‹ La société française pendant le consulat (volume 4)Chapitre 90 sur 119 · TALMA · texte numérisé non relu

TALMA

Talma naquit à Paris, en 1767, deux ans plutôt que Bonaparte.

Son père, exerçant à Londres la profession de dentiste, il fut élevé chez les Jésuites qui l'avaient accepté en garde. Détonne heure, il démontra ses

1. M"* Vig^e-Lebrun disait aussi qu'il n'était jamais d'aplomb sur ses jambes; ce qui faisait dire qu'il marchait à côté de lui.

dispositions pour le théâtre, en apprenant les rôles des tragédies classiques, qu'ensuite il récitait à ses professeurs. Sorti de son collège, il entra au Conservatoire et débuta au Théâtre-Français, h vingt ans. Sa complexion, alors un peu frêle, sa maigreur, sa voix pas assez mûre, Téloignaient des grands rôles tragiques. Sa figure agréable, ses gestes étudiés, sa sensibilité extrême, semblaient plutôt le destiner aux personnages des jeunes amoureux. Les femmes disaient de lui : « Quel joli acteur! » On sentait, néanmoins, en ce jeune débutant, une force contenue, prête à se manifester; et ses camarades jaloux le confinèrent dans les rôles les plus modestes.

Talma résolut de briser ce cercle d'infériorité maintenu, avec intention, autour de lui. Tourmenté du désir de briller, s'appuyant sur ses premières études, il fréquenta les bibliothèques, les musées; il médita devant les statues antiques, devant les médailles, devant l'image des héros grecs ou romains; il lut Plutarque, Suétone, Tacite, afin de se bien pénétrer de l'esprit des rôles qu'il ambitionnait de jouer. Son heure arriverait, il n'en doutait pas. 11 attendit. Déjà il était l'ami des artistes de cette époque ; tel, le peintre David ; et plein des souvenirs de Rome, enthousiaste de la révolution que les chefs copiaient sur la grande république latine, il s'était allié aux Girondins dont il professait les doctrines. La liberté était devenue son idole. En son âme ardente, il lui avait élevé un autel, et c'est pourquoi il exécrait Marat * .

1. Marat ne l'aiinail pas non plus, et il le dénonça à la Convention, aflirmant que le salon du comédien, où xe rencontraient un grand nombre d'homme;» distingués, était un cénacle d'ennemis de la Uépublique.

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