‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 79 sur 119 · Cf. in/'rà, chap. vi · texte numérisé non relu

Cf. in/'rà, chap. vi

Après celle-ci, se présenta M*'" Gros. L'affiche indiquait son âge, seize ans. Geoffroy demeurait incrédule, et si Tàge est réel, écrivait-il, la nature s'est hâtée de former cette grande personne, à la taille superbe, aux traits impassibles, fiers et un peu durs. Ses rôles de début furent ceux des grandes princesses tragiques : Aménaïde, Andromaque, Alzire, Didon, Chimène. Aucun ne laissa de marque inoubliable sur elle. Son débit était chantant : sa voix, grasseyante ; son visage, sans expression; ses yeux, peu ouverts. Enfin, elle s'abandonnait, ne réagissait point contre ses défauts ; elle dut se contenter des rôles de confidentes. Dugazon, cependant, se targuait d'avoir été son professeur *.

M"" Bourgoin était plus âgée que les deux précédentes, lorsqu'elle entra, au commencement du siècle, au Théâtre-Français. Elle avait vingt ans. Mais Ribié, le directeur de la Gaîté, l'avait employée déjà comme danseuse, et ensuite en un rôle de petite fille. Ses parents étaient pauvres. Voyant se développer la beauté de leur enfant, ils la destinèrent au théâtre, et confièrent son éducation à un ami de Le Kain, Anthoine,le frère du sculpteur. Dumesnil s'était occupé aussi de la petite Bourgoin. Dugazon et sa sœur, M"° Vestris, la virent, et lui donnèrent des leçons; M"'*' Vestris, surtout, qui fut sa maîtresse la plus attentive, la plus bienveillante et la plus influente sur elle.

Elle était jolie, au lieu d'être belle; intelligente, étourdie, délurée, toujours riant, toujours se moquant, lançant, à pleine gorge, autant de gros mots que dé paroles piquantes ; plus apte assurément à

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