de ce genre. Celui de l'honnête campagnard, dans les Mœurs du joitr^ semble avoir été fait exprès pour développer tous ses talents : simplicité naturelle, ironie ^îne^ sensibilité, raison vigoureuse, bonhomie touchante ».

Le Vaudeville persévérait dans la représentation

\. Ce qui n'empêchait pas le critique de s'élever avec force conlre les congés que prennent trop fréquemment les acteurs. « De touteis parts les talents désertent, écrit-il ; ils vont, dans les départements, faire leur récoite accoutumée. Autrefois il n'y avait que les premiers sujets suivis d'une grande réputation et d'une gloire méritée, qui eussent le droit d'aller en province donner aux amateurs quelques heures de plaisir et des années de regrets. Aujourd'hui, le nombre des grands hommes estconsidérnblement augmenté. On assure que Brunet prétend bien étendre aussi sur les différentes parties du sol de la France les bienfaits de son génie et faire rire ceux même qui n'en auraient point envie. Ces congés étaient autrefois plus rares, plus difficiles à obtenir. I^ temps accordé pour les vacances était plus court, plus strictement observé. Le Kain revenant à Paris, quelques jours trop tard, fut mis en prison par ordre des gentilshommes de la chambre. Au reste, ces voyages des comérliens sont une nouvelle preuve de la prospérité publique. Le numéraire circule donc en province, puisqu'on l'épargne si peu pour un amusement frivole. Chacun commence donc à oublier son malheur et ses pertes, puisque l'arrivée d'un comédien est regardé comme un événement d'un intérêt majeur. Les cœurs rétrécis s'adoucissent donc, puisque le goiU du plaisir est si vif dans toutes les classes. •

de ses médiocres pièces disparaissant de la scène, presqu^aussitôt qu'elles y avaient paru. C'était Dominique^ et ensuite Berquin, de Bouilly et de Joseph Pain ; la Ville et le Village ; r Hôtel garnie de Dieulafoi et Chazet * ; la Fa?nille des Gilles, farce grossière et dégradante pour ce théâtre, disaient les gazettes. Ida, de Radet, écrite en un style trop élégant pour les habitués, et enfin Jieîié Le Sage^ hommage bien tardif, écrivaient /es Débats, pour ce (c père des couplets ».

Au théâtre de Picard, rue de Louvois, Dieulafoi et Chazet, Desfaucheretz, Roger, Picard lui-même fournissaient encore les spectacles donnés sur la scène. Et Ton y voyait le Petit Mensonge -y une Mettre cT absence, f Auberge de Calais, les Provinciaux à Paris, le Mariage de Nina Vemon et /es Deux Mères, d'Etienne et Nanteuil, comédie qui tenait à distance toutes les autres, par une satire mieux inspirée, plus sérieuse et plus profonde. La danse y était surtout malmenée, et Geoffroy s'en réjouissait.

Andrieux, cette année-là, apporte à Picard Helvétius, ou la Vengeance d\in sage. Geoffroy juge cette bluette fort mince, remplie de lieux communs

\. « Dieulafoi est un chansonnier, disait Geoffroy, qui après avoir fait une irruption assez heureuse au Théâtre-Français, est venu se replonger dans la farce. Il a pris, pour compagnon satirique, un certain Chazet. J'entends dire qu'il n'y a pas, sur la place du Vaudeville, d'agioteur plus actif et plus adroit que ce Chazet. Il se fourre dans tous les marchés. Il est de toutes les entreprises. Mais, comme il ne met pas de gros fonds, sa part de gloire et de profits est bien mince. *

2. Avec celte remarque de neoffroy sur la pièce : « Un malheureux amant, dit-il, y conte sa disgrâce à son ami. Celui-ci, jeune étourdi, lui reproche sa franchise sur le chapitre de sa fortune. «Je ne sais pas mentir, répond l'autre. — Tu n'as donc pas de principes? Quand ou demande uno iillc en mariage ou du crédit chez un marchand, il faut mentir. C'est la règle. «Cotte plaisanterie fut applaudie outre mesure, car c'est un des traita de la morale des roués qu'on ne trouve que trop souvent dans nos comédies modernes. »

usés, sur la douceur de la retraite et le souci que causent les richesses. Au surplus, le feuilletoniste ne manquait jamais l'occasion de frapper fort sur les philosophes. Il ne pouvait épargner à Andrieux la causticité de sa verve de critique. Il omet, sciemment, bien sûr, quelques beaux vers sur le dédain des richesses, pour s'élever contre Voltaire et contre Andrieux, un disciple de ces philosophes tant abhorrés.

Picard, aux derniers mois de cette année, reprit les Bourgeois à la mode^ de Dancourt. Geoffroy s'en applaudit. Il sympathisait avec Dancourt ; et cependant il avouait que cette comédie, si bonne qu'elle fût, ne présentait qu'un intérêt minime. Les mœurs des bourgeoises du temps de Louis XIV, dépeintes dans la pièce (elle datait de 1692), n'étaient pas différentes de celles de Tépoque consulaire. Môme frivolité, disait-il, même insouciance pour leur ménage, même amour des plaisirs, même légèreté de conduite ; les bourgeoises d'autrefois se livraient à leurs amours, avec autant de laisser-aller que celles du temps présent, et avec la même ùpreté pour l'argent, afin d'en avoir beaucoup à dépenser follement.

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