Michot (1759- IS;îO
communicatifs. 11 avait débuté au Théâtre des Petits- Comédiens appelé jadis Beaujolais ; puis, en 1785, il était entré aux Variétés^ enfin au Théâtre-Français, Lorsque, à la Révolution, il y eut scission, parmi les acteurs, Michot suivit Talma, Dugazon, Monvel, à la salle de la rue de la Loi.
Alexandre Du val parle de lui en termes bienveillants, et déplore sa retraite, qui fut prématurée. « Michot, dont j'ai si souvent employé les talents, a écrit Fauteur dramatique, acteur précieux et rare par la franchise de son jeu et le naturel de son dialogue, a trop tôt, pour les plaisirs du public, abandonné un thoàtre où Ton ne goûtait pas moins sa manière que Ton n'honorait son caractère. Peulôtre, fatigué de sa carrière, a-t-il vu le théâtre tel que je le vois! Il aura comparé sa société à toutes ces grandes sociétés humaines, qui couvrent notre globe. Au théâtre, il se trouve aussi des empereurs et des esclaves, des petits et des grands, des gens d'esprit et dos sots. Gomme dans le monde, Tintérôt et Torgueil y sont le mobile de toutes les actions; presque autant que dans les cours, on se pousse, on se heurte, on intrigue, on se nuit, on se déteste. Comme partout, le faible est sacrifié au puissant, et la raison à la sottise. Heureux celui qui, comme Michot, peut, sans perte et sans souci, se retirer de la bagarre, et, se repliant sur soi-même, vivre heureux du fruit de ses travaux ^ »
1. Kotzebue, dans ses Souvenirs de Paris^ t. II, p. 286, a écrit sur Michot : « Si l'on p.sl à tdble avec vingt hommes, on peut parier que, dans ce nombre, il n'y en a pas deux qui n'aient fait campagne, quand même on se trouverait avpc des poètes, des artistes et des comédiens. Dana le temps de la Torreur, on était fort heureux de pouvoir quitter Paris pour aller à larmée, car c'était là seulement qu'on était en liberté. On sy trouve ainsi à tahle, sans s'en douter, avec des hommes qui ont joué de grands rôle» pendant la Révolution et qui n'en ont pas rap])arence, s'étant toujours conduits en gens d'honneur et de probité- Tel est, par exemple, Michot, acteur du Théâtre-Français, qui fit deux campagnes avec le général Mon-
Après ceux-là, on peut citer quelques autres comédiens, non sans mérite : Batiste, aîné, bel homme, de taille élevée, que ses grands bras avaient fait surnommer le télégraphe; d'abord livré à la tragédie, Tabandonnant pour la comédie, et revenant ensuite à la tragédie où il ne brilla jamais, si ce n*est dans le rôle du Cimbre de Marùts à Minturnes; finalement, suffisant dans Tun et l'autre genre, pas assez remarquable, pour devenir chef d'emploi; travaillant trop, s'appesantissani à tous les mots, aux points, aux virgules, comme en une leçon apprise et récitée par un bon élève.
Ensuite, Batiste, cadet, obsédé du désir de surpasser Brunet, le désopilant acteur du théâtre Montansier; tirant tous ses effets de son visage, dune laideur assez prononcée pour en paraître ridicule, chauve et mal bâti, s'appliquant à la charge et à la bouffonnerie qu'il confondait avec le comique.
Et le « père » Vanhove, — comme il était appelé, — originaire de Lille, dont il garda, pendant toute sa vie, l'accent nasillard. 11 avait succédé à Brizard,
tesquiou, qui fut blessé, et qui, envoyé à ce général comme commissaire du Gouvernement, lui apporta l'ordre de s'emparer de la Savoie. Il se Ht aimer des habitants de ce pays, parce qu'il était humain et qu'il ne souffrit pas qu'on se moquât des cérémonies de la religion, ou qu'on y mit le moindre empêchement. A son retour, il fut choisi pour député et nommé à d'autres emplois, qu'il eut la sagesse de refuser. Il eut bien raison. Car, s'il avait accepté, il aurait certainement été guillotiné avec les Girondins. dont il était l'ami. Il conserva sa place dans la garde nationale et fut souvent de service près de Louis XVI. II adoucit la situation de ce malheureux monarque, autant qu'il était en son pouvoir. Dans les moments où il n'était pas observé, il ôtait son chapeau et appelait le roi Sire. Votre Majesté. Il lui procura sur sa demande Tacite et Gil Blas. Le roi avait confiance en lui et lui demandait quelquefois ce qu'il pensait qu'on pourrait faire de lui. Michot le consolait alors, en lui disant qu'il croyait qu'on l'enverrait en Espagne où régnait son parent. Michot lui-même était persuadé qu'on n'en viendrait à aucune extrémité. Il dit souvent avec attendrissement : « Je suis sur que, dans l'endroit du testament de Ix)uis XVI où il est question d'amis sensibles, il a pensé à moi. Ce bmve homme doit être heureux du témoignage de sa conscience. *
■'ii-i
et remplaçait Monvel, lorsque Monvel était malade, et surtout il présidait, avec un sérieux imperturbable, à la cérémonie qui termine le Malade imaginaire. Nul, mieux que lui, ne sut débiter le latin de cuisine, que Molière avait intercalé dans sa pièce, à l'exemple des bouffons italiens :
Non possum, docte confrère, on moi salis admirari.
Et Naudet, que l'on peut mettre au même rang que Vanhove, avec les mômes emplois; et Florence, chargé des rôles de confident aux tragédies et de raisonneur aux comédies ; et La Rochelle, un acteur, fort distingué, s'il eût été moins paresseux. Molière avait, en lui, un interprète intelligent, délicat et spirituel, dans le notaire de rEcole des Femmes^ dans le Vadiiis des Femmes savantes^.
Qui nommer encore? Michelot-, Joanny, une copie de Talma; Damas, une doublure de Saint- Phal; Caumont, celle de Grandmesnil, et enfin Des
i. Arnault, Souvenim d'un sexagénaire, l. I, p. 2T3 :
« Naudet, toutlioinme de sens qu'il était, s endetta, m'a-l-il dit, ù se faire faire en velours et en brocard un équipement honnête pour l'emploi des tyrans. Vanhove, non moins magnifique, s'était ruiné pour figurer décemment dans l'emploi des rois. Il avait, il est vrai, dans son vestiaire, quelques pièces à plusieurs fins: mais à l'en croire, elles lui avaient coûté bon. Certaine cuirasse, entre autres, dans laquelle il jouait indifféremment Mithridate, Agamemnon et le vieil Horace, cuirasse de velours vert à quatre poils, enrichie d'écaillés d'or et d'un trophée composé de canons, de tambours, de fusils, groupés avec un goût exquis et dans laquelle il s'était ménagé deux poches, l'une jtour son mouchoir, l'autre pour sa tabatière, cette cuirasse, dis-je, ne lui coûtait pas moins de cinquantetrois louis. »
2. Michelot débuta, à la fin du Consulat, dans les Fausses Infidélités H Britannicus. Il avait à ))eine dix-huit ans. Il était né, en n8.'>, d'une famille honorable que la Révolution avait ruinée. Grimod de La Reynière lui trouvait une taille trop exiguë pour représenter les jeunes princes dans la tragédie. « S'autoriserail-il de Monvel, dit-il? on répondrait qu'une àme, comme celle de Monvel, nest pas le parlage de beaucoup d'acteurs: que ai Monvel était d'une taille un peu grêle, comme Michelot, il n'avait pas, comme lui. une figure sans physionomie. Il lui faut dans la comédie des nMes d'amoureux comiques, avec plus de grâce et plus de légèreté. «
Essarls. Fleury, en ses Mémoires, le juge ainsi : « Bon dans son intérieur, parfait devant le public, jamais cet acteur ne fut estimé ce qu'il valait, qu'à sa mort. Le cœur le plus noble battait dans cette vaste poitrine, et sous ce large front siégeait la plus belle intelligence. De la franchise, une gaieté conimunicative, une rudesse mêlée de bonhomie, tels étaient les caractères dislinctifs du talent de Des Essarts... Peu taillé en meuble de boudoir, il avait trop de talent dans les ouvrages à fracas, pour n*etre pas très mauvais dans les ouvrages musqués. Les rôles de Molière étaient ceux qui lui allaient le mieux. La physionomie des Orgons de cet auteur divin était la véritable physionomie de Des Essarts. Il naquit Orgon^. Ce n'était point la nature prise sur le fait, c'était la nature même.
1. Sa corpulence lui causait d'excesiivos transpirations, et Fleury ajoute, en ses Mémoires (t. II, p. 324), sur son camarade :
■ Dans le carnaval, jamais sa blanchisseuse ne portait en compte, comme pour tout le monde, 8, lOchemises par semaine. Le livret était ainsi tiguri':
« Plus 50 livres de chemises fines ;
« Plus 1 quintal et demi de chemises de nuit. »
« Quand on l'entendait dire : il faut, qu'avant tout, un honnête homme s'occupe de la gloire de sa table ; une bonne cuisine est l'engrais d'une conscience pure, on pouvait s'attendre à quelques-uns de ses bons mots. Je ne sais «si je suis bien exact, en faisant les citations suivantes : ... que le gigot soit attendu, comme un premier rendez-vous d'amour : mortifié comme un menteur pris sur le fait ; doré comme une jeune Allemande, et sanglant comme un cara'ibe... Profitez de la condescendance de l'élégant rognon de veau, multipliez ses métamorphose:*. Vous pouvez, sans TotTenser, le nonuner le caméléon de la cuisine: qu'il soit placé, comme exposition, dans les déjeuners de garçon, el comme péripétie aux dîners des philosophes... Faites de l'œuf l'aimable conciliateur, qui s'interpose entre toute-* les parties, pour o])éri>r les rapprochements difficiles... Le mouton est à l'agneau ce qu'est un oncle millionnaire à son neveu à la besace... L'épinanl vaut peu par son essence, mais il est susceptible de recevoir toutes les impressions. C'est la cire vierge de la cuisine. »
Ktienne et Martainville, dans leur J/istoirc Uu théâtre fruuçaia, donnent ces notes sur lui :
■ 11 avait été procureur à Langres, et il était généralement ami de ses camarades, quoiqu'il supportAt quelquefois impatiemment leurs plaisanteries sur sa monstrueuse corpulence. Quand il jouait Orgon, il lui fallait une table s)>éciale. .Son prodigieux appétit répondait à l'énormité de sa conformation. Des Kssurts mangeait ordinairement ce qui aurait suffi au repas de quatre homme.s. »