‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 83 sur 119 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Sommaire. — Les grands seigneurs qu'elle reçoit en sa loge, durant la monairchie; elle est royaliste et, comme telle, enfermée aux Madelonnettes pendant la Terreur; spirituelle, mordante, poète même, ses billets sont remarquablement écrits; elle est appelée la reine du billet : de Ségur et de Narbonne sont tous les deux amoureux de ractrice; son salon, en son hôteL rue de Larocbefoucauld; elle est alors mariée au neveu du chevalier de Pamj* ; elle protège M"" Mars cadette; le triomphe de l'actrice dans le rôle de Gélimène; ce fut, en son salon, que Legouvé lut, pour la première fois, son poème, le Mérite des Femmes.

Dès que M'**" Contât devint l'actrice la plus applaudie du Théâtre-Français, sa jeunesse, sa verve, la séduction de ses manières lui créèrent une sorte de royauté parmi les hommes de la cour^

i. Dans les Lettre» inédites, publiées par M. de I^escure, quelques-unes insistent sur les galanteries de M"" Contât :

« Les beaux yeux de M"* Contât, lit-on à la date de 1780, ont fait depuis longtemps impression sur le prince (comte d'Artois). Il y a deux ans qu'il lui fit offrir cinq cents louis pour une nuit. La comédienne, alors amoureuse de la bourse et peut-être du physique du marquis de Maupeou, fils du chancelier, les refusa. Mais, comme les passions de ces nymphes ne sont pas durables, elle n'a pas manqué de se brouiller avec son ex-piwidcnt, aujourd'hui colonel du régiment de Bourgogne-cavalerie, et lui donna pour successpurs M. Hesentelles. intendant des Menus, et son camarade de c(>médip, Fleury. Cles trois personnages vivaient en bonne intelligence et étaient très contents les uns des autres. Il n'y avait que les cK'ancier» de M"** Contât qui ne Tétaient guère. Ils demandaient de l'urgent à grand bruit. Il en fallait absolument. Dans ce cruel embarras, la princesse des «•ouiisses s'est rappelé l'offre du prince, et, comptant en tirer un grand parti, elle lui a fait des avances, des agaceries et a fini, feignant d'être éperdument amoureuse de son adorateur, par se rendre à discrétion et sans aucune capitulation quelconque. Notre beauté, vaincue, ne doutait pas que, le lendemain, son hôtel ne fût couvert d'une pluie d'or, car tous

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Les jours où elle jouait, les grandes places de la salle étaient occupées par la société la plus élégante. Sa loge, somptueusement ornée, était remplie d'admirateurs qui sollicitaient d'elle un regard, sinon une faveur, un mot coquettement envoyé, une malice, plutôt que rien. C'étaient Louis de Narbonne, de Ségur, de Chauvelin, de Lauzun, de Saint-Blancard, Archambault de Périgord, enfin Ghamfort et Colin d'Harleville, Vigée et Desfaucheretz, dont elle avait joué les pièces. La reine elle-môme comptait parmi ses admiratrices. Un jour, elle désira que Louise Contât vînt représenter, au château, la Gouvernante^ de La Chaussée ^ Le rôle était long, cinq cents vers, et la représentation devait avoir lieu deux jours après. La jeune actrice n'hésita point, apprit le rôle, le joua avec toute sa perfection de comédienne, et comme la reine lui envoyait ses compliments, Louise Contât répondit : « J'ignorais où se trouve le siège de la mémoire; je le sais maintenant, il est dans le cœur. »

Forcément elle devait être royaliste, aimer la monarchie des Bourbons; et, sous la Convention, elle fut enfermée aux Madelonettes. De grandes dames l'y avaient précédée. Elle se lia d'amitié avec elles. Son éducation charmante, sa retenue, son langage correct, la placèrent tout de suite de

les créanciers avaient promesse d'être payés ce jour-là. Mais quel fut son étonnenient lorsqu'elle vit arriver un émissaire du prince avec cent cinquante louis. Vous n'aurez pas de peine à croire qu'elle les a renvoyés avec hauteur et que les rieurs ne sont pas do son côti». »

Dans une autre lettre de décembre 178<» : « Dans la dernière fête de Brunoy, les actrices de nos comédie» ont fuit merveille. La Contât n'a pas eu le succès le moins envié. Une chute qu'elle a faite sur le thôAlre a réveillé l'ancienne passion du comte d'Artois, qui a couru le premier à son secours, et dont on a récompensé l'attention par une nuit voluptueuse. Le lendemain, la belle a reçu cinq cents louis, qu'elle a mieux accueilli que les cent cinquante louis précédents. »

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